Grototoro - la musique au quotidien  

Cette page regroupe les différentes critiques musicales écrite en 2022 pour le webzine de Rock à la Casbah, sous la direction tatillionne mais sympathique de sieur bingO!

Bonne lecture!

Christophe Chazalon, alias GROTOTORO!


From Switzerland with love #001

Autoproductions suisses / playlist (janvier-février 2022)

Petit tour d’horizon des clichés, de la gastronomie et, surtout, des sons suisses actuels et autoproduits, par notre nouveau correspondant-défricheur (de musique brute depuis la plateforme suisse MX3.ch), Mister GROTOTORO, en direct de Genève.

Clichés de micro-trottoirs

Si nous étions dans une émission de radio, tout commencerait par un micro-trottoir : « Si je vous dis Suisse, vous me dîtes... ? » et là, les quidams multisexes de répondre « le chocolat », « les banques », « les montres », « le World Economic Forum de Davos » (on a la culture qu’on a ! ), « Roger » (sous entendu « FEDERER »), « la fondue » (sous entendu « au fromage » ; la chinoise, elle est chinoise ! ). C’est pas faux ! Bravo ! En revanche, « Toblerone » ce serait faux, puisque c’est américain, même s’ils ont pris pour emblème la plus célèbre des montagnes suisses, le Cervin, qui en fait n’est pas suisse mais africain, résidu de la plaque continentale du Sud venue se planter là, par amour du grand air. L’Italie aussi est totalement africaine, mais ça tout le monde le sait ou s’en doutait.

Mise au point sur la fondue

Revenons à la fondue. C’est bien suisse, mais pas celle que vous croyez. Si je vous dis « fondue au fromage », vous pensez immédiatement à « des fils de fromage fondu infinis qui s’entremêlent et collent partout » tout droit sortis d’Astérix chez les Helvètes (1970). Bon, ben là, vous avez tout faux ! Faute à GOSCINNY et UDERZO qui ne sont pas allés en Suisse pour vérifier leurs idées de dessin, mais seulement à La Marmotte ou aux Fondus de la raclette à Paris. Histoire de casser une idée reçue, la première de ce papier, la fondue d’Astérix est savoyarde, les ennemis jurés des Suisses de Romandie. Elle est grossière, collante, poisseuse, grasse, composée d’Emmental, de Comté et d’Abondance. Lorsque ces fromages fondent, ils laissent une pâte filandreuse en fond de caquelon, surmontée d’une couche de graisse fondue liquide. Le must pour mauvais cholestérol. Ça peut être bon (expérience faite), mais ça n’a rien à voir avec la vraie fondue suisse. Car la fondue suisse, c’est moitié – moitié du Gruyère (le vrai, le suisse, pas le français ou l’américain du Wisconsin à venir) et du vacherin. Le résultat dans le caquelon : de la mousse de fromage, un régal qui imbibe le pain, à s’en faire péter la panse et si vous ajoutez un ou deux verres de champagne dans le caquelon, encore plus de bubulles et de mousse, le nirvana culinaire. Pas de fils, pas de graisse flottante, juste un bonheur gustatif !

Mépris et mal-être de la musique suisse

Poursuivons. Si je vous dis maintenant « musique suisse » ? Là, je le vois bien, sourire en coin. « Musique suisse » ? Euh... Stephan EICHER, Combien de temps (1988). Mouais, pas mal. Et puis... DOUBLE (en fait Felix HAUG and Kurt MALOO), avec leur Captain of her heart (1985). Le yodel, talalalahitou ! « Mon amour, c’est la Suisse.... ». Connaisseurs, va ! Et quoi d’autres ?... Les YOUNG GODS of Geneva, of course !, initiateurs du sample et des musiques électroniques, influenceurs de U2, Brian ENO and Co. avec leur premier single Envoyé (1986). Ah, j’oubliais : Patrick JUVET et Où sont les femmes ? (1977). C’est à peu près tout et vous remarquerez que ça tourne tout autour des années 80, comme si la musique suisse, avait pris consistance à cette période avant de s’éteindre. Ce que ne contredira pas l’article de la RTS, Les 10 chansons qui ont fait la Suisse. En fait, c’est une des principales critiques des artistes et groupes suisses : le mépris (le terme est fort, mais c’est le bon) des médias et radios françaises pour la musique helvète. Dans les faits, l’explication est simplissime. La France a suffisamment d’artistes et de groupes produisant de la musique de qualité ou innovante pour ne pas à avoir à aller chercher du côté des petits voisins suisses, belges, luxembourgeois et compagnie. Aux Suisses de s’occuper de la musique suisse. Malgré tout, le mal-être est là.

L'excellence suisse actuelle

Ce premier article a pour but de mettre en avant la production indépendante d’excellence suisse actuelle, en particulier, dans le cas présent, pour ce qui concerne le rock and roll et ses dérivés. La qualité, la nouveauté, la fraîcheur sont autant de critères qui nous retiennent.

Pour ce début d’année 2022, notre chouchou incontesté est le trio genevois FIRE CULT. Tout frais éclos de l’œuf est son premier EP autoproduit, We die alive !. Sur ces six titres, il n’y a rien à jeter. Tout est bon, voire excellent. Même le design sobre mais explicite de la pochette et la photo de présentation sont attractifs. On retiendra surtout Satellite control, pêchu, percutant à souhait, si bien qu’on aimerait qu’il dure un peu plus que 4’06, et We R Fire Cult, single de présentation à l’introduction longue et lancinante qui n’en finit pas de finir pour aboutir à une explosion de bon son derrière les oreilles.

Autre très gros coup de cœur pour LONGSLEEVE and the WEIRDBOYS de Zurich, avec leur Childish innovant et frais, entre rock – noise – trash garbage, avec des relents typisant d’Asie extrême. Difficile d’y coller une étiquette. Totalement dans la tendance multi-influences actuelle. Ça ne plaira peut-être pas à votre grand-mère, mais ce n’est pas le but ! Nous, on aime et on peut dire que c’est même un des meilleurs singles suisses de 2021 !

Également sortis en janvier, six titres de Leo WALDEN. Cet artiste indépendant genevois nous offre du rock pur, dans la droite lignée du meilleur du rock français des années 1980. On pense au Antisocial de TRUST dont les échos lointains résonnent dans Votre existence est un désastre, single aux paroles tranchantes et cinglantes de clairvoyance. On adore !

 Plus abouti et noise, le Broken//Paradise de MAGIC SUGAR COFFEE est un single juste parfait, comme on les aime et dont on souhaiterait la multiplication à grande échelle. Avec cinq titres discrets, du haut de la montagne, le duo vaudois de Leysin surprend par sa maîtrise, la puissance de son son et ses lyrics enlevés. Blkout est dans la veine du collège rock-punk à l’américaine (OFFSPRING, SUM 41), mais n’en reste pas moins plaisant à l’écoute et rappelle de bons souvenirs aux dinosaures des plaines. Une hâte de les découvrir en concert prochainement, qui sait ?

Et que dire de RUINED, projet solo, devenu un quatuor dynamique suite à la pandémie de Covid-19 ? Bien que de facture très classique, son single Worn out n’en a pas moins un charme fou.

Sur les traces de GARBAGE, on trouvera le groupe bernois STAY ILLUSION. Son Look at me now n’apporte pas de grandes nouveautés, mais ce manque d’originalité n’enlève rien à ses qualités intrinsèques et reste un single de très bonne facture, plaisant à l’écoute, ce qui est le but de tout single... ou presque (pas sûr que le but des SEX PISTOLS ait été d’être agréable à l’écoute ! ).

Punk, boson de Higgs et kiwi

Dans la pure veine punk, HURRY UP est incontournable. I bliss, single des ados aux portes de la maturité de Neuchâtel, séduit par la puissance singulière qui s’en dégage, quand bien même la voix de la chanteuse est loin de la perfection. C’est du punk, alors qui s’en plaindra ? Reste une rythmique vive, tenace et percutante pour un single qui ne dure que... 2’49, avec l’un des solos les plus courts de l’histoire de la musique, ce qui ne sera pas sans plaire à certains de la Casbah ! On a hâte de découvrir de nouveaux opus de cette trempe dans les prochains mois, voire de les découvrir sur scène, même si le canton de Neuchâtel, c’est notre bled suisse.

Pour du punk traditionnel à l’ancienne, rien de mieux que l’ELECTRIC SOUND DISASTER. Dans Fuck the system, tout y est : le gros mauvais son, les fuck à gogo, les compos lourdingues, la ligne de basse minimaliste, etc. Manque juste les pintes de bières et les Docs, mais bon... c’est le Web, pas la Cave 12 ni L’Usine.

Rien à voir avec les papys frères HANEKE TWINS, groupe post-punk / dark rock genevois. Saviez-vous que ces Messieurs sont des scientifiques du CERN, là où on cherche le boson de Higgs et les sources de la naissance de l’Univers ? Quoi qu’il en soit, nous on est fan ! Très léchées et stylées, les mélodies sont bluffantes et s’imprègnent dans le cerveau à la vitesse de la lumière, en particulier dans Stuck in a loop. La clarté des guitares dissociées sur deux canaux (droite – gauche), tranche avec la rythmique saccadée et marquée lourdement par un beat caisse claire précis comme un métronome. Speechless est lui plus sombre, dans la lignée des SISTERS OF MERCY, bien qu’avec une voix moins profonde, moins gutturale, et des riffs de guitares semblant samplés des albums de CURE. Un mix improbable qui pourtant fonctionne à merveille.

Que dire des détonants étonnants Lucernois de BINARY SUNSET qui chantent en français (quand bien même le canton est suisse alémanique) ? Leur Kiwi est un petit bijou. Plein d’humour, ils se définissent eux-mêmes comme un « illusionary surf band », alors qu’on est pourtant loin des BEACH BOYS. Néanmoins, ce morceau, plus que les quatre autres (mis en ligne en décembre 2021), nous remémore le bon rock de notre jeunesse, au son sale juste ce qu’il faut pour être honnête, fruit d’un amateurisme concerté et valorisé par les MJC et leurs tremplins rock locaux.

Tout aussi léché, dans un style plus popy-rock propret, limite tout ce qu’il y a de plus convenu, retenons Armchair uprise des Tessinois HYDE OUT, mélange de hard FM et de rock, loin de toute révolution, mais bon, ça reste digeste ! On attend la suite, qui sait... paraît que les miracles, ça existe !

On leur préfèrera, et de loin, les LADDERMEN de Lucerne, bien qu’originaire du Texas. Ce groupe héritier de MORRISSEY et ses SMITHS offre des compos délices des sens auditifs, aussi bien sur la forme (la musique) que sur le fond (les paroles). À ce jour, ils ont seulement six titres à l’écoute mais disent travailler à leur LP. À suivre donc. Quoiqu’il en soit, notre préféré est sans conteste possible Brave career man. L’écouter, c’est l’adopter.  

Bourgeoisie grunge

Toute seule dans sa cave, la jeune trans Bernoise okNOAH nous a littéralement subjugués par son clip et son single I don’t wanna be here. En fait, cela commence tout tranquillement, jusqu’au premier refrain, puis rythme et volume augmentent sur ce single aux lyrics limpides comme de l’eau de roche concernant l’intégralité des teenagers et jeunes du monde entier, de toutes les époques. « I don’t wanna be here... » : fallait-il en dire plus ? « But to be honest, I don’t wanna get hurt, so... I just let it go ! »... Wonderful youth !

Depuis Zurich, ANGER MGMT nous offre un rock, post-punk, grungy bourgeois typique du lieu. Eh oui, on peut être grunge et bourgeois, enfin, je crois... Net, sans bavure, du gros son pour exploser les enceintes et faire crier les voisins mal léchés. On reste cependant sur sa faim. Ce qu’il manque ? Une âme. On est plus proche de la représentation de théâtre que d’un groupe qui donne toutes ses tripes sans compter. This is it est un premier pas. On attend donc la suite avec plein, mais alors plein d’espoir, car il y a là tout pour réussir. Mais Zurich est Zurich, alors... Une émission sur France 3 s’appelait Faut pas rêver ! Est-ce raisonnable ?

