Cabo Verde 2023


"Le moyen audiovisuel apporte des connaissances, des informations, de la distraction mais pas cette créativité critique et cette troublante inquiétude que donne la littérature."


Mario Vargas Llosa, Le monde de l'éducation  (2000)


Avertissement

Cette section comprend tous nos post it rédigés en 2023, plus ou moins dans l'ordre chronologique, en fonction de ceux restés plus longtemps sur la page d'accueil.

Bonne lecture!

Christophe Chazalon

La propagande d'Electra va-t-elle tuer la liberté de la presse caboverdienne? (2023)


Une nouvelle année commence et nous avions projeté de traiter de l'histoire de Ponta do Sol, sur Santo Antaõ, en images, mais las! en ce 3 janvier 2023, les médias caboverdiens nous ont apporté un sujet bien plus consistant et problématique.

DONNÉES
En effet, le président du Conseil d'administration d'Electra, Luís Teixeira, a déclaré en conférence de presse que " le vol, la fraude énergétique et l'efficacité énergétique sont les principaux défis du secteur, avec des pertes totales de 3,5 % du budget de l'État (o furto, a fraude de energia e a eficiência energética são os principais desafios para o sector, com perdas totais de 3,5% do Orçamento do Estado)" (web), soit environ 2,8 milliões de contos (25,5 millions d'euros) par an. Selon lui, "les données pour 2021 indiquent que 112 gigawatts/heure d'énergie produite au Cabo Verde sont perdues chaque année, ce qui représente 25 % de perte nationale (os dados de 2021 apontam que 112 giga Watts/hora da energia produzida em Cabo Verde é dada como perdida todos os anos, o que representa 25% da perda nacional.)". 
Notons, un premier point problématique de la transmission de l'information ici par les médias locaux: s'agit-il réellement de "25% da perda nacional" ou serait-ce plutôt de "25% da produção nacional", les journalistes de l'agence de presse publique Inforpress s'étant trompés et les autres journalistes ayant simplement repris l'information sans réfléchir? S'il s'agit bien de la "perda nacional", on ne comprend pas bien ce que cette phrase veut dire. "112 gigawatts/heures perdues chaque année représenteraient 25% de la perte nationale"? Et qu'en est-il des 75% restant de la dite perte? Bref, passons!

Luís Teixeira précise encore deux points:

  • "Santiago contribue ici à 36% et Sal à environ 8%, soit un taux équivalent à celui qu'on trouve en Europe ou aux États-Unis (Santiago comparticipa aqui com 36% e no Sal ronda os 8%, número da Europa e Estados Unidos)".
  • Les 36% de perte sur Santiago doivent être modéré de 10% dus aux pertes techniques, ce qui signifie que la fraude et le vol représentent 26% sur l'île et que donc, "ces pertes additionnées sont supérieures à la production totale des îles de Santo Antão, São Vicente et São Nicolau (essas perdas somadas são mais do que a produção total das ilhas de Santo Antão, São Vicente e São Nicolau)". (web)
D'un autre côté, a-t-il soutenu, "la question de la lenteur de la justice est aussi "un grand défi", et de 2017 à 2022, 3'840 affaires pénales ont été déposées devant les tribunaux, 1'061 ont été jugées, 437 personnes ont été condamnées et 187 ont été acquittées, soit 2'779 procès sont en cours, ce qui représente 72 % (a questão da morosidade da justiça constitui “um grande desafio” também, sendo que de 2017 a 2022 deram entradas nos tribunais 3840 processos criminais, 1061 foram julgados, 437 pessoas foram condenadas e 187 absolvidos, ou seja, 2779 processos estão pendentes, o que representa 72%)". Nous y reviendrons.

Enfin, Luís Teixeira a ajouté qu'Electra travaille actuellement avec des mesures et des actions sur le terrain, investissant dans des technologies telles que les compteurs intelligents, les compteurs prépayés, améliorant ses magasins et réduisant la bureaucratie existante, mais il a reconnu que l'institution seule ne sera pas en mesure de relever ce défi (Adiantou que neste momento a Electra está a trabalhar com medidas e acções no terreno, a apostar nas tecnologias como contadores inteligentes, contadores pré-pagos, melhoria das suas lojas e diminuição da burocracia existente, mas reconheceu que sozinho a instituição não vai conseguir vencer esse desafio)".

ANALYSE
En décembre dernier, à la suite d'un article sur Electra paru sur Inforpress, on avait déjà résumé l'affaire et proposé une bibliographie du sujet (web). Mais les informations et explications données par Luís Teixeira nous poussent à réagir encore une fois non seulement sur la "politique" d'Electra, mais aussi sur l'attitude des médias caboverdiens.

Premier point: 26% de perte pour cause "de fraude et de vol"?
Tout d'abord, M. Teixeira donne des chiffres spectaculaires certes, mais très très incomplets. 3,5% du budget de l'État ou 25,5 millions d'euros annuels, c'est une somme conséquente. Mais comment comprendre ce qui se passe en n'ayant que 3 chiffres pour 9 îles habitées. Par exemple, la perte de 8% pour Sal semble être tout à fait normale. Comme M. Teixeira le fait remarquer lui-même, elle est comparable au taux de pertes en Europe ou aux USA. Pour les autres îles, on sait seulement que 26% des pertes "pour vol et fraude" sur Santiago correspondent à la somme de la production sur Santo Antão, São Vicente et São Nicolau. Car Luís Teixeira reconnaît un taux de pertes techniques de l'énergie produite à hauteur de 10% pour Santiago. On peut donc en conclure que les vols et fraudes d'électricité au Cabo Verde se situe pour l'essentiel sur l'île de Santiago et plus encore à Praia, la capitale, qui, rappelons-le, comprend la moitié de la population de l'archipel. Autrement dit, les pertes sur les autres îles seraient comparables à celles de Sal (environ 8%) et seraient pour l'essentiel des pertes techniques?
Petit calcul: 36% + 8% = 44%, donc pour les 7 autres îles reste 56% (et 56 divisé par 7 = 8%). Est-ce bien cela? Si oui, les chiffres annoncés par M. Teixeira sont beaucoup moins sensationnels. Mais si on joue encore un peu avec ces chiffres, qu'est-ce qui ressort: 8% x 8 îles = 64% (que l'on a définit comme des pertes techniques). Si on ajoute 10% des pertes techniques de Santiago, on obtient 74%. Donc, les pertes "pour fraude et vol", essentiellement à Santiago-Praia, représentent 26%. Ca a l'air un peu simpliste comme ça, mais en fait en y regardant de plus près, il semblerait au final que seul 6,6 millions d'euros de pertes annuelles supportées par Electra soient dues au problème de "fraude et vol", donc bien moins que les 3,5% du budget de l'État. Effet d'annonce, ploufff! Plus encore, cela veut dire que les 3/4 de l'énergie perdue annuellement l'est à cause de la mauvaise qualité des infrastructures et des matériels et non de "fraude et vol". Oops!
Mais sont-ce là les bons calculs? Faut-il prendre les chiffres avancés de 36% pour Santiago et 8% pour Sal pour une fraction de 100% globale ou une fraction de 100% local, autrement 36% de la production à Santiago et distinctement 8% de celle à Sal? Difficiles de le savoir considérant l'information transmise par Electra et par les médias. On l'a vu, la transmission des propos de Luís Teixeira par les journalistes n'est pas claire. Qui plus est, Electra aurait dû donner un graphique avec le pourcentage estimé de perte d'énergie globale pour chaque île et celui présumé pour cause "de fraude et vol" également pour chaque île. Ainsi il aurait été possible d'analyser et de critiquer les propos d'Electra. Et faute de l'intégralité de ces simples données, c'était le rôle des journalistes de poser la question, de demander ces informations et de les relayer au public. Or, ici, les médias n'ont fait que retransmettre les propos du président du Conseil d'administration d'Electra, sans se poser de question, sans faire leur travail de journaliste.

