Ce n'est pas la peine d'en rajouter // Maxwell FARRINGTON    

Chronique (2022)

Notre envoyé spécial sous les Tropiques chronique l'album d'un crooner australien exilé en Bretagne.

Quoi de mieux qu’un crooner australien du sud du Sud pour naviguer sur les rivages ensoleillés des après-midis sous la couette en hibernation quasi létale ? Toute fraîchement venue de la Bretagne, la galette est posée sur la platine du DDR en surchauffe. Onze titres doux-amers défilent. Oreilles ouvertes, yeux mi-clos, entre rêve et réalité.



Premier album, entre tout et rien

Maxwell FARRINGTON, cuisinier à ses heures du côté de la Bretagne pour les chalands de passage, tâtant de la crêpe ou du cochon tout en chantant sous la pluie, propose, de fait, son premier album sans titre aucun, peut-être par faute de temps. Quoi qu’il en soit, l’attaque avec 2am est douce, chaude, suave, parfaite ouverture vers les au-delàs de la réalité des Basses-Terres, triste à mourir. Le morceau se laisse écouter, tout en souplesse, promesse annonciatrice de la micro heure ultra courte, pur calme à venir, étrange mix entre bossa nova Gilberto Gilienne et Jay Jay JOHANSON en balade courtoise. On commence l’écoute et on se dit « Yes ! un album sweet as ever, juste comme il faut pour rêver l’été, les joli(e)s ielles, le soleil et la mer... ». La croisière s’amuse et le Love Boat à la voie mélodieuse nous emporte au loin. La magie opère tel un cocktail de fruits à 16 heures, incursion millimétrée vers l’apéro salvateur d’une sombre fin de journée.

Mais, oops !, un premier micro hic titille l’oreille au deuxième titre. Avec Je préfèrerais, le français de l’artiste ne parvient pas à maintenir la suavité de la version anglaise, d’autant plus qu’elle est soutenue par une sur-voix féminisée légèrement décalée, dissonance minuscule, mais audible à droite ou à gauche, c’est selon. Henri SALVADOR et son Jazz Méditérranée sont encore tellement loin ! Le micro hic n’est cependant qu’éphémère. On ne saurait en tenir rigueur et, en un coup de vent des Dieux du ciel digérant le bonheur d’être tout puissants, les titres s’enchaînent dès lors avec bonheur. Weather, Norway, Rita, Back @ Ma's et If it were paper font oublier ce moment de doute. Le point culminant se situe pour nous entre Rita et le poppy-jazzy de If it were paper où Maxwell FARRINGTON donne peut-être le meilleur de lui-même et ouvre les portes de la perception, avec ou sans psylo qui supplie. On n'en est pas encore à l’écoute en boucle, mais le plaisir est indéniable, indiscutable jusqu’à ce que, patatra, tout s’écroule. L’heure de la Face B approche.

Coup sur coup, le pas terrible engendre le pire. De Homme terrestre à J’aime les filles, la descente est cruelle, le voyage prend l’eau et la tempête s’abat sur la croisière onirique aux franges de l’onanisme. Le naufrage pointe, à tous les horizons. Cruelle traîtrise de Mister FARRINGTON qui en oublie ses classiques, pour nous torturer les sens. Était-ce raisonnable ? Était-ce nécessaire ? N’aurait-il pas mieux valu un EP 6 titres de pures rêveries de promeneur solitaire ? J’aime les filles au rythme dance basique pour enfant de 8 ans, n’est autre qu’un calvaire textuel d’une simplicité grotesque, avec vagues relents alcoolisés d’un DUTRONC exemplaire rayonnant au loin dans les nimbes ouatés du Tout Puissant ou d’un Patrick COUTIN, poète inégalable de la gente oestrogénée au défilé aphrodisiaque si irrésistible que parfois on en vient à douter... Sans même parler d’un caustique Philippe KATERINE à l’irrévérence légendaire... Pire, les titres Shadow et Stay @ home font définitivement chavirer le tout en un ratage quasi maudit. Le premier avec son rythme à la mode techno pour Minis Moi impubères, et le second avec sa boîte à rythme premier prix de chez Mono et ses sonorités Bontempi à vous arracher les oreilles. Avant-gardisme expérimental pour communiquer avec les extra-terrestres spielberguiens ou baclage-remplissage de fin de premier album qui se cherche encore ? Mystère ! Mais pour nous, indigeste et tout autant étonnante production venant pourtant d’un label tel que Beast Records, soutenu ici par Crème Brûlée Records et l’association La Nef D Fous locale.

Jeunesse en devenir !

Faut-il pour autant jeter bébé avec l’eau de la piscine ? Non ! Loin de là. Maxwell Farrington est un album inégal pour sûr, qui pêche par l’innocence de sa « jeunesse » et un déséquilibrage de la production finale. Le bon au début (Face A). Le mauvais à la fin (Face B). Il nous laisse sur notre propre faim, décevant, voire énervant une fraction de seconde d’existence égarée, mais nul doute qu’on reviendra à l’écoute des premiers titres, ballades sucrées-salées des meilleures, plus qu’audibles en toute saison, et surtout If it were paper qui chante si bien dans nos colimaçons auditifs, entraînant le mouvement rythmé des membres alanguis au bout du vide. Aussi, on ne peut que souhaiter à Maxwell de poursuivre activement l’aventure, en attendant, devant tant de promesses - en partie tenues -, la suite de son travail.

 GROTOTORO, depuis Ponta do Sol (Cabo Verde)
(25 mars 2022)

(Cet article a été publié originellement sur le site du webzine de Casbah Records (web))



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