Entre rock et pop, on citera les ROOFTOP SAILORS et leur Empty-handed robber, et, entre rock et blues, les délirants DIRTY SOUND MAGNET avec Heavy hours, dont le clip déjanté donne le sourire en ces temps de pandémie malheureuse.

Métal et expérience

Pour les métalleux, deux clip-vidéos marquants, plus pour le son que pour l’image : le Lone wolf des Tessinois de ReDRAW et le Listen du STEP BY STEP PROJECT de Berne. Le featuring de Seraina TELLI encourage à écouter (voix métallique accrocheuse et juste) plutôt que regarder (mimiques énervantes). Point fort de ce groupe expérimental : une rythmique de précision et un bassiste de rêve.

On pourrait encore signaler les papys bernois de UNCHAIN, groupe créé en 2000, et leur Stoney path, single de la meilleure facture qui ne saurait déplaire. Comme quoi, l’expérience, ça paie - LOL !

On va terminer non pas avec du rock, mais avec le ska jouissif des Genevois d’OCTOPUCES, avec un single sorti en janvier 2022, Le plus bel endroit, dont on ne se lassera pas, quand bien même leurs autres titres ne sont pas aboutis et souffrent d’une mauvaise production. Et tous en chœur : « C’est le plus bel endroit où je pouvais rêver d’être, c’est entre... » !

Pour information, seuls quatre de ces nombreux singles ont été repérés par des radios locales suisses. Et probablement pas un seul n’a été édité par un label, indépendant ou non.


GROTOTORO, correspondant à Genève

(11 février 2022)

(article publié originellement sur le site du webzine de Casbah Records (web))


Couleur 3 fête ses 40 ans (2022)

En février 2022, la radio suisse Couleur 3 a fêté ses 40 ans. Qui de mieux que notre correspondant genevois (vivant entre le Cap Vert et la Suisse) pour nous retracer la belle histoire d'une radio pas comme les autres ?

En 1981, les radios libres et pirates françaises parviennent enfin à briser le monopole d’État. La liberté musicale envahit les ondes, escortée diaboliquement par la publicité commerciale symbiotique et nourricière, mais cancérigène pour l’appareil auditif des ielles. En Suisse, malgré le vif désir d’une partie croissante de la population, rien ne bouge ou du moins en apparence. Le fait est que la culture de la Confédération helvétique est structurée suivant quatre langues nationales : le suisse-allemand (62%), le français (23%), l’italien (8%) et le romanche (0.5%). Chacune de ces régions linguistiques à sa télévision et sa ou ses radios publiques. Les radios pirates existent, mais le contrôle des services de la Confédération est fort. Aussi, souvent celles-là sont hébergées hors des frontières, en France voisine ou en Italie. Face à cette situation et aussi grâce à la volonté de quelques hommes de pouvoir visionnaires et à l’esprit ouvert, la Société suisse de radiodiffusion et télévision (SRG SSR) lance, non sans difficultés pures-réac’ habituelles, du côté francophone, un projet pilote de nouvelle radio profilée spécialement pour les jeunes (15-35 ans). Ce sera la naissance de Couleur 3. Ce projet dirigé par Jean-François Acker, devait durer 3 ans. Le succès est tel qu’aujourd’hui on en vient à fêter ses... 40 ans.
Retour sur une aventure folle, débridée et incertaine qui a formé les oreilles musicales de milliers de jeunes (et de moins jeunes).

De la naissance à l’adolescence

Le coup d’envoi a été donné le 24 février 1982, à midi. Immédiatement le succès est au rendez-vous et l’audimat grimpe jusqu’aux cimes inespérées des 18% de part de marché. Si bien que les autres régions linguistiques vont ouvrir leur propre radio publique pour les jeunes et que le pilote Couleur 3 devient une radio à part entière de la Radio Télévision suisse romande (RTS). Mais qu’est-ce qui a fait le succès de ce projet ? La programmation musicale, tout d’abord. Exit le classique, le jazz et la musique d’ascenseur habituels. Vive le rock, le rock et encore le rock, le blues, la pop, la chanson française et tous les styles novateurs à venir.

La liberté de ton des animatrices et animateurs, tous des passionnés au caractère désinvolte et original qui tranche avec tout ce qui se faisait jusque alors, en est la deuxième raison. C’est la grande force de cette radio, force qui perdure encore quelque peu aujourd’hui. La grille de programmation est également particulière : 6 tranches colorées permettent d’écouter de la musique 24h sur 24h. Le blabla officiel est relégué aux informations, elles-mêmes réduites à leur minimum vital. L’humour et la dérision sont omniprésents, que l’on pense aux chroniques de Rigadin fait des crêpes, et l’ours Maturin, ou aux Mentales, Roger et Germaine. Enfin, last but not least, l’absence absolue de publicité offre aux auditrices - auditeurs une radio pure et saine, sans prise de tête. Voilà ce qui concourt à faire de Couleur 3 une radio d’exception pour les conduits auditifs des amoureux de la musique actuelle à travers quatre décennies d’activité.

Les addicts de la première heure et des suivantes se souviendront longtemps et avec bonheur de Chrystelle André, de Dominique Villemin, de Monsieur Pain et Madame Ming, de Blaise Angel, de Lolita, de Samuel Vuillermoz, de Noël Noël, de Dynamike et Mister Mike, de Prince Pédalo, de Frank Matter, ou encore des Duja, Paco-Paco la Valérie et son indéfectible Stéphane Laurenceau, du Professeur Y, leurs consorts, de Catherine Fatteber ou de Crystel di Marzo pour ne citer que celles et ceux qui nous viennent à l’esprit à l’instant... sans oublier le diabolique Bitouni le maléphique (alias Yann Zitouni) tout droit venu d’une radio commerciale frouzie d’à côté.

La grille de programmation, quant à elle, change régulièrement, amenant, autre point positif, de nouvelles chroniques innovantes et ouvertes sur le monde. Sous la direction de François Benedetti (à partir de 1987), c’est le sexe et l’amour coquin qui est à l’honneur avec Les nuits Q de Blaise Angel. Pas de faux semblant, pas de langue de bois, un chat est un chat, le tabou est relégué aux oubliettes, et on aime ça. Sous celle de Blaise Duc (à partir de 1992), on retiendra l’inénarrable Planète bleue de Yves Blanc et ses musiques futuristes, et le Worlwide de Gilles Peterson, « créateur » de l’acid jazz. Deux émissions qui feront date et se poursuivent encore aujourd’hui, mais sur d’autres ondes. Une perte certaine et regrettable signe manifeste du déclin. On pourrait encore parler des Métissages de Mr. Mike et ses acolytes Mandrax, Willow, Daddy Fred et tant d’autres qui partirent, vingt années durant, sur les sillages de la planète DJ. Que dire de la Republik Kalakuta de Marc Baelher axée sur les musiques africaines et tropicales, ou encore, sous le nouveau directeur Vincent Steudler (à partir de 1997), du Krakoukass de Duja et Frankfrançois dédié au Métal hurlant de cordes malmenées et de grosses caisses fracassées à vous faire péter les tympans. Nous, on retiendra surtout et avant tout, les Heures calmes, véritables hymnes à la sieste ensoleillée d’après déjeuner qui, durant trois heures d’affilée, nous ont bercé la cervelle dopaminée des meilleurs ondes générées par le génie humain. Un pur moment de bonheur auditif à jamais inégalé...

Aussi, la force de Couleur 3 a été de ne jamais se cantonner au mainstream musical des radios libres devenues manipulatrices commerciales, ni au MTVesque dominion US, mais d’approcher tous les styles musicaux du moment pour les offrir aux oreilles avides des auditrices et auditeurs en expectative constante du meilleur. Et le meilleur, on l’a eu, en particulier avec la création, dès la première heure, des Repérages, soit une sélection de titres tout frais sortis dont les programmatrices et programmateurs alors aux commandes pressentaient l’importance à venir.

Le difficile passage à l’âge adulte

Et puis sont arrivées les années électro-technos, un monde nouveau, joint au départ fulgurant du numérique, et Couleur 3 s’est perdue en oubliant ses bases, celles-là mêmes qui avaient fait son succès. C’est probablement sous Vincent Steudler que le mal s’est insèré. Non seulement, Couleur 3 n’est plus tournée vers les fans puristes, les auditeurs accros de la première heure, mais vers les lambdas 15 minutes en voiture pour lesquels la nouvelle direction durci son membre. Exit la musique 24H sur 24 et les chroniques alternées dans une grille généreuse et imaginative. Voici venu le temps des « rediffs ». À minuit, la programmation rediffuse celle des 6H du petit matin du jour d’avant. L’auditrice – auditeur addict, dont la jeunesse se perd dans un autre temps parallèle à celle de la radio émettrice, est rejeté, délaissé au profit des diktats de l’audimat et des statistiques bureaucratiques du rendement millimétré d’abrutissement. Plus encore, choix politique de la direction, les musiques électroniques tendent à supplanter le rock, dont la mort annoncée n’a pourtant jamais eu lieu. Couleur 3 court après la jeunesse volatile, instable, délétère, à jamais insatisfaite : zap zap zapping génération. Plutôt que de s’entraîner pour le marathon du plaisir long comme un orgasme de baobab, elle choisit l’éphémère course du 100 mètres sur-dopé au vide intersidéral de l’a-pensée commune des réseaux a-sociaux. C’est certes sa vocation d’être pour les jeunes encore jeunes, mais en faisant fi de la part traditionnelle de son auditorat, elle finit par se perdre et c’est la chute. Début 2000, Couleur 3 atteint difficilement 3% de part de marché, contre 18% vingt ans plus tôt. Les administrations toujours en quête d’excuses lâches auront beau dire que c’est la faute à l’internet et à la profusion des possibilités d’écoute, dans les faits, c’est juste une succession de mauvais choix, amplifiée par une configuration concurrentielle nouvelle.
De même, les sketches et chroniques humoristiques qui donnaient le ton par leur causticité et leur variété, sont dès lors répétitifs, fades à souhait, en un mot « ennuyeux » (non seulement par les rediffusions continuelles, dans la journée et dans la semaine, mais aussi par la monotonie des voix qui les composent). Exit les crêpes de Rigadin, les délires de Roger et Germaine, les affabulations déjantés des Caissières, ou la niaiserie joyeuse de Noël Noël, à tel point que même la Paccaud, animatrice phare s’il en est, en vient à s’entourer de jeunes comiques locaux et travaille son rire qui nous enchantait pourtant du temps de l’insouciance de ses émissions avec Stéphane Laurenceau et le Prof de Grec. La nouvelle direction de Jean-Luc Lehman, tout autant que l’humour des deux Vincent ni changent rien ou si peu (5% d'audimat). Serait-ce la fin ? Couleur 3 va-t-elle définitivement vieillir ?

Une radio pour les jeunes peut-elle ne pas vieillir ?

Là est la question. Depuis la crise des années 2000, Couleur 3 a du mal à se rafraîchir, à raviver la flamme. La musique n’est pas en cause. Dans ce domaine, les programmatrices – programmateurs font toujours un travail de fond remarquable, voire même, chose nouvelle et bienvenue, diffusent des tubes d’autrefois, d’avant Couleur 3. Mais devenue trop « professionnelle », elle a perdu son âme d’enfant. Comme au théâtre, les animatrices – animateurs jouent, performent, arrivent parfois à insuffler leur génie créatif, mais tout le monde ne peut pas être un Duja, un Dominique Villemin ou une Lolita. Étonnament, le naturel de l’austère Zitouni, qui nous endormait par le passé, devient d’une drôlerie franche lorsqu’il est associé, par accident, avec la toute jeunette Laetitia Pralong dans une exquise confrontation générationnelle, malheureusement occasionnelle. Comme quoi, tout est possible, même le plus improbable !