Deuxième point: Electra et sa dette à RTC et Cabo Verde Broadcast
On l'a écrit en décembre, Electra est sur-endettée. Le journal independant A nação titrait, le 6 décembre 2018 (n° 588, p. A17): "Empresas mais deficitárias do país: Electra diz que honra todos os pagamentos decorrente das atividades operacionais". Plus encore, deux semaines avant, Daniel Almeida faisait le bilan de la dette des entreprises d'État dans son article (n° 586, p. A4) "Passivos das empresas do Estado rondam os 50% do PIB: Electra e IFH ultrapassam TACV" (web). Plus récemment, le 30 avril 2022, Jorge Montezinho d'Expresso das ilhas, publiait un  article intitulé "ASA, ELECTRA et TACV responsables de 83% du résultat net négatif de la performance du secteur des entreprises de l'État en 2021 (ASA, ELECTRA e TACV responsáveis por 83% do resultado líquido negativo do desempenho do sector empresarial do Estado em 2021" (web)

Pour sûr, la perte annuelle d'énergie produite par Electra est tellement conséquente que l'entreprise peine à payer ses factures. Les impôts, c'est une chose. Electra est une entreprise d'État à hauteur de 75%. Mais le transfert à la RTC, soit la Radio televisão caboverdiana, c'en est une autre. Aujourd'hui, Inforpress proposait un autre article sur la conférence de presse des dirigeants d'Electra intitulé "Electra reprendra le transfert mensuel de la redevance audiovisuelle à RTC d'un montant de 20 mille contos (Electra vai retomar a transferência mensal da taxa audiovisual para a RTC no valor de 20 mil contos)" (web). Qu'est-ce à dire? En fait, Electra doit verser 20 mille contos (182'000 euros) à la RTC chaque mois, ainsi que 6 mille contos (54'500 euros) à Cabo Verde Broadcast, et ce, à titre de transfert de la redevance audiovisuelle. Or, ces sommes ne sont pas payées depuis des années, ce qui est un considérable manque à gagner pour l'État et les médias publics concernés.
Si on calcule un peu: 182'000 + 54'500 = 236'500 euros / mois, donc 2'838'000 euros annuels ou l'équivalent de 10% des pertes annuelles d'électricité produites par Electra.
Pour le président du Conseil d'administration d'Electra, une fois encore, la raison est toute trouvée et il a même des solutions. Ainsi, il "a expliqué que le scénario de crise, de pandémie et de guerre provoqué par l'invasion de l'Ukraine par la Russie a amené Electra à réduire le transfert mensuel du montant, qui reprendra en janvier de cette année, et le contexte est aujourd'hui celui de "considérable amélioration", avec une baisse des prix du carburant et des "signes d'amélioration" en termes de charges (explicou que o cenário de crise, pandemia e da guerra provocada pela invasão da Ucrânia pela Rússia fez com que a Electra reduzisse a transferência do montante mensalmente, que será retomada em Janeiro deste ano, sendo que o contexto hoje é de “melhoria considerável”, com redução dos preços dos combustíveis e de “sinais de melhoria” a nível de cobranças.)". 
Revenons un peu en arrière dans le temps: la pandémie de Covid-19 éclate en novembre 2019 en Chine (web) et l'invasion de l'Ukraine en février 2022 (web). Depuis quand ne sont pas rétribuées RTC et Cabo Verde Broadcast? 2019? Avant? Et puis, qu'annonçait Electra, avec le soutien de l'Agência reguladora multisectorial da economia (ARME), pour le 1er octobre 2021 déjà? Ah oui! une augmentation généralisée des tarifs de l'électricité de près de 35% (web). Oops! Boulette. En aurait-on trop dit? (web). Il semblerait que la dite augmentation ait eu un but particulier: celui de permettre de payer la dette RTC - Cabo Verde Broadcast. Merci au Gouvernement de finalement faire payer au peuple la dette due à la mauvaise gestion d'Electra!
Mais ce n'est pas tout. Là où les propos de Luís Teixeira sont amusants (car au final il vaut mieux en rire), c'est "qu'il n'a pas voulu avancer le montant de la dette, [mais] a souligné que "le plus important" est de garantir le transfert normal à partir de ce mois (que não quis adiantar o valor da dívida, sublinhou que “o mais importante” é garantir a transferência normal a partir deste mês)". On ne saura donc pas au final combien doit effectivement Electra à RTC et Cabo Verde Broadcast!

Plus encore, Inforpress nous apprend que Lourenço Lopes, secrétaire d'État adjoint du Premier ministre "était convaincu qu'à partir de maintenant l'entreprise [Electra] n'aura plus de problèmes de trésorerie, remplissant ainsi les engagements avec ses travailleurs, avec des tiers, mais aussi en faisant les investissements nécessaires à sa pérennité (mostrou-se convencido de que a partir de agora a empresa não terá problemas de tesouraria, cumprindo assim os compromissos com seus trabalhadores, com terceiros, mas também fazendo investimentos necessários para a sustentabilidade da mesma)".
Alors si le Gouvernement le dit, il faut le croire! Vous dites? 
Tout ceci est en fait un bel emfumage médiatique de la part de la direction d'Electra et du Gouvernement d'Ulisses Correia e Silva qui souhaite vendre cette année l'entreprise au meilleur prix.