Plus encore, plutôt que de regarder l’audimat à tout prix et les statistiques pour regagner un chouilla de plus de part de marché perdue, il faudrait revenir aux basiques : engager des gens passionnés passionnés, pas forcément professionnels (les dernières recrues n’ont pas encore la foi, mais à l’image de Valérie Paccaud engagée à l’origine pour une publicité, ils s’avéreront peut être un jour des animateurs prolixes et incontournables), qui vivent pour la radio, pour leur émission, pour déconner follement l’instant présent, parce que la folie les prend et qu’ils ne cherchent pas à la contrôler à tout prix. Leur redonner la liberté perdue qui transpirait à travers les ondes jusqu’à l’auditrice – auditeur et qui rendait joyeux de part et d’autre de l’émetteur, voilà le but, la quête. La quête du vrai, de la pureté, qui faisait le charme de Couleur 3 et qui pourrait lui permettre de retrouver sa jeunesse (et ses jeunes en nombre), tel le Phénix renaissant, et l’essentiel de ce qui faisait notre bonheur à nous, auditrice et auditeur, d’allumer le poste dès le réveil, puis sur la route du travail, puis au travail, puis sur la route du retour, puis le soir après manger en direction du sommeil salvateur. Tant que la direction, quel qu’elle soit, perdura à ne s’intéresser qu’aux auditrices – auditeurs 15 minutes par jour, elle s’égarera dans les méandres du convenable sans génie, aux méandres de la médiocrité mainstream, qui affadit les sens et nous transforme tous, lentement, mais immanquablement en machines stériles d’émotions.

Donc Parabens ! Longue vie à Couleur 3 et merci pour ces années de bonheur. On a tellement aimé qu’on en voudrait plus. Alors donnez nous encore du meilleur, retrouver la passion de créer, de déconner et de rire pour de vrai, sans faux-semblant commerciaux (avantage d’une radio publique) et on vous suivra encore longtemps.

 GROTOTORO (alias Christophe CHAZALON)
(Ponta do Sol - Cabo Verde, 08 mars 2022)

(Article publié originellement sur le site du webzine de Casbah Records (web))



Ce n'est pas la peine d'en rajouter // Maxwell FARRINGTON (2022)

Notre envoyé spécial sous les Tropiques chronique l'album d'un crooner australien exilé en Bretagne.

Quoi de mieux qu’un crooner australien du sud du Sud pour naviguer sur les rivages ensoleillés des après-midis sous la couette en hibernation quasi létale ? Toute fraîchement venue de la Bretagne, la galette est posée sur la platine du DDR en surchauffe. Onze titres doux-amers défilent. Oreilles ouvertes, yeux mi-clos, entre rêve et réalité.

Premier album, entre tout et rien

Maxwell FARRINGTON, cuisinier à ses heures du côté de la Bretagne pour les chalands de passage, tâtant de la crêpe ou du cochon tout en chantant sous la pluie, propose, de fait, son premier album sans titre aucun, peut-être par faute de temps. Quoi qu’il en soit, l’attaque avec 2am est douce, chaude, suave, parfaite ouverture vers les au-delàs de la réalité des Basses-Terres, triste à mourir. Le morceau se laisse écouter, tout en souplesse, promesse annonciatrice de la micro heure ultra courte, pur calme à venir, étrange mix entre bossa nova Gilberto Gilienne et Jay Jay JOHANSON en balade courtoise. On commence l’écoute et on se dit « Yes ! un album sweet as ever, juste comme il faut pour rêver l’été, les joli(e)s ielles, le soleil et la mer... ». La croisière s’amuse et le Love Boat à la voie mélodieuse nous emporte au loin. La magie opère tel un cocktail de fruits à 16 heures, incursion millimétrée vers l’apéro salvateur d’une sombre fin de journée.

Mais, oops !, un premier micro hic titille l’oreille au deuxième titre. Avec Je préfèrerais, le français de l’artiste ne parvient pas à maintenir la suavité de la version anglaise, d’autant plus qu’elle est soutenue par une sur-voix féminisée légèrement décalée, dissonance minuscule, mais audible à droite ou à gauche, c’est selon. Henri SALVADOR et son Jazz Méditérranée sont encore tellement loin ! Le micro hic n’est cependant qu’éphémère. On ne saurait en tenir rigueur et, en un coup de vent des Dieux du ciel digérant le bonheur d’être tout puissants, les titres s’enchaînent dès lors avec bonheur. Weather, Norway, Rita, Back @ Ma's et If it were paper font oublier ce moment de doute. Le point culminant se situe pour nous entre Rita et le poppy-jazzy de If it were paper où Maxwell FARRINGTON donne peut-être le meilleur de lui-même et ouvre les portes de la perception, avec ou sans psylo qui supplie. On n'en est pas encore à l’écoute en boucle, mais le plaisir est indéniable, indiscutable jusqu’à ce que, patatra, tout s’écroule. L’heure de la Face B approche.

Coup sur coup, le pas terrible engendre le pire. De Homme terrestre à J’aime les filles, la descente est cruelle, le voyage prend l’eau et la tempête s’abat sur la croisière onirique aux franges de l’onanisme. Le naufrage pointe, à tous les horizons. Cruelle traîtrise de Mister FARRINGTON qui en oublie ses classiques, pour nous torturer les sens. Était-ce raisonnable ? Était-ce nécessaire ? N’aurait-il pas mieux valu un EP 6 titres de pures rêveries de promeneur solitaire ? J’aime les filles au rythme dance basique pour enfant de 8 ans, n’est autre qu’un calvaire textuel d’une simplicité grotesque, avec vagues relents alcoolisés d’un DUTRONC exemplaire rayonnant au loin dans les nimbes ouatés du Tout Puissant ou d’un Patrick COUTIN, poète inégalable de la gente oestrogénée au défilé aphrodisiaque si irrésistible que parfois on en vient à douter... Sans même parler d’un caustique Philippe KATERINE à l’irrévérence légendaire... Pire, les titres Shadow et Stay @ home font définitivement chavirer le tout en un ratage quasi maudit. Le premier avec son rythme à la mode techno pour Minis Moi impubères, et le second avec sa boîte à rythme premier prix de chez Mono et ses sonorités Bontempi à vous arracher les oreilles. Avant-gardisme expérimental pour communiquer avec les extra-terrestres spielberguiens ou baclage-remplissage de fin de premier album qui se cherche encore ? Mystère ! Mais pour nous, indigeste et tout autant étonnante production venant pourtant d’un label tel que Beast Records, soutenu ici par Crème Brûlée Records et l’association La Nef D Fous locale.

Jeunesse en devenir !

Faut-il pour autant jeter bébé avec l’eau de la piscine ? Non ! Loin de là. Maxwell Farrington est un album inégal pour sûr, qui pêche par l’innocence de sa « jeunesse » et un déséquilibrage de la production finale. Le bon au début (Face A). Le mauvais à la fin (Face B). Il nous laisse sur notre propre faim, décevant, voire énervant une fraction de seconde d’existence égarée, mais nul doute qu’on reviendra à l’écoute des premiers titres, ballades sucrées-salées des meilleures, plus qu’audibles en toute saison, et surtout If it were paper qui chante si bien dans nos colimaçons auditifs, entraînant le mouvement rythmé des membres alanguis au bout du vide. Aussi, on ne peut que souhaiter à Maxwell de poursuivre activement l’aventure, en attendant, devant tant de promesses - en partie tenues -, la suite de son travail.

 GROTOTORO, depuis Ponta do Sol (Cabo Verde)
(25 mars 2022)

(Cet article a été publié originellement sur le site du webzine de Casbah Records (web))



Tombé en amour pour SKINNY MILK (2022)

Notre correspondant Suisse est tombé en amour pour l'album compilatoire du singulier duo grand-briton SKINNY MILK.

Quel point commun y a-t-il entre les Anges perdus de FLAT WORMS, les Londoniens de BAD NERVES ou les Rotterdamois d’IGUANA DEATH CULT, sans oublier les fabuleux Californiens d’OSEES qu’on ne saurait que recommander aux oreilles ouvertes à la puissance ovomaltinée du quotidien ? Ils ont tous tourné avec les SKINNY MILK, le duo punk de Brighton. Car si les deux copains d’enfance, Johnny HART (basse et voix) et Tim COX (batterie) ont peu produit, ils n’en ont pas moins beaucoup joué dans les salles grandes-britonniennes, voire continentales.
Aussi, en 2021, le label Beast Records a fait la synthèse des « juvéniles » et nous régale d’un premier LP 12 titres, intitulé Shadowplay. Une pure merveille neuronale qui ensorcelle les synapses de la commune des mortels et ses consorts masculins. Retour sur une aventure brève, mais ô combien réussie !

Tout d’abord, Shadowplay reprend l’essentiel de la discographie maigrichonne du groupe apparu en 2016. Elle est composée des EP 3 titres Skinny Milk (2016) et Daydream (2017), du EP 2 titres Creature (2018), du single Blood (2018) et du EP 4 titres Bones (2019). Ce dernier, tout comme le titre Forever Changing / Tunnel Vision présent sur Creature, sont passés à la trappe et ont été remplacés par quatre nouveaux morceaux (d’après les dires de Beast Records), nous laissant dubitatif sur le morceau Y.G.D. qui clôture le LP, que l’on ne retrouve pas ailleurs. Mais d’où sort-il ? Peu importe ! Notre connaissance lacunaire n’enlève rien à la qualité du projet qu’on se le dise. Continuons !

Aussi pourquoi est-on immédiatement tombé en amour de Shadowplay ? Tout d’abord pour le son si spécial du groupe, reconnaissable entre tous, pour ne pas dire unique (il faudrait être un Dieu d’omniscience pour savoir tout ce qui s’est produit de par l’univers des ielles, ou une Déesse, satané écriture inclusive !).
D’une part, une voix typée (à la Richard McNEVIN-DUFF des acid-jazziens madchesterois de SPACE MONKEYS), mais traitée avec un effet delay / reverb, qui donne le ton psychédélique au groupe et qui captive dès la première écoute. On accroche illico (ou pas du tout ! ). Nos deux artistes ont quelque fois la main un peu lourde et le delay / reverb sus-mentionné est un tantinet trop marqué, comme sur C’mon, mais rien d’insupportable. Plus encore, pour le coup, la voix de Johnny HART apparaît plus comme un instrument sonore qu’une autorité messianique à écouter avant tout. On y reviendra. Et pour tout dire, faute de chanteur post-punk à la voix comparable dans notre ROM personnel, on est forcé de comparer vers moins punk, mais toujours rock, tels que les Suédois de DEAD VIBRATIONS, qu’on pense à Reflections ou Drain (Echo Drug Recording, 2016), ou dans un univers plus psyché-pop, au Bad Texan (Holy Are You Recordings, 2016) des Anglais de The LUCID DREAM.
D’autre part, la solide base rythmique du duo, toute en puissance et générosité, hyper-centrale, que seules quelques guitares samplées viennent perturber avec insistance, distorsions sonores d’enrobage généralement non lead tel du miel pour les abeilles offert en pâture aux plus douillets des limaçons auriculaires (il faut de tout pour faire un monde ! ). Les riffs de basses sont tranchants à souhait, entraînants, souvent joués au plectre, parfois avec une légère distorsion frizzante non déplaisante comme sur Rat king. Mais, quoi qu’il en soi, la base doumdoum - badaboum donne non seulement le tempo, mais plus encore ouvre les volets de la perception (mangez moi, mangez moi, mangez moi ah !) vers un univers de méditation compulsive. Unconnoisseur de l’Outre-Manche bien disposé et plein de poésie ne faisait-il pas remarquer que « SKINNY MILK crée des airs cathartiques qui atteignent sans effort le volume de groupes de guitare beaucoup plus grand (Skinny Milk create cathartic tunes that effortlessly reach the volume of much larger guitar bands) ». 100% raison du côté des Fish and Chips du Sussex de l’Est et fascinant !
Au final, SKINNY MILK ne recourt qu’à quelques basiques bidouillages électroniques très garagistes, proche de l’anti-dance du Baron punk bernoisSam SNITCHY (un Suisse d’un autre âge ! ), mais qui n’atteignent jamais le niveau d’expérimentation du pseudo-néo-punk de My life on the Silicone Prairie (2021) des Américains de... SILICONE PRAIRIE. Ainsi, pas de surcharge, pas de superflu, que de l’essentiel, du presque pur (le garage est toujours un peu sale, n’est-il pas ? ! ) pour le bonheur des auditeurs-trices. C’est d’ailleurs aussi là peut-être, pour être sincère, le seul point faible de Shadowplay (la perfection n’existe que dans la présence de l’imparfait, faut-il le rappeler ? ) : une trop grande uniformité de format, du son, qui traverse l’album de long en large, et en travers. Mais vu qu’il s’agit d’un premier LP, telle Shéhérazade qui désespère de pouvoir finir son dernier verre, on a le temps de voir venir des jours meilleurs... Croisons les doigts ! Chears !