Troisième point: les contrats de partenariats d'Electra avec les médias privés
Nous avons mentionné ci-dessus des solutions trouvées par Luís Teixeira et son équipe. En mars 2022, Electra avait déjà passé un accord avec l'inspection des fraudes (IGAE) et la police nationale (PN) pour poursuivre les fraudeurs et voleurs d'électricité web). Mais contrairement à ce qu'on pourrait penser, la cause véritable de la conférence de presse de Luís Teixeira n'est pas la perte globale de 2,8 millions de contos. Ca, il l'avait déjà annoncé le 8 juin 2022 (web). La véritable raison de la conférence de presse est en fait la signature de contrats entre Electra et des médias privés, à savoir le journal caboverdien proche des milieux économiques et du MpD, Expresso das Ilhas, le journal online O país.cv et le réseau de chaînes brésilien TV Record. En échange d'un montant d'au moins 5'000 contos (45'500 euros, augmentable si les résultats sont là), sur une durée de 6 mois, ceux-ci s'engagent à assumer, je cite: "la responsabilité d'informer correctement les Caboverdiens sur la question à l'étude, les possibilités existantes et les difficultés, mais feront également circuler l'information de parti à parti afin qu'elle puisse être débattue en l'espace public (a responsabilidade de informar os cabo-verdianos de uma forma correta sobre a questão em análise, as possibilidades existentes e as dificuldades, mas também fazer circular a informação de parte a parte para que seja debatido no espaço público)". Plus que du charabia, tout ceci n'est autre que de la... PROPAGANDE.
Pour rappel, le dictionnaire Larousse définit la "propagande" comme suit:

"Action systématique exercée sur l'opinion pour lui faire accepter certaines idées ou doctrines, notamment dans le domaine politique ou social" (web)

Lorsque des médias privés acceptent de l'argent pour diffuser de l'information fournie directement et spécifiquement par une entreprise, on se pose des questions sur l'éthique et la déontologie journalistique. Si cette information est déclaré clairement comme financée, les fameux "conteúdo patrocinado" que l'on retrouve dans Expresso das ilhas (web), l'acte est acceptable. Mais comment TV Record va promouvoir cette information et surtout signaler qu'elle a été payée par Electra pour être diffusée (un peu comme de la pub en somme)? 
En gros, ces nouveaux contrats signés entre Electra et les médias privés pose un sérieux problème d'étique, en particulier car ils mettent à mal la sacro-sainte "LIBERTÉ de la PRESSE"! Des journalistes d'Expresso das ilhas, Opais.cv et TV Record vont-ils analyser ces informations, les critiquer avant diffusion? Peu probable. Alors qui va en faire l'analyse et la critique? L'administration publique? Peu probable également considérant qu'Electra est une entreprise d'État. Les autres journalistes? Les spécialistes et autres experts? La société civile? Peu probable. Tout laisse à penser que l'information distillée par Electra à travers ces médias privés le sera de manière simple: sans aucun contrôle.
Or, on voit bien comment Electra communique. Prenons l'exemple des procès intentés en justice contre les fraudeurs et les voleurs d'électricité mentionnés ci-dessus: "de 2017 à 2022, 3'840 affaires pénales ont été déposées devant les tribunaux, 1'061 ont été jugées, 437 personnes ont été condamnées et 187 ont été acquittées, soit 2'779 procès sont en cours, ce qui représente 72 %". 1'061 affaires ont été jugées, soit. Mais 437 personnes condamnées + 187 acquittées, cela fait au total 624 personnes. Or, si on a une personne par affaire, il y a un manque de 1'061 affaires - 624 personnes! On le voit bien, encore une fois les chiffres avancés par Electra ne sont pas clairs, précis, complets. Electra noie le poisson et empêche une analyse critique de ses dires, celle-là même qui devrait ou aurait dû être faite par les journalistes d'Inforpress et d'Expressos das ilhas dont nous citons les articles dans ce post it. Rien! Le journalisme au Cabo Verde, et plus encore le journalisme d'investigation, celui qui fait mal car il critique et dénonce les dysfonctionnements du Gouvernement ou des entreprises est malade, pour ne pas dire moribond. Seul le journal indépendant A nação en fait encore, avec méthode et brio. Mais les difficultés financières actuelles de ce journal pourraient bien avoir raison de lui.

Bien sûr, des voix vont s'élever, dire que tout ceci n'est qu'élucubration, fantaisie, que tout va bien au Cabo Verde, que la presse fonctionne bien, qu'il n'y a rien à craindre d'Electra et de ses nouveaux contrats avec les médias privés.
Alors, nous, on n'est pas méchant, mais on peut simplement signaler un seul exemple pour éclaircir les idées des non voyants, dit propageurs de la propagande. Que titrait Expresso das ilhas ce même 3 janvier 2022 (article cité plus haut)?  Il titrait, je cite: "Furto de electricidade é equivalente à 3,5% do OE2023" (voir image ci-dessous), ce qui, en français se traduit par: "Le vol d'électricité est équivalent à 3,5% du Budget de l'État 2023". Maxi super oops! Et vlan dans les dents de l'éthique journalistique, car ce gros titre est... un pur mensonge (les plus indulgents invoqueront une "simple erreur" à n'en pas douter). Or, pour ce même sujet, l'agence de presse publique caboverdienne, Inforpress, titre elle: "Electra aponta perdas de electricidade na ordem de 3,5% do orçamento do Estado", ce qui se traduit par "Electra pointe des pertes d'électricité d'environ 3,5% du budget de l'Etat". Et dans les faits, Luís Teixeira a dit que les pertes annuelles globales d'électricité équivalent à 3,5% du budget de l'État, soit 25,5 millions d'euros. La seule mention de chiffre pour les fraudes et les vols touchait l'île de Sal, soit au final une estimation de 26% des pertes (globales ou locales, on ne sait pas trop). Ce n'est pas tout à fait la même chose M. André Amaral, journaliste d'Expresso das ilhas qui a mis l'article en ligne, non?