Rapide petit tour d’horizon. Shadowplay ouvre l’album et introduit sans ambages le kesako à venir. Rien de bien folichon, certes, mais une introduction reste une introduction, plaît-il ? S’enchaînent à un rythme effréné (seul Slip down the hole dépasse les 3’30) les 11 titres, dans un ordre, ma foi, fouillipunk des plus classiques, mais est-ce important ? Under your skin a pour but de réveiller les dormeurs-euses potentiel(les), potards plein volume. Que ça fait du bien ! La tête secoue de haut en bas, et parfois de côté, histoire de changer un peu. Même les plus nul(le)s en rythmique ne peuvent se planter. Imparable ! Suit Rat king, un de nos morceaux favoris pour la basse précédemment abordée et qui frétille dans le conduit à génération d’endorphine savoureuse. 2’17, c’est presque trop court, mais fait de merveilleuses loops. Dream catalogue enchaîne quasiment sans transition. Le rythme augmente, frénétique scansion du temps qu’il devient quasi impossible de faire autre chose que d’écouter. Vos voisins vont adorer ! Run ne décroche pas. La crise épileptique est proche ! Les guitares partent en avant dans un riff basique distordu et sans complexe. Elles sont les bienvenues, apportant un peu de fraîcheur et surtout permettant le relais avec Slip down the hole, qui se veut à teneur métaleuse, mais est en fait l’un des titres les plus poppy de l’album, du presque MTV Rocks. On n’est pas fan, mais Alright arrive, alors... On attend que ça passe. Pause pipi ou un café. A seguir ! Le nappage guitare se poursuit mais avec moins de distorsion. Alright se veut mélodique. La rythmique lâche du lest. On se rapproche du post-punk des plus formels. Rien à dire, c’est bien fichu. Rien à jeter. Daydream n’a rien d’un rêve. Tim COX se défoule sur ses cymbales, assourdissantes, pour offrir un contre-point à la clarté silencieuse du chant seul et quasi nu, qui prend la main à chaque refrain. Le titre Creature, lui, n’est pas sans rappeler le On the run de BASS DRUM OF DEATH. On aime sans discussion. C’est d’ailleurs peut-être, avec Y.G.D., le titre emblématique de cet album, la quintessence des SKINNY MILK. Blood, lui, ralenti la tension, diminue la pression. L’atterrissage approche. Attachez vos ceintures, relevez vos tablettes ! Avant dernier titre, C’mon vous installe lourdement dans votre fauteuil en attente du feux d’artifice final qui se profile. Et nous voilà donc sur Y.G.D. Le feu d’artifice n’est qu’un feu de Bengale, mais ô combien coloré ! Contrairement à toute attente, ce simpli-sublissime morceau est le plus pop de Shadowplay et probablement celui qui obtiendra le plus grand succès commercial, par sa thématique (« Soldier, You’re gonna die ! » qui résonne étrangement en ses temps de folie russe), mais également par la réalisation du vidéo-clip attenant, montrant des essais de bombes nucléaires et des soldats exposés sans protection, mais fascinés. Le riff de basse une nouvelle fois distordu (non sans rappeler au loin le son grunge seattlois) est complémentaire d’une partie vocale à reverb très très Angleterre in the 90s. On adore tout simplement, tant c’est bien fichu, ça sonne juste et que dire ? C’est parfait ! On peut mourir tranquille, même si on n’est pas aux armes ! Demain est un autre jour.

En conclusion, Shadowplay s’inscrit clairement dans la vague néo-punk-garage qui essaime la planète depuis l’avènement du nouveau millénaire, avec des groupes tels que les Londoniens de SISTERAY aux compositions critiques et sans concession sur notre société déliquescente d’asociaux réseaux (on pense à Algorithme prison ou a 00:01:57 Faaast food), et beaucoup plus proche stylistiquement, The BLIND SHAKE, de Minneapolis, en particulier avec leur album Celebrate your worth (Gonner Records, 2016).

À noter enfin que Tim COX et Johnny HART ont formé, à l’été 2020, un nouveau groupe, TOP LEFT CLUB, avec Jimi DYMOND et Mac DADDY. Et moins d’un an plus tard, le 28 mai 2021, sortait toujours chez les Rennais de Beast Records un LP 11 titres : Shoulders at 90. Du coup, plus de cerveaux, de moyens, d’idées, de sons, certes, mais nettement moins de brio. Cet opus ne parvient clairement pas à fournir la fraîcheur énergétique et mélodique que l’on trouve dans Shadowplay. Comme quoi la sobriété à parfois du bon !

 GROTOTORO, depuis Genève (Switzerland)

(03 mai 2022)


(Cet article a été publié originellement sur le site du webzine de Casbah Records (web))


Le live post-Covid: du foutage de gueule en devenir?


C'est le grand retour des concerts, mais gare aux usurpateurs et autres tire-au-flanc ! Notre correspondant Genevois est un poil énervé.

COVID, COVID, COVID... On n’en peut plus du COVID et par chance, début 2022, celui-ci semble perdre un peu de son intérêt auprès de nos chères autorités et enfin nous foutre la paix. Résultat : concerts ! Enfin ! Et nous voilà repartis, après 5 années d’abstinence tropicale pré-covidienne ou pure COVID, sur le chemin du LIVE ! Quelle joie ! Renaissance presque. Plein d’espoir et de déraison, on s’engouffre sur le web pour savoir qui joue où. On veut voir, ressentir, vivre la musique in vivo.

Pour le reste, nul n’est censé ignorer qu’on apprécie les HANEKE TWINS, des Suisses aux dark pensées qui refusent de chanter l’Amour, préférant parler société, politique, bordel mondial...

Le 13 avril 2022, direction la BARAKASON, la maison de quartier à Thônex, dans la banlieue genevoise, en Suisse, pour assister au festival du week-end Renaissance (NDLR : au moment de la transmission de son papier à la rédaction, notre correspondant suisse ne sait peut-être pas que le parti politique présidentiel français La République en marche devient Renaissance !!! ). Samedi Rock. Dimanche Ska – Reggae. Le bonheur est dans la banlieue et on y va heureux, plein d’espoir de trouver ce qui a tant manqué ces derniers temps : de la vie sur scène.

Les HANEKE TWINS jouent en dernier, mais avant il y a les DOPPELGÄNGER, les sosies valaisans descendus exprès de la montagne dans la capitale du Valais, Genève. Et puis aussi le solitaire SIGDOR, du bout du lac qui, ce soir, ne sera plus seul, mais très bien accompagné. On regarde tout ça sur le web en prévision, et on écoute ou réécoute pour savoir ce qu’on est supposé entendre à l’avance suivant l’adage si généralement admis « un homme averti en vaut deux ».


Jusqu'ici, tout va bien
Grosso modo, SIGDOR nous laisse dubitatif à ce moment là. DOPPELGÄNGER pourrait être une belle surprise. HANEKE TWINS, on aime, donc ça ne compte pas. Et nous voilà partis en voiture à la conquête du monde d’avant, d’avant le COVID à la con qui nous a ruiné et pourri la vie. À peine arrivé, DOPPELGÄNGER est déjà en piste. En Suisse, contrairement au Cabo Verde, l’heure, c’est l’heure ! Y a des clichés comme ça qui ne changent pas. Des fondamentaux de la vie. Et celui-là en est un. On prend une bière au passage et hop ! Le live s’offre à nous. « Jusqu’ici tout va bien. Jusqu’ici tout va bien... L’important, c’est pas la chute. C’est l’atterrissage ». Et là, l’atterrissage a un arrière goût désagréable, tout comme la bière artisanale très amère. Peu mieux faire. Pourquoi, me direz-vous ? Parce que, pour la première fois de notre vie, on assiste à un concert où les musiciens ne jouent pas ouvertement des instruments diffusés.

Qu’on se comprenne bien. Il y a les artistes seul(e)s avec rack de samplers, loopers et autres machines à bidouiller. Là, pas de soucis, le mec tout seul n’est pas homme-orchestre (idem pour la femme), donc il gère tout ça et on accepte. Mais là, DOPPELGÄNGER, c’est trois types sur scène, donc rien que de très conventionnel. Or, au milieu du concert, le chanteur-bassiste pose sa basse et ne fait plus que chanter. Le COVID ça fatigue, même quand on ne l’a plus ou quand on ne la pas eu. Zeus ! Grand Dieu ! Qu’est-ce donc là ? ! Ancien bassiste, jamais je n’aurais imaginé poser l'instrument en plein concert pour aller boire une bière pendant que les autres jouaient sur scène. Mais notre chanteur de DOPPELGÄNGER semble très content de sa prestation. La basse, en plus des claviers inexistants sur scène, mais sortant toutefois des enceintes de la salle, rien que de très normal pour lui. Bon ! Qui sait ?...

Je rentre chez moi et, toujours dubitatif de la chose, j’écris à bingO, mon rédac' en chef préféré. Pourquoi ? Parce qu’il est tout à la fois rédac’ chef, mais aussi musicien sur scène et en studio. Il sait de quoi il parle. Donc lui saura me répondre. Or, sa réponse, rapide et efficace comme toujours - pour ça qu’il est mon préféré -, eh bien, j’aurais pu donner la même ! DOPPELGÄNGER est un cas à part. Ça arrive. Rien de grave ni de convenu.

Un casque sur les oreilles de la planète Rock
Ainsi va la vie, me direz-vous ! Oui, oui. Les jours passent. Les semaines aussi, pas beaucoup. Les concerts se poursuivent. Et puis voilà que L’Usine (Genève) propose un festival réunissant les trois salles de concert qu’elle héberge, à savoir le Post Tenebras Rock (PTR), le Zoo et la Makhno, le 30 avril. De 21H30 à 6 heures du mat’, de la musique live... ou presque. Encore une fois, on google-ise un max pour voir et savoir ce qu’on est supposé découvrir sur scène. Le programme est plaisant pour ne pas dire prometteur.

C’est l’heure. On part, cocoté, looké, ready to go. Petite bière en main et c’est le tour des RASKOLINIKOV, groupe franco-genevois de cold-wave / dark-punk qui nous a beaucoup plu en streaming, à tel point qu’on a même proposé à notre rédac’ en chef préféré d’écrire un article dessus. Ben... c’était avant de les voir en concert. Le batteur, Jérôme BLUM, casque sur les oreilles, s’amuse à faire tourner ses baguettes entre les doigts comme les drummers de Hard FM des années 80. Bizarre, non ? Et pour cause. Il frappe de temps en temps sur sa caisse claire ou sur une cymbale, le reste de la partie « batterie » est en playback, joué par une boîte à rythme. Le choc est rude. À mes côtés, le batteur des HANEKE TWINS se marre. Jamais ça ne lui viendrait à l’idée, lui, de faire ça. Quand il est sur scène, il joue tout. Et c’est là qu’est le plaisir, le vrai, pas celui de la pornographie du Dark Web.
 
Suivent alors les Parisiens de BRYAN'S MAGIC TEARS qui versent dans l’indie-rock, dit-on. Nous, on dirait plutôt dans le plus pur shoegaze, celui des années 90, genre MY BLOODY VALENTINE. Un batteur, une bassiste-chanteuse, trois guitaristes, dont un chanteur leader qui arrête le groupe parce que le morceau est trop rapide ou râle après le public parce qu’il reste en retrait. Le guitariste lead (excellent au passage), on sait ce qu’il joue ; les deux autres, c’est plus flou. Et, là aussi, le batteur, prend parfois le casque sur les oreilles et hop ! , de la boîte à rythme en guise de live. Mais Grand Dieu, qu’arrive-t-il à la planète Rock ?


Un concert, un vrai ?
Le clou de la soirée devait être les Suisses de BAK XIII. Le Zoo est bien rempli, les fans sont là, crient - à moitié ivres ou shootés. Faut dire que dans un monde sans fumeurs, L’Usine est l’un des rares lieux qui les tolèrent et plus particulièrement les amateurs de chichon. Pas besoin de le payer, vos voisins vous en imprègnent à volonté. On attend, encore et encore. Problème d’installation des effets visuels. La salle est chaude. Les écrans « géants » sont fascinants, cependant pas autant que le mur de fond de la scène, absolument captivant, lumineux à souhait. Ça va être explosif. On se réjouit. Enfin, un concert, un vrai !

Pardon. Serais-je trop vieux ? Has been ? Deux gugusses débarquent enfin sur scène. L’un beuglant dans un micro avec une couronne autour du cou, à défaut d’être sur la tête. Faut dire que vu ce qui sort de sa bouche, on comprend plus facilement qu’il n'est pas très net. Et un autre, possiblement sous acide, guitare à la main, sursaturation à plein régime, bouge en tout sens, tout content (« Wouah, je joue de la guitare, c’est trop cool, je joue de la guitare !!! »). Le batteur, lui, s'est perdu... Quoi qu'il en soit, tout le reste, comprenez le LIVE, est enregistré et diffusé une nouvelle fois en playback. Le choc est plus que rude. Est-ce là le « rock » du XXIe siècle ? Des fainéants sur scène qui s’amusent sans jouer d’instruments, tout étant pré-enregistré, comme pour les concerts de MADONNA quand elle n’a plus d’énergie ? Mais elle, il y a au moins un show à voir !

Nous on déteste. Un live, un concert, c’est un moment de partage entre les amoureux de la musique, soit les fans, et les artistes qui performent sur scène, autrement dit, qui "jouent" d’un instrument ou de plusieurs (à la Yann TIERSEN), avec tous les aléas que cela comporte. On se souvient de RADIOHEAD aux arènes d’Avenches où Thom YORKE s’arrêta soudain de chanter en plein milieu d’une chanson parce que les ingénieurs du son faisaient mal leur boulot. Ça discute et ça repart. C’est du live. Arriver sur scène, brancher l’ordi et laisser jouer la musique, ben, c’est du playback. C'est bon pour Michel DRUCKER ou La chance aux chansons (belles références, mais chez Pascal SEVRAN, le chant était souvent en direct, NDLR).

Quoi qu’il en soit, la question reste posée. Est-ce que le rock en live de demain sera du playback ? Il semblerait que oui, au vu des expériences post-COVID que nous venons de vivre. Le pompon revient cependant aux françaises gay-friendly de VENIN CARMIN. Deux femmes sur scène. L’une qui chante parfaitement et joue de la guitare à merveille. L’autre, planant sous les platanes, qui bidouille les machines, diffuse l’enrobage sonore de la batterie ainsi que des sons mélodiques, jouant du synthé en tapant avec une seule baguette sur une « mini percussion numérique » à la mode Rencontres du troisième type de SPIELBERG... On croirait rêver...

Décidément, fait pas bon vieillir. Mais où est donc passé l’esprit de Woodstock ?

 Grototoro (aka Christophe CHAZALON), correspondant à Genève

(17 mai 2022)


(Cet article a été publié originellement sur le site du webzine de Casbah Records (web))


JE T'AIME, moi non plus!


Notre chroniqueur Suisse aime le groupe français JE T'AIME qui aime The CURE. Avant de rentrer dans la canicule estivale, un peu de froideur fera du bien à tout le monde...

D’une manière générale, un critique musical cherche très souvent la fraîcheur, la nouveauté, le son pas encore entendu, détonant, il espère trouver la pépite, la rareté, le futur, voire être le découvreur du groupe de demain. Et, à défaut d’être très réaliste, cela stimule au moins son imaginaire et sa soif de découvertes. Mais comme tout humain normalement constitué (et le critique musical en est un d’humain, les AI peuvent aller se rhabiller), il apprécie aussi les lieux communs, les sons connus et chéris, les « madeleines de Proust » ou autres résidus persévérants des temps anciens de son enfance qu’il refuse de perdre comme autant de moments de bonheur inaliénables. Ainsi va la vie ! On a tous nos péchés mignons.
Aussi, lorsque, par hasard, au détour d’une écoute Bandcampienne d’usage recyclage, nous sommes tombés tout en douceur et surprise sur les Parisiens de JE T’AIME (nom évocateur s’il en est ! ), pour sûr, on était bien Du côté de chez Swan. La machine à remonter le temps était entrée en action et nous avait propulsés plus de trente ans en arrière, mazette. Fzzzzzip ! Le ventre avait fondu, les cheveux avaient repoussé, les verres à voir avaient disparu, on était jeune et presque beau. Formidable ! Et quand bien même le groupe avait revendiqué une recherche estivale 2019 assidue en quête de nouveaux sons, qui s’était traduite par un premier LP, Je t’aime, un « poponyme » (gare à bingO ! ) mélange de nu-Wave et d’électro, nous, on était entré, avec ce second album du nom de Passive, dans la plus pure et absolue New Wave des années 1980. Quel bonheur ! (pour celles et ceux qui aiment la New Wave, cela va de soi !)
 
Nos nouveaux amis de JE T’AIME, parce que bien sûr, dans ce cas-là, on se transpose immédiatement en fan(à tiques), aux cheveux hirsutes et noir de poussière gothique des volcans infernaux, nos nouveaux amis, disais-je, nous étant devenus cher, on se dit pourquoi pas, après tout, une petite critique d’amour pour le bonheur de dire et qui sait ? Malheureusement, la quête d’informations pour en savoir plus sur ces créateurs terrestres d’un autre loops de temps se heurta rapidement au presque vide de la Toile. Quelques éléments éparses sur le site officiel du groupe nous apprirent cependant que dBOY programme les machines, joue du synthé, de la guitare, de la basse et chante, alors que CRAZY Z, fait de même, mais ne chante pas ; et TALL BASTARD se cantonne, lui, à la guitare et à la basse. Plus encore, le trio sans batteur explique qu’après un bon accueil de leur premier single The sound in spring par le public, ils ont décidé de traverser La Manche, en quête de sources, de roots et peut-être de bière, pour finalement aboutir, en 2019, à un « son hybride Post-Punk Cold Wave, rappelant la grande époque de la Mancunian Factory et imprégné de relents des Smiths ». Oublié les SMITHS avec un « s », le webmaster du groupe a confondu MORRISSEY avec Robert le chevelu !
 
Nous, fin connoisseur, on sourit alors un peu, car niveau son, nos Frenchies n’apportent pas grand-chose de nouveau au final, ce que confirme très largement, le second album du groupe, Passive, sorti en février 2022 chez Manic Depression Records et Icy Cold Records, du moins la première partie du double album initialement prévu, car la seconde se fait attendre. Sortira-t-elle ? Sortira-t-elle pas ? On sait pas et on s’en fiche. La première partie est parfaite pour les oreilles nostalgiques. Aussi, pour faire simple, on pourrait dire sans hésiter que JE T’AIME, ce sont les descendants directs et légitimes du couple britano-turc The CURE – SHE PAST AWAY. On aurait pu prendre les SISTERS OF MERCY, mais on aurait fini par croire qu’on ne connaît que ce groupe, alors... Peu importe ! La voix du chanteur dBOY résonne férocement comme celle de Robert SMITH (le chevelu mentionné plus haut), chantre emblématique et pilier du groupe de Crawley, fondée en 1978, en particulier telle qu’on l’entend dans les premiers albums post-punk de The CURE, Seventeenth seconds (1980, et son célèbre single A forest) ou Pornography (1982). Quoi que héritée de SHE PAST AWAY, comme sur le single Durdu Dünya ou Ritüel, plus caverneuse que celle de SMITH, la voix de dBOY est profonde et plaintive, mais cependant limpide et claire. Or, l’héritage thecurien, qui trahit le plus la filiation directe, c’est surtout la guitare basse mélodique, piquée sur le modèle du jeu de Simon GALLUP, de The CURE, et le son des guitares si typique de Robert SMITH. Il suffit d’écouter Marble heroes de JE T’AIME pour s’en convaincre : un mix parfait entre Love song et Pictures of you, tous deux tirés de l’album Disintegration (1989).
Pour le reste, qu’en est-il des paroles ? Les femmes, les femmes, les femmes, bonnes, belles, cruelles, viles ou faciles, un beau garçon aussi, et l’amour impossible d’Elle qui aime sans aimer ou n’aime pas tout en aimant (Dirty tricks, Cold, Give me more kohl, On the phone), la solitude encore (Lonely days, Stupid songs) ou enfin l’échec d’une vie, d’une relation, de la quête ultime (Unleashed, Cold, Blood on fire, Marble heroes). Du Dark-New Wave, et un chouilla de Gothique pour sûr, de la mort, de la souffrance, des araignées et des maîtresses payantes ou libérées dans des châteaux pas toujours hantés, mais avec des cachots de souffrances sadiques… Quoi qu’il en soit, quel que soit le morceaux, JE T’AIME nous entraîne dans les méandres du Styx, dans les cercles dantesques de l’enfer amoureux et d’une vie qui s’égare, ne sait plus où aller, s’achève presque.

On notera encore un élément supplémentaire d’excellence chez ces Parisiens un tantinet lazzy que je te sors un album tous les 3 ans et encore incomplet : trois vidéo-clips efficaces et simplement beaux, tel le très léché Another day in hell, une triple déambulation Black & White dans les rues de Paris totalement désertes en temps de restrictions covidiennes. Qu’il est bon parfois d’enfreindre la loi pour créer ! Avec Give me more kohl, on replonge dans les années 1970-1980, entre Punk et New Wave, dans les boîtes de nuit de l’Hexagone. Nostalgie, nostalgie quand tu nous tiens… Enfin, Stupid songs reprend les codes actuels du vidéo-clip, plongeant dans les bas-fonds des quartiers chauds de la Capitale, le tout en version karaoké, pour toutes celles et ceux qui souhaitent apprendre l’anglais, autant en profiter !

En conclusion, JE T’AIME n’apporte rien de nouveau sous le soleil, ok, c’est dit ! Mais au moins, il nous replonge dans le bonheur des années rebelles de notre jeunesse (désolé pour la nouvelle génération qui est en train de la vivre cette jeunesse ! ) et ce, pour le meilleur, car au final, le bonheur de l’écoute est là et n’est-ce pas là ce qui compte ?