On le voit bien, la communication par les médias privés contre le vol et les fraudes d'électricité au Cabo Verde est un point délicat qui risque de mettre en péril la liberté de la presse et le 4e pouvoir si nécessaire à la bonne santé de la démocratie, celui qui "regroupe tous les moyens de communication qui peuvent servir de contre-pouvoir face aux trois pouvoirs incarnant l'État (pouvoir exécutif, législatif et judiciaire), en recourant au principe de protection des sources d'information des journalistes" (web). Le fait qu'Electra soit une entreprise d'État et que la communication de ses dirigeants soit pleinement soutenue par le Gouvernement n'augure rien de bon. En payant les médias privés, ceux-là ne font au final que promouvoir une propagande politique aux visées obscures, sans obstruction ni réflexion. Ils ne jouent, volontairement, plus le rôle qui est le leur, à savoir rendre l'information vérifiée et analysée accessible au peuple. Un dangereux précédent!

À bon entendeur! Tous nos meilleurs voeux pour cette nouvelle année!
Et promis, le prochain post it sera pour Ponta do Sol!

Christophe Chazalon / Genève, le 04/01/2023

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  • anonyme, "Furto de electricidade é equivalente à 3,5% do OE2022", Expresso das ilhas, 03/01/2023, en ligne  (web)
  • AV / AA, "Electra aponta perdas de electricidade na ordem de 3,5% do orçamento do Estado", Inforpress, 03/01/2023, en ligne  (web)
  • AV / AA, "Electra vai retomar a transferência mensal da taxa audiovisual para a RTC no valor de 20 mil contos", Inforpress, 03/01/2023, en ligne  (web)


Titre erroné (mensongé?) d'Expresso das ilhas (03/01/2023)

cabo Verde: quand les spéculateurs et les politiciens affament le peuple! (2023)


Depuis quelques jours, les partis politiques se livrent une bataille rangée à travers les médias au sujet de l'augmentation du prix de la farine et donc, du pain... dont voici un petit condensé:

  • anonyme, "Praia: internautas aplaudem gesto de minimercado que mantém a carcaça a 10$00 devido ao cenário económico do país", A nação: jornal independente, 21/01/2023, en ligne  (web)
  • JR / JMV, "Fogo: Governo tem margem suficiente para subsidiar farinha e evitar corte no subsídio ao milho - parlamentares do PAICV", Inforpress, 20/01/2023, en ligne (web)
  • anonyme, "Ucrânia: 17,8 M de toneladas de cereais e outros alimentos exportados para 43 países", Inforpress, 18/01/2023, en ligne  (web)
  • Gisela Coelho, "Pão na Praia: IGAE constata aumento de preços e peso da carcaça abaixo do regulamentado", A nação: jornal independente, 17/01/2023, en ligne  (web)
  • Sheila Ribeiro, "Padarias na Praia estão a vender o pão carcaça abaixo do peso exigido por lei", Expresso das ilhas, 17/01/2023, en ligne  (web)
  • Ailson Martins, "Governo reúne-se quarta-feira para analisar preço do trigo", Expresso das ilhas, 17/01/2023, en ligne  (web)
  • DG / AA, "PAICV solicita ao Governo reposição imediata do subsídio da farinha de trigo para diminuir preço do pão", Inforpress, 16/01/2023, en ligne  (web)
  • ET / ZS, "Governo com parecer negativo à continuidade das medidas de compensação para driblar o preço do trigo", Inforpress, 16/01/2023, en ligne  (web)
  • MC / CP, "Bravenses preveem mais complicações no dia-a-dia com o aumento do preço da farinha", Inforpress, 16/01/2023, en ligne  (web)
  • Sheila Ribeiro, "PAICV quer reposição imediata do subsídio da farinha de trigo", Expresso das ilhas, 16/01/2023, en ligne  (web)
  • Edisângela Tavares, "Preço do trigo é deveras preocupante, diz Ministro da agricultura", Expresso das ilhas, 16/01/2023, en ligne  web)
  • MJB / CP, "Governo garante que está a analisar questão da manutenção da subsidiação da importação do trigo", Inforpress, 12/01/2023, en ligne web)
  • MJB / ZS, "UCID alerta Governo para problema social decorrente do aumento em 60% de preço da farinha de trigo", Inforpress, 12/01/2023, en ligne  (web)
  • Sheila Ribeiro, "UCID pede ao Governo para conter preço da farinha de trigo e do leite", Expresso das ilhas, 12/01/2023, en ligne  (web)
  • ...
  • anonyme, "Praia: falta farinha para pão e derivados", A nação: jornal independente, 22/08/2022, en ligne  (web)
  • Alexandre Semedo, "Combate à fome: EUA compram trigo ucraniano para doar a países pobres", A nação: jornal independente, 17/08/2022, en ligne  (web)
  • Alexandre Semedo, "Itália alerta: jà começou a Guerra mundial do pão", A nação: jornal independente, 05/07/2022, en ligne  (web)