 Grototoro

(Genève, 10 juin 2022)


(Cet article a été publié originellement sur le site du webzine de Casbah Records (web))

HANEKE TWINS // Post-punk 3.0


Notre correspondant genevois a rencontré l'une des formations les plus intéressantes du moment chez nos voisins helvètes : HANEKE TWINS. Puisse l'entretien longue durée avec Stefanos LEONTSINIS et Paschalis VICHOUDIS, les deux fondateurs du groupe, permettre aux lectrices et lecteurs de notre publication de comprendre que le post-punk 3.0 ne se cantonne pas seulement au Royaume-Uni.

         J’ai découvert les HANEKE TWINS à l’occasion de la mise en ligne de leur nouveau EP sur le site MX3 en décembre 2021. Séduit par le son et la voix du chanteur, tout autant que par les compositions, je suis allé les voir en concert fin mars 2022, afin de voir ce que cela pouvait rendre sur scène. Après une brève rencontre, une interview fut agendée pour la semaine suivante. Le courant passant extrêmement bien, elle a duré plus de deux heures (sans oublier 1H sup pour l’apéro), dans un mélange ping-pong français - anglais spontané. En voici les morceaux de choix.


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E N T R E T I E N     ////     E N T R E T I E N     ////     E N T R E T I E N 
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Une question BABA en préambule... Les HANEKE TWINS : qui, quand, où, pourquoi, comment ? (une minute max pour répondre ! )


Stefanos LEONTSINIS : Avec Paschalis, on travaille ensemble et on a joué dans des groupes de reprises. Et puis, à un certain moment, on s’est dit : « faut qu’on écrive nos propres chansons ! ». On a alors composé cinq morceaux. On a sauté dans l’avion, jusqu’à Athènes pour y enregistrer notre premier EP. Ça nous a beaucoup plu et on a donc continué. À ce jour, on a à notre actif le mini album Astronaut (The Animal Farm, 2021) et un EP 5 titres, Haneke Twins (autoproduction, 2018). Dans deux mois [l'entretien a été réalisé le 09 avril 2022, NDLR], on va enregistrer notre premier LP. Pour le reste, on a joué dans trois pays jusque-là. C’est donc plus qu’une passion pour nous, même si on est des physiciens ou des électroniciens au départ !
Paschalis VICHOUDIS : Le nom du groupe est un hommage au réalisateur autrichien Michael HANEKE, et plus spécifiquement à son film antifasciste Le ruban blanc (2009). C’est un film de suspens étonnant, sans bande originale. Ce qui n’est pas très courant. D’habitude, il y a toujours de la musique pour ajouter un peu de tension. Aussi, pour faire simple, on peut dire que tout est parti de ce film. Il a cette atmosphère antique, ce côté sombre qui correspond vraiment à notre style. Et puis, il y a des jumeaux (« Twins » en anglais) qui ont un rôle essentiel et très subtil dans tout le film. Je me souviens que nous volions en direction d’Athènes, nous discutions au sujet du titre du EP. On est finalement arrivé au nom de HANEKE TWINS, qui permettait une comparaison avec ce réalisateur dont nous partagions les mêmes points de vue. Et puis, un jour, peut-être qu'on écrira une soundtrack !

On peut dire que vous êtes les deux leaders – fondateurs du groupe. Comment composez-vous les morceaux, aussi bien musicalement que textuellement ?

SL : Je vis à Zurich et Paschalis est basé ici, à Genève. Quand je viens pour y travailler, on rassemble les morceaux et on les joue avec le reste du groupe.
PV : D’un côté plus technique, on n’enregistre pas de musique lors de nos échanges d'idées. On écrit la musique (la partition) sur ordinateur en utilisant un système MIDI. Du coup, c’est une musique synthétique. Les idées sont échangées comme ça. Après, lorsqu’on a atteint une sorte d’accord, ça devient une chanson. Ce n’est qu’à ce moment-là qu’on la joue. On la transmet aux autres membres du groupe et alors seulement, on peut répéter. Donc, c’est très... comment je peux dire ça... ce n’est pas très habituel comme approche pour un groupe de musique. Les groupes, d’habitude, se rencontrent et échangent des idées en personne, en vrai. Ce n’est pas ce que nous faisons. Par contre, pour le reste, tout suit le process standard.
SL : Si je résume, en gros : un riff, une idée, une expansion, puis les voix ajoutées dessus. Écoutes, re-écoutes puis intégration de tous les changements dans les instruments MIDI. Ensuite, pour le groupe, cela signifie nouvelles vérifications. Après avoir finalisé tous les changements, on envoie le morceau à notre producteur qui dit alors « hum ! changez ceci, un petit peu plus de cela... », et enfin, on a le morceau final... ou presque. En fait, le plus intéressant pour moi, c’est que les morceaux sont en évolution constante. Une fois qu’on a enregistré les morceaux, on les joue encore et encore et encore, si bien qu’à la fin on ajoute plein de trucs. Donc, si vous venez nous voir jouer sur scène, les morceaux ne sont plus tout à fait les mêmes que ceux des versions enregistrées.

Vous travaillez tous les deux au CERN (organisation européenne pour la recherche nucléaire, à Genève). D’une manière directe ou indirecte, la recherche scientifique (pure, de pointe) a-t-elle un impact sur votre musique ? 

SL : Pour sûr, oui, parce que nos vies sont directement influencées par ce qu’on fait et notre travail au CERN. Moi, je travaille sur une des expériences qui a pour nom CMS et je développe des détecteurs, plus spécifiquement des capteurs de silicium qui sont très très fragiles et très très... au cœur du détecteur, pour, disons, l’analyse physique. Je travaille avec des particules élémentaires et spécifiquement des mesures vectorielles et des trucs comme ça, mais je ne vais pas entrer plus en détail sur les noms des particules (rires).
PV : Donc Stefanos fait essentiellement de la physique et moi, je suis ingénieur en électronique. Mon travail consiste à aider les physiciens à développer les outils dont ils ont besoin. On obtient des spécifications sur le type de processus, le type d’expérience qu’ils veulent faire et on essaie d’implémenter les dispositifs typiques des systèmes électronique qui collectent des informations afin de les transmettre ensuite pour analyse aux physiciens. Donc, en termes simples, je conçois des systèmes électroniques pour acquisition de données !

Bien que votre label (The Animal Farm) soit basé à Londres, à ce jour, vous avez enregistré vos disques à Athènes, au Dudu Loft Studio. Vos origines grecques ont-elles contribué au choix du studio ?

PV : Tout d’abord le Dudu Loft Studio à Athènes, c’est celui de notre producteur Costas VERIGAS, qui est un très bon ami et un musicien très talentueux. Il joue dans un groupe de post-rock qui s’appelle AFFORMANCE. La première fois, on est allé là parce que c’était plus facile pour lui, puisque basé là-bas. Et puis, étant tous deux Grecs, ce n’était pas un problème pour nous de voyager, de voir aussi la famille. Pour le mini album, on a enregistré au même endroit, car on était très content du EP initial, donc il n’y avait pas de raisons de changer de studio. De plus, on avait aussi un concert à Athènes à la même période, donc on a combiné les deux... Par contre, le nouveau disque sera enregistré à Genève.

Sur le plan musical, vous vous définissez comme « alt-rock / post-punk » et plus encore. Je vous cite : « nos chansons vous transportent dans les clubs underground du Royaume-Uni ». Qu’est-ce à dire ? Quelles sont vos influences musicales ?

SL : PORCUPINE TREE, A PERFECT CIRCLE, ce genre de groupes progressifs. Paschalis est plus... JOY DIVISION, BAUHAUS, très post-punk. Et cela reflète bien notre musique parce que sa voix et la basse qu’il joue reflètent une approche post-punk plus sombre. Alors que certaines des guitares sont plus progressives. C’est un mix des deux.
PV : On pourrait donner quelques noms emblématiques du post-punk, du moins de la façon dont on le comprend. Pour les années 80, on pense plutôt à JOY DIVISION et BAUHAUS, donc. En ce qui concerne les années 2000, on parle des EDITORS et d'INTERPOL. Quant aux années 2020, c'est IDLES et SHAME. Ça, c’est notre monde du post-punk, qui n'est pas du tout le même pour d’autres personnes.

Dans votre premier EP, il y a une reprise de The end des DOORS. Pourtant, vous ne les citez pas dans vos influences. Pourquoi ?

PV :  Bonne question. C’est pas facile à se connecter avec les DOORS, c’est vraiment un autre univers. Ça n’a rien à voir avec nos autres influences... Mais en même temps, on peut dire que la musique qu’on fait est influencée par le côté gothique introduit par BAUHAUS. Or, si on se penche sur le gothique, comment il est apparu, un des morceaux précurseurs, qu’on appelle pré-gothique, c’est The end. Le documentaire très sympa sur Youtube, Avant BAUHAUS : comment le gothique est devenu le gothique ? montre comment un des morceaux qui a tout changé, c’était The end, mais pas les DOORS dans leur ensemble. Seulement ce morceau [Bien qu'elle y soit présentée en Reine du gothique, le documentaire omet de dire que NICO a aussi repris ce morceau, NDLR].
SL : Et, pour nous, si on fait la reprise d’un morceau, il faut que ça soit différent. Elle doit rester connectée avec la mélodie, bien sûr. On garde les paroles telles quelles, mais le but, c’est de mettre son style dedans. Par exemple, si vous écoutez la reprise de When the levee breaks de LED ZEPPELIN par A PERFECT CIRCLE, c’est complètement différent. Et c’est là l’intérêt. Vous prenez quelque chose que vous aimez vraiment beaucoup, qui vous influence, et vous adaptez votre style dessus. Vous gardez une connexion un peu lâche, mais vous offrez votre vision et cela devient plus intéressant pour celui ou celle qui écoute. On ne veut pas juste enregistrer la même chose... En fait, il n’y a aucune chance que vous fassiez mieux que The DOORS si vous jouez exactement la même chose.
PV : Il n’y aurait aucun intérêt de refaire à l’identique, ça n’ajouterait rien. Aussi, venant de groupes de reprises, on en avait marre de faire d'exactes reproductions de morceaux. C’est fini. On ne veut plus faire ça. Aussi, les covers qu’on fait sont très différentes des versions initiales. Il y a un risque, mais on le prend.
 
Revenons à votre dynamique premier EP intitulé Haneke Twins, sorti en septembre 2018. Une chose m’a marqué, c’est le côté très rock, très agressif en comparaison du deuxième disque, plus sombre, plus dépressif. Qu’en dites-vous ?

PV : Il y a une énorme différence entre les deux disques. Ça, c’est clair. Pour le premier EP, il faut dire qu'on n’avait pas trop réfléchi. On l’a composé en quelques semaines, puis on a pris l’avion et on est allés tout de suite l'enregistrer. Donc le style exact qu’on voulait faire n’était pas très clair pour nous. C’était un peu schizophrénique, on peut dire. D’ailleurs, il n’y a pas vraiment de connexion entre les différents morceaux. Par ailleurs, on vient d’un background de rock assez agressif. Du coup, le style de musique est naturellement agressif. On a passé beaucoup plus de temps sur Astronaut. Il est beaucoup plus travaillé, alors que son prédécesseur était plus spontané. Aussi, le nouveau disque qui sortira, on espère, d’ici la fin de l’année 2022, sera entre ces deux extrêmes. La vérité ou la juste balance, c’est vraiment au milieu. Ça devrait alors se sentir sur notre prochaine production. Grosso modo, à l’époque, on n'avait aucune expérience en matière de composition, même si on a fait des années de musique avec nos groupes de reprises. On en avait discuté une fois entre nous et il était ressorti que par analogie avec les études et le travail, jouer dans des groupes de reprises, ce serait comme faire des études à l’Université, au MIT, cela permettrait d'apprendre toute la théorie. Alors que faire sa propre musique, composer des morceaux, ce serait plutôt comme commencer son premier travail pour entrer dans l’industrie. Ce n’est pas la même chose. On a tout ce qu’il faut comme connaissances, mais leur application n’est pas du tout évidente...
SL : C’était tellement spontané avec le premier EP. Je me rappelle qu’on avait quatre morceaux à enregistrer. Je regardais Apocalypse now de Francis Ford COPPOLA et j’ai envoyé un message à Paschalis disant « Nous devons faire une reprise de The end des DOORS ». Je suis allé me coucher et au réveil, Paschalis avait envoyé une esquisse de la reprise, alors qu’on avait déjà réservé nos billets. Une semaine avant le départ on avait un nouveau morceau. Ce premier EP était définitivement très spontané.