Bref résumé
L'affaire a éclaté le 12 janvier 2023, à l'Assemblée nationale, à Praia, alors que le député António Monteiro du parti d'opposition União caboverdiana independente e democratica (UCID) a invectivé le Gouvernement, issu du Movimento para a Democracia (MpD). En effet, l'UCID veut alerter le Gouvernement "sur le problème social qui pourrait résulter de l'augmentation de 60% du prix de la farine de blé et de l'augmentation conséquente du prix du pain", dans le pays. Ainsi un sac de 50 kg est passé de 2'890 escudos (26 euros) à 4'600 escudos (42 euros), soit 63% d'augmentation. Le prix du carcaça  (le pain de référence dans le pays) aurait déjà atteint les 30 escudos dans certaines boulangeries, alors qu'il était de 15 escudos avant la suppression de la subvention. L'UCID craint donc que les habitants n'achètent plus de pain celui-ci étant devenu trop cher et donc, conséquence logique, que les boulangeries ferment leurs portes et licencient en masse, ce qui agraverait la situation déjà préoccupante de l'emploi. Aussi l'UCID demande au Gouvernement de "contenir le prix de la farine de blé et de certains autres produits, tel le lait, dont le prix a augmenté de près de 100%". Il estime par ailleurs que la croissance de 10 à 15% du PIB, annoncée par l'INE en 2022, doit permettre à l'exécutif d'agir.
Le Partido africano da independência de Cabo Verde (PAICV), premier parti d'opposition, a immédiatement rebondit sur le sujet. Le député João do Carmo a expliqué que "l'augmentation du prix de la farine était essentiellement due au retrait de la subvention du Gouvernement à la seule entreprise qui importe du blé dans l'archipel", et que cette subvention avait été accordée dans une visée électoraliste, juste avant les élections. "Cette décision gouvernementale remet en cause la situation sociale du pays, au moment où, dans tous les pays, tous les gouvernements des pays sérieux prennent des décisions pour protéger les familles" a-t-il alors ajouté.
En réponse à ces critiques, le député MpD Celso Ribeiro a expliqué que la suppression de la subvention est en fait due au montant colossal qu'elle représente pour les finances de l'État, soit 49 millions d'escudos (445'500 euros) par trimestre. "La politique de subventions, particulièrement dans ce contexte, n'est pas supportable, mais nous sommes conscients que le Gouvernement agira afin de continuer à protéger les familles et à fournir des revenus aux plus démunis", a-t-il garanti.
Le même jour, la Ministre des affaires parlementaires, Janine Lélis, a expliqué "qu'une évaluation est actuellement en cours sur la question du maintien de la subvention du blé. Nous avons choisi de la maintenir pour le maïs car les données étaient plus objectives et plus probantes. L'analyse est en cours et, si nécessaire, des mesures seront prises." (web)
Le 16 janvier, le Ministre de l'agriculture et de l'environnement, Gilberto Silva, revenait sur le sujet. "À ce jour, le Gouvernement a dépensé environ 151 millions d'escudos (1,37 millions d'euros) pour cette politique de compensation financière. Nous continuerons à subventionner le maïs pendant encore trois mois, compte tenu également de la préparation d'un nouveau cycle de production en matière d'élevage, mais en ce qui concerne le blé, nous avons un avis du Secrétariat national à la sécurité alimentaire et nutritionnelle (SNSAN) qui ne recommande pas la continuité, compte tenu de l'extension de la situation internationale et des coûts », a-t-il déclaré. L'idée du Gouvernement est donc de compenser le retrait de la subvention, jugée trop onéreuse, par des mesures plus efficaces, tel qu'un soutien aux cantines scolaires, une aide alimentaire aux familles et aussi des emplois publics qui permettent aux familles de travailler et d'obtenir des revenus suffisants pour accéder à la nourriture. Enfin, il a expliqué, dans une pensée toute néo-libérale, que les mesures de compensation, selon les lois cabo-verdiennes, ne peuvent pas durer dans le temps, compte tenu du fait qu'elles constituent également une "perturbation du fonctionnement du marché". (web)
Cette vision est bien sûr dénoncée par le PAICV, parti issu du communisme. Adelsa Almeida souligne de manière très claire "que le pain avait déjà connu une augmentation de 50 % en avril 2021 et de 19 % en février 2022, des faits qui, selon elle, ont été ignorés par le Gouvernement, qui affirmait à l'époque que le marché était libre et auto-régulé". Plus encore, cette hausse considérable du prix de la farine touche tout particulièrement "les femmes chefs de famille qui utilisent le blé comme principale matière première" pour confectionner des produits à vendre tout autant que pour nourrir leur famille. Elle rappelle par ailleurs l'augmentation récente des droits d'importation appliqués à plus de 2'000 produits qui impactent directement le pouvoir d'achat des familles. Aussi, en guise de solution, le PAICV estime que la suppression de la subvention doit simplement être compensée par une réduction ou une suppression de la TVA.

Conséquences concrètes sur la vente du pain
Deux résultats assez logiques ont été relevés ces derniers jours:

  • d'une part, certains boulangers ont décidé de diminué le poids du pain vendu, en particulier le carcaça. C'est du moins ce qu'ont constaté les services de l'Inspeção-Geral das atividades económicas (IGAE - e service de la répression des fraudes cabo-verdiennes) dans 4 padarias à Praia inspectées le même jour. Or la loi est très claire. L'ordonnance 64/2010 du 30 décembre 2010, article 3, point 1, fixe le poids du pain à 50 gr. pour les petits formats et à 100 gr. pour les grands.
  • d'autre part, comme on l'a vu, l'augmentation du prix du pain est exponentielle, passant de 15 escudos en 2021 à 20, puis à 23, 25, voire 30 escudos aujourd'hui pour le carcaça. (web)

La faute revient-elle au Gouvernement? Petit retour sur la production mondiale de blé en 2022.
Eh bien, la question mérite d'être posée. En fait, depuis la pandémie de Covid-19 et la guerre en Ukraine, sans oublier la "découverte" du réchauffement climatique par les maîtres ès Finances, pour les politiciens du monde entier, tous les maux d'aujourd'hui dérivent de ces 3 fléaux. Alors nous, comme à notre habitude, on se dit que non, que c'est trop facile et qu'il y a autre chose. Et on part à la recherche de cet "autre chose" pour essayer de comprendre la situation. Petit retour en arrière pour y voir plus clair...

La crise actuelle touche plusieurs denrées alimentaires, on l'a vu, dont le lait, le maïs, le riz, mêmes les oeufs. Concentrons-nous sur le blé, céréale ô combien essentielle, pour ne pas dire vitale, dans l'alimentation occidentale, dont fait parti le Cabo Verde, ancienne colonie portugaise.
Tout d'abord qui produit du blé sur Terre. L'Atlas sociologique mondial en ligne (web) nous donne le tableau (abrégé) suivant:

Avant d'analyser ce tableau, revenons rapidement sur la Guerre en Ukraine. Elle a été déclenchée en février 2022, par le président russe Vladimir Poutine. Or, d'un point de vue géographique, l'Ukraine se trouve à la frontière de l'Europe, donc de l'Empire, ce dernier étant protégé par l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN). Aussi, tout ce qui suit est en fait un gigantesque jeu de géoéconomie en cours, celle-ci remplaçant la géopolitique depuis que la Finance dirige le monde (web). Les politiciens et les économistes ont immédiatement alerté sur le danger que représentait cette guerre en matière d'alimentation mondiale. "L'Ukraine est le grenier à blé du monde" nous a-t-on-dit, tel Luc Bronner, qui publia le 6 mai 2022 son article dans le journal français Le Monde, intitulé: "Guerre en Ukraine: avis de tempête sur le grenier à blé du monde" (web). Sans le blé ukrainien, la famine va sévir de par le monde. Et les diplomates et les politiques de trouver des consensus avec la Russie pour permettre au blé ukrainien de sortir du pays pour nourrir les pays pauvres. Le 17 août 2022, Alexandre Semedo ne publiait-il pas un article dans le journal A nação, intitulé "Combate à fome: EUA compram trigo ucraniano para doar a países pobres" (web)? En fait, Bronner (et consors) aurait dû parler de "céréales" au lieu du "blé" comme le suggère son accroche "Le blocus de la mer Noire menace la sécurité alimentaire de nombreux pays qui se fournissent auprès de Kiev en blé, maïs, colza, tournesol, orge…).
Quoi qu'il en soit, le lendemain de la publication de ce post it, sur notre page d'accueil, Inforpress publiait un autre article intitulé "Ucrânia: 17,8 milhões de toneladas de cereais e outros alimentos exportados para 43 países" (web). Cette article rédigé par la rédaction du journal, plus proche de la dépêche que d'un article de fond, est intéressant à plus d'un titre. Il précise que grâce à l'accord du 22 juillet 2022, passé entre l'Ukraine et la Russie, avec l'aide de l'ONU et de la Turquie, l'Ukraine a pu exporter ses céréales et autres denrées alimentaires dans 43 pays différents. Cela confirmerait donc l'importance du "blé" ukrainien pour nourrir la planète et particulièrement les pays pauvres, sujet à une famine certaine. Oui, oui, oui... tout semble parfait, sauf que, ça ne l'est pas, comme le confirme l'extrait suivant:

"Jusqu'à présent, selon le Centre conjoint de coordination de cet accord, la Chine s'est positionnée comme le principal destinataire des exportations, l'Espagne comme deuxième et la Turquie comme troisième. Près de 44 % du blé exporté a été expédié vers des pays à revenu faible ou intermédiaire (64 % vers des économies en développement) et le Programme alimentaire mondial (PAM) a acheté 8 % du total de blé exporté dans le cadre de l'initiative, à l'appui de ses opérations humanitaires contre la faim dans le monde. ("Até ao momento, segundo o Centro de Coordenação Conjunta deste acordo, a China posicionou-se como o principal destinatário das exportações, a Espanha como segundo e a Turquia como o terceiro. Quase 44% do trigo exportado foi enviado para países de baixos e médios rendimentos (64% para economias em desenvolvimento) e o Programa Mundial de Alimentos comprou 8% do total de trigo exportado ao abrigo da iniciativa, em apoio às suas operações humanitárias contra a fome em todo o mundo)."

Or, la Chine est le premier producteur mondial de blé (entre autre), avec plus de 134 millions de tonnes en 2020. La Turquie est la 10e et l'Espagne la 18e. Comment accepter que seulement 44% de l'exportation urkrainienne, soit moins de la moitié, ait été exportés vers des pays pauvres et que le PAM n'en a acquis au final que 8%. En gros... bonjour la spéculation sous couvert de sauver le monde de la faim! Certes, l'article ne parle pas que du blé, mais quand même.

Si on revient maintenant au tableau ci-dessus, dans les faits, en 2020, l'Ukraine est seulement le 8e producteur mondial de blé, avec une production de près de 25 millions de tonnes, derrière la France, 6e avec 30 millions de tonnes. Les trois premiers producteurs mondiaux, à savoir la Chine, la Russie et l'Inde en ont produit en tout, la même année, près de 328 millions. Donc non, l'Ukraine n'est pas le grenier à blé du monde et de très très loin. Et la Chine et l'Inde ne sont pas encore en guerre, sauf erreur...
On rétorquera que la production dans certains pays producteurs a connu des difficultés et que les rendements étaient réduits (d'après les experts dont on va voir l'intérêt de l'expertise ci-dessous). Ok, pourquoi pas! Mais c'étaient des "prévisions". Dans les faits, toujours eux, si on se base sur les statistiques officielles institutionnelles, il n'y avait aucune raison d'alerter le monde comme quoi, sans le blé ukrainien bloqué par les méchants dirigeants russes (ils le sont effectivement mais pas pour cette raison), les pays pauvres allaient connaître la famine. Pour être très clair, la pénurie de blé ou plus exactement l'augmentation du prix du blé sur les marchés mondiaux est UNIQUEMENT LE FAIT DES SPÉCULATEURS, autrement dit des courtiers, des banques, des riches investisseurs, des gouvernements de tous bords. Ceux-ci font main basse sur le blé, le stock et attendent que les prix montent. Les médias, pour l'essentiel, peu scrupuleux de nos jours ou trop pauvres, ne se posent pas de questions, mais rabâchent simplement ce que disent les portes-paroles des gouvernements ou des partis politiques. Ajoutez un ou deux "spécialistes de la question" sur tous les plateaux télé des principales chaînes nationales ou d'information, et hop, le tour est joué.

Quant à l'absolu besoin de l'Ukraine (et l'Empire qui la soutient) de vendre sa production céréalière malgré la guerre, il n'a qu'un seul but pour l'Empire: financer la dite guerre en donnant des devises sonnantes et trébuchantes au gouvernement ukrainien pour acquérir des armes et alii. L'inflation exponentielle sur les marchés du prix du blé et des autres céréales, similaire à la crise de 2011 nous dit-on, a aussi en partie le but de rendre la vente plus rentable. Sous couvert de prévisions "dite catastrophique" des institutions internationales telle la FAO, les prix ont été gonflés artificiellement par ricochet. On va le voir ci-après. Donc l'Ukraine a pu empocher encore plus d'argent pour sa défense armée, tout en évitant la perte de sa production. Doublement gagnante!

Heureusement, tous les médias ne sont pas totalement aveugles. La Radio Télévision Suisse romande (RTS), elle, se penchait intelligemment sur la question le 12 janvier 2022, soit le même jour où le Parlement cabo-verdien entrait en ébullition à cause de l'augmentation de 60% du prix du blé. Que nous apprend-elle? Ceci (web):

"L'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) annonçait que 2022 avait été une année tristement record: le prix du blé et du maïs ont franchi des sommets, faisant bondir l'indice des produits de base de la FAO.
Du jamais vu depuis 2011, une année tristement marquée par une crise alimentaire et des émeutes liées aux famines dans plusieurs pays d'Afrique.
Mais désormais, la tendance s'inverse: les prix du blé sont en chute. Le marché digère les belles récoltes en Australie ou en Russie comme s'il n’y avait pas de guerre en Ukraine. Un baromètre: le contrat à terme de référence pour le blé tendre d'hiver, qui est tombé cette semaine à son plus bas niveau depuis plus de deux ans à la Bourse de Chicago."

Ce n'est pas une information nouvelle cependant. Le 7 novembre 2022, Expresso das ilhas titrait déjà "Preços da comida estabilizaram a nível mundial em Outubro, revela FAO" (web).

Donc, pour résumé: la guerre en Ukraine a débuté en février 2022, augmentant d'autant l'instabilité des marchés à la sortie de la pandémie de Covid-19 qui avait paralysée littéralement une grande partie de l'économie mondiale (une autre partie a cependant été extrêmement florissante si on en croit l'augmentation inouïe de la fortune des 1% les plus riches de la population mondiale - web). Les spéculateurs en ont profité, suivant des prévisions voulues pessimistes. Et les prix ont explosé. Pour des raisons purement politiques, les État occidentaux (le fameux Empire), sous la houlette des USA, ont accusé la Russie d'être la cause d'une nouvelle famine mondiale. D'après eux, le blé ukrainien était primordial pour la survie de millions d'individus dans le monde. La propagande, de part et d'autre, battait alors son plein. Et puis l'été est arrivé. Surprise (pas tant que ça en fait), la production mondiale n'a jamais été aussi bonne qu'en 2022 et les prix ont chuté lourdement sur les marchés internationaux à l'automne 2022, et donc dans les pays pauvres, dont le Cabo Verde. Est-ce bien cela?
Oops! Alors que les prix du blé s'effondre à la Bourse de Chicago (lieu où se négocie l'essentiel du blé et des autres céréales mondiales), dans le même temps, il augmente de... 60% au Cabo Verde! Incroyable! Vive le néo-libéralisme et la loi du marché!

Mais en fait, pourquoi cette augmentation vertigineuse du prix du blé au Cabo Verde? Parce que, nous dit-on officiellement, le Gouvernement a supprimé une subvention au PRINCIPAL IMPORTATEUR DE BLÉ DU CABO-VERDE, subvention qui a coûté pas moins d'un million et demi d'euros. Le PRINCIPAL IMPORTATEUR DE BLÉ AU CABO VERDE (qu'on ne nommera pas parce que tout le monde le connaît dans l'archipel) n'a pas eu d'autre choix que d'augmenter ses prix de 60%. Grosso modo: de qui se moque-t-on?
On comprend que l'importateur n'a pas acheté son blé en décembre 2022 pour le vendre en janvier 2023, mais qu'il l'a acquis auprès d'un autre fournisseur, qui lui même l'a acheté à un courtier, qui lui même la racheté à un autre courtier, qui lui même le tenait d'un gouvernement qui le stockait etc. etc. etc.
Plus encore, à peine 5 jours après le début de la guerre en Ukraine, panapress titrait déjà: "Le Cap-Vert craint une aggravation des prix des céréales en raison du conflit russo-ukrainien (Cabo Verde receia agravamento de preços de cereias pelo conflito Rússia-Ucrânia)" (web). Une expertise ultra-rapide de la situation géoeconomique dira-t-on. Et le 25 mars 2022, le Gouvernement cabo-verdien décidait donc de "doubler sa capacité de stockage de céréales (duplicar capacidade de armazenamento de cereais)" (web).

Reprenons l'article de la RTS pour faire taire les imbéciles et expliquer clairement et simplement les choses:

La Russie exporte donc facilement son blé, mais elle n’est pas seule. L'Inde revient en force dans le marché mondial et l'Australie prévoit une saison record. Bref, il y a trop de blé dans le monde en ce moment, jugent les analystes.
D'autant que la concurrence se joue aussi en Europe, où le blé russe est très bon marché face au blé américain, pénalisé par les effets de change. À la manœuvre, on retrouve les quatre grandes maisons de négoces de céréales, ADM, Bunge, Cargill et Louis Dreyfus, aussi connues sous le nom de "carré ABCD".
Normalement, les niveaux actuels devraient perdurer même si la guerre se poursuit en Ukraine. Car l'Ukraine est un acteur secondaire sur le marché du blé, contrairement à celui du maïs, estime Philippe Chalmin, économiste à [l'Université] Paris Dauphine."

Plus encore (ou pire), la FAO publiait de son côté un article le 02 décembre 2022 (donc le mois dernier), intitulé "Les prévisions concernant la production et les échanges mondiaux de céréales tombent à leur plus bas niveau depuis trois ans" (web). Voilà qui est inquiétant, n'est-il pas? Le début de l'article commence ainsi "Les prévisions de la FAO concernant la production mondiale de céréales en 2022 ont été réduites de 7,2 millions de tonnes ce mois-ci et s’établissent à présent à 2'756 millions de tonnes, soit une baisse de 2,0 pour cent (57 millions de tonnes) en glissement annuel. À titre de comparaison, la production mondiale de céréales a progressé en moyenne de 56 millions de tonnes par an ces trois dernières années. La révision à la baisse apportée ce mois-ci concerne principalement la production de maïs et, quoique dans une moindre mesure, celle de blé". Catastrophe, la production de céréales a baissé de... 2%, mais le prix de la farine a augmenté de 60% au Cabo Verde dans le même temps, oops!
Pour mieux comprendre cet extrait, il faut savoir que la l'Ukraine était le 5e producteur de maïs en 2020 (30 millions de tonnes), très loin derrière les USA (360 millions), la Chine (260 millions) et le Brésil (104 millions). (web)
Mais le rapport de la FAO est encore plus troublant, comme le montre le graphique suivant. Que nous apprend-il?

  1. La production mondiale de céréale a augmentée de près de 500 millions de tonnes entre 2012/2013 et les années 2016/201/ - 2022/2023 pour se fixer plus ou moins à 2'750 millions de tonnes annuelles.
  2. Depuis 2019 environ, l'utilisation suit à peu près la courbe de la production, avec de faibles variations (+ ou -)
  3. Depuis 2017 environ, les stocks de céréales ont augmentés de plus de 140% par rapport à 2012/2013 et qu'ils sont restés stables. La FAO estiment, par ailleurs, que "les prévisions concernant les stocks mondiaux de céréales à la clôture des campagnes de 2023 ont été réduites de près de 1,1 million de tonnes depuis le mois dernier et abaissées à 839 millions de tonnes, ce qui représente un recul de 2,2 pour cent (18,5 millions de tonnes) par rapport à la campagne précédente et le niveau le plus bas enregistré depuis trois ans. À ce niveau, le rapport stocks/utilisation de céréales au niveau mondial serait en recul, puisqu’il passerait de 30,9 pour cent en 2021-2022 à 29,3 pour cent en 2022-2023, son plus bas niveau depuis 2013-2014, mais une situation en matière d’offre encore relativement confortable."


Mais le plus intéressant est le tableau concernant le blé fourni par la FAO dans son article et là, franchement, on reste dubitatif!