En comparaison du dynamique premier EP, musiques et paroles du mini album Astronaut semblent beaucoup plus sombres. Où est l’optimisme, l’espoir, la bouffée d’air qui vous empêche d’étouffer ? Tout serait-il perdu ?

SL : Pour le premier EP, on s’était essentiellement consacrés à la santé mentale de la société. Nous voyions la pression que tout le monde subissait dans la vie quotidienne. Depuis, le COVID n’a fait qu’empirer cela, jusqu’à un niveau intenable. Donc, il faut parler. Discuter. Il faut aider les autres et reconnaître qu’on n'a que son prochain pour nous aider à survivre, à mener une vie normale. Le cerveau peut aller du bien au mal en une seconde. Et quand le cerveau va au mal en une seconde, il faut énormément d’efforts pour revenir au bien. Par exemple, dans leurs salles de bains, les gens se mettent face à leur miroir et se parlent. Ils entrent alors dans la boucle infernale qui se nourrit d’elle-même et devient toujours plus négative. Cela ne cesse d’empirer. Il faut donc rester ouverts. Si tu marches dans la rue et que tu vois quelqu’un en détresse, prends une minute pour juste lui demander s'il veut un café, ou juste parler, discuter. Ça peut vraiment changer la vie de certaines personnes. De nos jours, on est complètement aliénés. Si tu vas à la fenêtre et que tu prends une photo de la rue, chacun est sur son téléphone, fixant l’écran, sans voir ce qu’il y a autour. Il faudrait juste se déconnecter de cela, car ça va de mal en pis, chaque jour. Avec No way out, nous voulions aborder cet aspect de la vie.
PV : Comme on n’a pas répondu à la question initiale, à savoir « Y a-t-il un quelconque optimisme dans nos paroles ? », peut-être pourrais-je ajouter quelque chose... Pour le moment, je pense qu’on est particulièrement pessimistes, mais en admettant des choses et peut-être qu'en discutant ouvertement de ce qui se passe, on pourrait avoir un avenir meilleur. Mais actuellement, on n’est pas très optimistes et cela se reflète dans nos paroles. La première chose à faire pour résoudre un problème est de l’admettre. Admettons le problème, évoquons-le et la solution viendra peut-être. Mais si on ne l’admet jamais, cela n’arrivera pas. Donc, dans ce sens, nous sommes optimistes, parce que le simple fait de parler d’un problème pourrait nous aider à le résoudre ou à changer.
 
Dans Astronaut, vous parlez beaucoup de prendre sa vie en main, de choisir son destin en quelque sorte, mais vous critiquez aussi très fortement le monde d’aujourd’hui, des politiques à langue de bois en passant par les réseaux a-sociaux qui tuent les véritables relations humaines et nous entraînent dans la spirale infernale de la solitude, voire du suicide. Est-ce que je me trompe ? Je pense à Speechless, River ou Stuck in a loop.

PV : Oui, on critique la société telle qu’elle fonctionne aujourd’hui, avec différentes associations d’idées, différentes métaphores. Les choses ne vont pas bien. On essaie d’en parler et dans Stuck in a loop par exemple, on montre tout ce que Stefanos a décrit avant, des gens avec leurs téléphones qui ne regardent ni le ciel, ni la nature. La seule chose dont ils se soucient, c’est de savoir si on les like, je ne sais pas moi, sur Instagram, par exemple... En fait, si vous nous demandiez de décrire les thèmes de nos chansons, je dirais qu’elles traitent de questions sociales, politiques et psychologiques. C’est ça qui nous intéresse. D’autres artistes traitent d'autres aspects. On n’a pas besoin d’écrire plus de chansons sentimentales. Je pense qu’il y en a assez. Et pour River, c’est la même chose. Ça traite des difficultés qui font atteindre leurs limites aux gens. Le suicide est utilisé comme une métaphore. C’est un suicide psychologique et on ne dit pas ce qui s’est passé. Nous laissons la question en suspens. Chacun peut l’interpréter à sa manière. Mais le constat est toujours le même : la société nous amène aux limites de ce que nous pouvons supporter. C’est une réalité, c’est certain !

La question qui fâche : en lisant attentivement les paroles, on a l’impression non seulement d’une introspection de petits garçons qui refusent de devenir des hommes, mais surtout que vos textes s’attachent aux garçons, mais pas aux filles. Est-ce une erreur d’appréciation de ma part ? Où sont les femmes dans votre univers ?

PV : Ouchhh !... Je dois dire que j’ai eu peu de réticence avec cette phrase « I am a boy and I don’t want to become a man ». Mais c’est la seule qui fonctionnait. On n’a pas réussi à la modifier...
SL : Le garçon devenu homme fait référence au monde du transgenre...
PV : Je crois que c’est une très bonne question. Et elle nous tombe dessus comme ça... mais on est... on est vraiment pro-parité, égalité des sexes. Mais vous avez raison. On est cinq hommes dans le groupe, des scientifiques... (pause) C’est marrant parce que ma femme vient juste de me poser la question aujourd’hui, ce matin même. On discutait au sujet de la pochette du prochain album. Il fallait choisir entre un artiste féminin et un artiste masculin, et il semble qu’on ait préféré l’homme. Et ma femme a dit : « Mais, c’est n’est pas juste ! ». Et on a dit : « Ça n’a rien à voir avec le genre ! ». Elle n’était pas convaincue du tout.
SL : Il est vrai que le patriarcat est très très profondément enraciné chez tout le monde parce que c’est ainsi, du moins je peux parler pour moi, c’est ainsi que j’ai grandi. J’ai grandi dans le patriarcat. Donc, j’admets pleinement que j’en ai des cicatrices. J’essaie tant bien que mal de m’en sortir. On essaie de faire de notre mieux. C’est quelque chose dont on n’a cependant pas parlé entre nous. Oui, on n’en a pas encore parlé.
PV : On devrait définitivement se poser la question... C’est une promesse.
SL : Le prochain album, c'est une promesse...
PV : Ce qui est intéressant, c’est que nous essayons de soutenir activement la parité, mais cela ne ressort pas vraiment dans notre musique. Je veux dire, on le fait dans nos vies, tous les jours. On essaie d’embaucher une femme plutôt qu’un homme par exemple. Mais c’est très vrai que cela ne se reflète pas dans notre musique jusqu’à présent. Nous devons corriger cela, car ce n’est pas ce à quoi on ressemble, ce à quoi ressemblent nos personnages. Ce n’est pas nous du tout. Croyez-moi. Totalement le contraire. Mais vous avez raison, cela ne transfigure pas dans nos chansons...

De même, en douze morceaux, il n’y a pas une seule chanson d’amour. Qu’est-ce à dire ? Il n’y a plus d’espoir ou le sujet ne vous intéresse pas ? Vous êtes des scientifiques, alors ceci expliquerait peut-être cela (LOL) ?

PV : (rires) Oui ! Je pense l'avoir abordé précédemment... Dans la discographie mondiale, il y a vraiment beaucoup beaucoup trop de chansons d’amour qui parlent pour nous aussi. Je pense qu’on n'a rien à ajouter sur le sujet, même si tous on est amoureux de nos femmes, de nos conjointes, de nos enfants. Oui, je pense qu’il y a d’autres sujets plus importants à... Pas plus importants... D’autres sujets qui ne sont pas abordés et qu’on aimerait traiter. La question de l’amour est évoquée par la plupart des artistes. Il y en a beaucoup. Il y en a assez. Peut-être qu'un jour, on en écrira une aussi. Mais vraiment, il faut un peu d’équilibre. On parle d’amour, d’amour, d’amour, mais on ne parle pas de la société, on ne parle pas de politique, on ne parle pas des problèmes dans la vie. Donc, voilà, c’est une décision qui ne veut pas dire qu’on n'est pas amoureux. Tout le contraire. Dans notre vie, il y a de l’amour, on le voit, mais on trouve qu’il y a d’autres choses à dire que la plupart des artistes ne disent pas...
 
On sent une évolution aussi bien musicale que textuelle, une maturité en devenir. Qu’en sera-t-il du LP à venir ? Pouvez-vous nous en dire plus ?

PV : On va aller en studio pour enregistrer douze ou treize morceaux. On n’a pas encore décidé. Peut-être treize. On va enregistrer cette fois à Genève, à L’Usine [NDLR : centre autogéré, L’Usine est le bastion de la culture alternative à Genève et comporte plusieurs salles de concert, un cinéma, un disquaire, des studios d’enregistrement, etc.]. Il y a deux studios à L'Usine. On va faire la batterie dans celui des Forces motrices et puis les autres instruments dans l’autre studio dont on ne connaît pas le nom puisque qu’il est en train d'en changer... On va faire l’enregistrement jusqu’à mi-juin et puis on espère sortir l’album avant la fin de l’année 2022. Le label, ce sera Urgence Disk Records de Damien SCHMOCKER, alias Le BARON. On se réjouit de voir l’album dans son magasin de disques. Ce sera notre véritable premier album. Les sons, comme on l’a dit avant, seront entre ceux du premier EP et d'Astronaut. On touchera les influences des trois époques de nos références post-punk. Je pense que ça va être évident là. Je trouve que, malgré ces influences, cet album sera très personnel. Il y aura une identité très claire.

Quid des concerts ?

PV : La prochaine date, c’est le 30 avril, sur le festival Electrodark [rappel : l'entretien a été réalisé le 09 avril 2022, NDLR]. On n'a pas d’autres dates de prévues parce qu’on est vraiment concentrés sur l’enregistrement et qu’il est pour très bientôt. En mai 2022, on ne voulait pas faire de concerts du tout afin de se donner un peu de temps pour travailler sur des détails avant d’aller enregistrer. Il y aura plus de concerts à partir de l’automne. Pour le moment, on est focalisé sur l’album parce qu'un disque, ce n'est pas seulement l’enregistrement. Il y a tout un travail après... Et puis on essaie de se laisser un peu de temps pour vraiment sortir un bon produit, meilleur que les deux premiers. Un petit détail important : en fait, ceux-ci ont été enregistrés en trois jours. C’était très vite fait et j’aimerais ne pas refaire cela. Nos compositions méritaient plus de temps et on ne leur en a pas donné assez.

HANEKE TWINS, c’est désormais un groupe de cinq personnes...

PV : On est cinq, c’est vrai. Les trois autres, c’est un batteur qui s’appelle Emil KOULOURIS. Il travaille aussi au CERN. Lui aussi est Grec. Le bassiste s’appelle Paul ASPELL. Il est Anglais, originaire d’Oxford. Et puis le second guitariste s’appelle Andrés DELANNOY et vient de Porto Rico. Ça fait un an qu’on est ensemble. On passe de bon moments sur les répétitions, sur les concerts et on espère collaborer longtemps.

Est-ce qu’ils sont aussi sur les albums ou seulement en concert ?

PV : Pour l'instant, c’est juste en live. Pour le premier disque, on a enregistré avec un ami batteur qui nous a aidés, sinon tous les autres instruments on été réalisés par nous deux. Pour le deuxième, nous avons intégré d’autres musiciens qui ont finalement décidé de faire autre chose après. Maintenant, les autres membres du groupe (en concerts) vont venir enregistrer avec nous. Les compositions restent encore notre travail à tous les deux, mais peut-être que dans le futur, ils y participeront aussi. En tout cas ils vont être là pour l’enregistrement du nouvel album.

Quand j’ai découvert votre travail sur MX3, ce qui m’a le plus plu, c’est la séparation des guitares (une très claire, l’autre saturée) sur deux canaux distincts. C’est pour moi, une partie importante de votre son, avec la voix grave de Paschalis. Votre marque de fabrique en somme. Qu’en pensez-vous ?

PV : C’est vraiment intéressant d’entendre la séparation, de fermer les yeux et de visualiser le groupe. C’est une sensation presque visuelle, on dirait. Mais il faut fermer les yeux. Et puis ça ne ressort pas avec les téléphones portables, des trucs comme ça. Il faut des écouteurs. Mais ça ajoute quelque chose cette image stéréophonique. Cependant, c’est compliqué. Je comprends que la plupart des artistes, en général, font une condensation, une compression pour avoir tout au centre, parce que peut-être ça ressort mieux dans certains appareils. Si on écoute notre musique avec un téléphone portable, il y a une perte qualitative. Pour ceux qui écoutent notre musique, vraiment, ça vaut la peine de mettre des écouteurs, ça ajoute quelque chose. C’est presque comme un concert. Ça donne une information visuelle. Et au niveau des guitares (une très claire et l’autre avec un peu plus de gain), oui, elles sont séparées. C’est très facile à appréhender et c’est fait exprès. On veut avoir des mélodies très claires, pour distinguer ce que chacun joue. C’est notre but en fait. On adore ça, alors que très souvent les trucs sont très mélangés. Les résultats peuvent être magnifiques, mais c’est difficile à savoir qui joue quoi. Nous, en fait, on a rien à cacher. Tout est évident. C’est notre style de mixage et puis aussi notre producteur Costas adore ça. Il aime donner une sensation de live à notre musique.

Souhaiteriez-vous ajouter quelque chose de plus sur HANEKE TWINS ?

SL : Oui, on veut !... En se basant sur l'une de vos remarques, après que l'on se soit mis d’accord avec Paschalis, bien entendu, on promet que le prochain album aura beaucoup plus de présence féminine. L'un des morceaux évoquera très certainement Ann HANSEN, une anarchiste canadienne, fondatrice du Direct Action Group qui révèle un certain nombre de facteurs qui détruisent l’environnement. Donc on peut définitivement lui dédier une chanson, on travaillera assurément là-dessus. Aussi, merci pour ce commentaire sur les femmes, c’est très très précieux.
PV : C’est un appel au réveil ! Nous pensons que nous sommes ouverts... nous croyons que nous le sommes, mais cela ne se voit pas. Cela ne s’affiche pas et donc, nous devons corriger cela. Merci beaucoup pour ce commentaire...

You are welcome ! Ce n’était pas une critique, juste un ressenti. Merci à vous.

SL : C’était très très utile. Nous n’aimons pas les commentaires positifs. Nous aimons ce qui permet de nous améliorer. Donc, avec cette chanson, nous ne pouvons qu'évoluer en bien. Donc merci pour ça... C’était très intéressant. J’ai vraiment vraiment apprécié.
PV : Et merci de nous avoir invités. C’était un grand plaisir.

Article et propos recueillis par GROTOTORO

(alias Christophe Chazalon - Genève, UniBastions – B107, 10h-12h, le 09/04/2022)

(17 juin 2022)

(Cet article a été publié originellement sur le site du webzine de Casbah Records (web))


FIRE CULT ou le feu sacré de la jeunesse


Un nouveau trio indie-punk helvetico-espagnol ? Notre correspondant Genevois a sollicité ses membres pour répondre à une interview.

En décembre dernier, après une résidence au Post Tenebras Rock de L’Usine, à Genève, les membres FIRE CULT, groupe fondé en 2020 dans la cité de Calvin, ont présenté leur premier EP, classé parmi l'indie-punk, mais plus sûrement à ranger dans le rock pur, et intitulé : We die alive. Cette étincelle de vie qui prend corps et au corps, emplie de joie de vivre et d’énergie positive, premier opus réussi (il faut le dire) du trio helvético-espagnol, s’avère être une fabuleuse et rafraîchissante promesse d’un futur possible à défaut d’être paradisiaque. En attendant les concerts et le prochain LP du groupe, notre correspondant en Suisse s’est lancé dans l’aventure et a interviewé FIRE CULT par écrit, à défaut de pouvoir les rencontrer en chair et en os. Ils n'étaient pas à Genève, mais en Espagne !

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E N T R E T I E N     ////     E N T R E T I E N     ////     E N T R E T I E N 
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Question BABA. FIRE CULT : qui ? Où ? Quand ? Comment ? Pourquoi ? (1 minute pour répondre)

FIRE CULT : Nous. Ici. Maintenant. Comme ça ! Pourquoi pas ?


Un trio « indie-punk » à Genève. Pourquoi cette ville ? Y a-t-il une scène, un public, une tendance à Genève ou est-ce juste parce que vous résidez entre Barcelone et Genève?

FC : C’est juste par hasard. Maintenant, on réside entre San Sebastian (au Pays Basque) et Lausanne / Yverdon-les-Bains, en Suisse. Et demain, on verra !

Premier EP, genevois qui plus est, mais pas première expérience. On retrouve Onneca GUELBENZU parmi les dynamites MIGHTY BOMBS (de chez Casbah Records, on adore ! ), VIRÜS, LAS FURIAS ou encore LAS PERRAS DEL INFIERNO. Jérémie MAGNIN avec L’EFFET PHILÉMON, NO BULLSHIT BABY et HUGS AND STITCHES, et enfin, Thibault BESUCHET parmi les membres d’ÉTIENNE MACHINE. Est-ce une envie d’une nouvelle expérience ou l’expression d’une amitié-connivence musicale ? Sachant que Jérémie et Thibault sont cousins, ceci explique peut-être cela ?

FC : Il y a l’amitié, le destin et la génétique. Comme un Space Odyssey (1968) de Kubrick, mais en version punk rock.


Quelles sont vos influences ? Vos groupes ou artistes fétiches ?

FC : On adore PIXIES, DEAD MOON, WIPERS, SONIC YOUTH, HÜSKER DÜ, DEVO, AQUABATS, WEEZER, The CLASH et une liste interminable. Nos influences, en fait, sont ce qu’on écoute, et on n’arrête pas d’écouter et de découvrir d’autres artistes chaque jour et dans tous les styles. On écoute aussi beaucoup de folk et de sons électroniques.


Le EP We die alive a été enregistré à Genève, au Rec studio, et mixé par Serge Morattel. Pouvez-vous nous en dire plus ?

FC : Ça a été une super belle expérience, et Sergio est un vétéran de la scène. Il a très vite compris ce qu’on voulait faire et il nous a donné un mix incroyable du premier coup... et des bons souvenirs pour toujours.


En général, comment composez-vous vos morceaux ? Ensemble ? Chacun amène ses idées ? L’un des membres est l’auteur(e) des textes ? Autres ?

FC : En général on jamme au salon, et on brainstorme des idées autour des apéros. Après, on prend le riff qui reste dans la tête et on en fait une demo sur l’ordi. Pour finir, on lui donne vie au local de répèt. On valorise le spontané. Si on doute trop sur une idée, c'est que ce n’est pas la bonne, tout simplement ! Un jour, on crée, un autre, on analyse. On fait la plupart du travail entre Jerem et moi [Onne], puis on finit en travaillant beaucoup de détails avec Thib et ses batteries magistrales.


Lorsqu’on lit les paroles des chansons de votre EP, on s’aperçoit que, d’une part, ce sont des chansons très courtes et, d’autre part, que vous jouez sur la répétition des phrases. On est à cent mille lieues d’un Lautréamont. Pourquoi ce choix ?

FC : Nous aimons beaucoup l’effet mantra et la musicalité des voix comme un instrument de plus. Pour nous, chaque morceau est un petit univers en lui-même, et la chanson est le véhicule pour entrer dans cette dimension.


Vos paroles sont simples, mais en même temps, lorsque l’on s’attache au sens, elles deviennent énigmatiques. Elles laissent une part d’obscurantisme, de non-dit qui offre une multiplicité d’interprétations. Est-ce un choix ou souhaitez-vous juste écrire des chansons percutantes (car elles le sont), aux phrases auditivement immédiatement accessibles au public ?

FC : Hahaha, nous sommes FIRE CULT ! Il faut bien savoir entendre et comprendre ce qu’on dit pour intégrer le Cult. La créativité, c’est très important pour nous et si on reçoit tout déjà tout cuisiné, on devient faible ! Il faut faire travailler la tête et la sensibilité et (se) reconnecter avec un sentiment d’intuition. Des fois, se poser des questions nous ramène à de nouvelles questions et tout devient plus intéressant.


LA QUESTION QUI FACHE. Vos chansons sont en anglais, alors que vous maîtrisez parfaitement le français et l’espagnol. Pourquoi utiliser uniquement l’anglais ?

FC : Parce que ça sonne beaucoup plus cool, non? Jajaja ! En fait, on a l’habitude de l’anglais, mais on n’est pas contre les langues maternelles.

Si on s’attache au sens de vos textes, on y décele une électrique envie de vivre (vous êtes le culte du feu, le feu sacré... (Red is best)), de profiter de la vie (Blooming circles, All the living things), de lutter contre la folie ambiante de l’Empire et aussi une critique à peine cachée du système dans lequel nous vivons (Satellite control). Quel est votre message principal ? Est-il fortement politique ou, à la mode punk, vous exprimez simplement une idée et que chacun en fasse ce qu’il veut ? « God save the Queen »...

FC : Nos paroles sont pour nous une ode à la vie, à l'énergie, à tout améliorer, à construire son propre univers et à traverser le présent avec du respect et de l’amour. C'est une fête dansante et sonore. Comme partout, il n'y a pas un côté sans l'autre. Nous disons aussi bonjour à notre coté obscur s’il faut et à tout ce que nous ressentons.


Qu’est-ce que vous entendez par « Hellelele » ? L’Enfer ? Une version de l’enfer plus ouverte et moins douloureuse que celle décrite par Dante ?

FC : Jajaja ! C’est un lieu hyper cool, un peu comme dans Le magicien d’Oz. Un monde fantastique où tu aimerais être, et tu chantes pour convaincre tout le monde. La clef, elle est toujours dans la tête. C’est là où tout se passe. Go to Hellelele !!


Vos autres groupes sont pour l’essentiel sous label. Qu’en est-il de FIRE CULT ?

FC : Nous avons un label en Espagne, à Madrid, Lucinda Records, et nous avons formé notre propre label, We Die Alive Records. Nous avons aussi notre label genevois : Urgence Disk. Les labels DIY se font des âmes romantiques, et on est fier d’y rentrer et d’aider d’autres groupes à suivre leurs rêves. Thib est avec ÉTIENNE MACHINE sur Blizzard Audio Club and Hummus Records. Tous des gens très cool.


Avez-vous des dates de concerts prévues prochainement ? Une tournée ? En Espagne ? En France ? En Suisse ? Ailleurs ?

FC : Nous sommes en train de booker une tournée France-Espagne pour novembre 2022 et beaucoup de surprises vont arriver.

Quelque chose à ajouter ?

FC : Join the Fire Cult et tout ira bien !!! 

Article et propos recueillis par Grototoro(28 juin 2022)

(Cet article a été publié originellement sur le site du webzine de Casbah Records (web))


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