Il semblerait que le début de l'article alarmiste ne colle plus avec le marché du blé, car la production ne fait qu'augmenter depuis 2018-2019, même en 2022-2023 (prévisions revues ou non), idem pour sa disponibilité etc. C'est à n'y plus rien comprendre.

Si la production et la disponibilité du blé augmente confortablement depuis 2018/2019, alors pourquoi les prix grimpent-ils sur les marchés et tout particulièrement au Cabo Verde, à niveau de 60%?
Une seule raison peut expliquer cette situation: la SPÉCULATION, vous savez la fameuse "loi du marché" tant adulée par le Gouvernement MpD!


Conclusion
Au final, la hausse du prix du blé est une simple spéculation des 4 grandes maisons de négoces de céréales, des nombres de courtiers et traders intermédiaires, des banques, de certains gouvernements (ou certains de leurs membres), d'importateurs et de grossistes peu scrupuleux qui ont trouvé là le moyen de s'enrichir facilement et... en toute l'égalité.
Alors que dire du Gouvernement de M. Ulisses Correia e Silva? Pas grand chose. Néo-libéral dans les actes, peu attaché au bien être de la population (malgré toutes les affirmations que ses ministres et autres membres du MpD peuvent bien proclamer à corps et à cri dans les médias, ce n'est pas leur priorité), préférant la macro-économie à la micro-économie, l'aide internationale (vitale pour le développement du pays) à la qualité de vie de la population (celle-ci tout aussi vitale pour le développement du pays), aucune décision n'est prise pour freiner la spéculation et les actes du PRINCIPAL IMPORTATEUR DE CÉRÉALES DU CABO VERDE. Ulisses et consorts préfèrent utiliser l'argent des aides internationales pour aider les plus démunis, les plus pauvres, les miséreux, oubliant les autres guère plus chanceux (voir ci-après), plutôt que d'agir en profondeur.  On dira là que c'est colmater les brèches, mais pas curer le mal.

Pour empêcher les spéculateurs de sévir, il faut des lois, au niveau international (tout d'abord), mais aussi au niveau continental et local. Or, les lois sont le fait des politiciens, ou plus précisément du pouvoir législatif, soit l'Assemblée nationale, couplé parfois au pouvoir exécutif, le Gouvernement. Et, au Cabo Verde, depuis 2016 au moins, ces 2 pouvoirs sont aux mains... du MpD. Et donc M. Ulisses Correia e Silva peut très bien changer la donne s'il le souhaite. L'opposition ne pourra pas l'en empêcher. Me trompe-je? Encore faut-il donc qu'il le veuille.
Certes, le 7 décembre 2022, Miryan Vieira, secrétaire d'État aux affaires étrangères et à la coopération, proclamait qu'il "y a une volonté politique du Gouvernement à éradiquer la pauvreté extrême d'ici à 2026" (web). Ce serait fantastique si c'était le cas.
Mais le Président de la République, José Maria Neves, issu du PAICV, avait un autre son de cloche le 13 janvier 2023, à l'occasion de son message à la Nation pour fêter le Jour de la liberté et de la démocratie. La démocratie cabo-verdienne, selon lui, "ne va pas bien". Il justifiait cette assertion car "environ 73'000 Cabo-verdiens vivent dans l'extrême pauvreté, 46'000 dans une crise alimentaire aiguë, dans un pays où le chômage des jeunes est élevé" (web). D'après le dernier recensement démographique de 2021, la population dans l'archipel s'élevait à 491'233 habitants. Donc 15% des habitants sont dans une situation de pauvreté extrême. On peut facilement dire que 50% des autres sont pauvres. Le reste appartient à la nouvelle classe moyenne (fonction publique, banques, assurances, immobilier...) qui croît en même temps que le pays se développe, avec une toute petite fraction de riches qui investissent partout, sauf au Cabo Verde.

Donc non, cette augmentation de 60% du prix du pain ou de la farine n'est pas légitime. Et oui, le Gouvernement doit agir, dans un premier temps, certes en aidant les plus démunis à coup de subventions, pour des questions de rapidité d'action. Mais dans un second temps, il doit légiférer, d'une part, sur l'importation des céréales et des denrées de premières nécessités, leur stockage approprié, éventuellement leur nationalisation afin de sortir les produits de première nécessité du "marché". Et d'autre part, si la nationalisation de la gestion des stocks locaux n'est pas acceptable, ouvrir le marché à plus d'importateurs afin de promouvoir la concurrence si essentielle à la loi du marché qu'affectionne tant le Premier ministre et ses acolytes. Un monopole (ou même un oligopole) n'apportera jamais un prix équilibré, stable, juste, jamais quelques soient les régles sacro-saintes du marché.

Pour conclure, faut-il rappeler le fameux adage du philosophe chinois Lao Tseu: "Si tu donnes un poisson à un homme, il mangera un jour. Si tu lui apprends à pêcher, il mangera toujours"? Tout en recourant aux subventions faciles, plus immédiates et calmant plus rapidement les esprits mécontents, le Gouvernement d'Ulisses Correia e Silva n'ignore pas l'importance de développer la formation, ce qui est un bon point pour lui. Mais en favorisant dans le même temps la loi du marché néo-libérale pour l'exploitation des ressources marines (la fameuse "économie azul" qui fait qu'on va pêcher du poisson plus en profondeur ou qu'on exploite maintenant les juvéniles, ces poissons pas encore capables de procréer, donc de régénérer l'espèce, pour les mettre en boîte dans les 2 principales usines industrielles du pays, oubliant de penser au futur), pour plus de profit et de croissance du PIB, cette formation risque bien de devenir inutile. Que pêchera l'homme s'il n'y a plus de poisson à pêcher (ce qui est en train de se produire)? On parle de pêche ici, alors que l'article traite des céréales. Qu'est-ce à dire? 
Eh bien, il en va de même avec les céréales et l'alimentation de première nécessité. Il faut trouver et développer rapidement des céréales compatibles avec le climat et les sols caboverdiens, tels le mil, le sorgho, les légumineuses etc., formé les jeunes et les paysans à la permaculture et l'agro-foresterie, et ouvrir le marché en diminuant les taxes sur ces produits, afin de développer le jeu de la concurrence, sans oublier de légiférer pour éviter des dévoiements et les enrichissements spéculatifs.

On le voit bien, tout est question d'équilibre et le peu que l'on puisse dire, c'est que l'équilibre, aujourd'hui, au Cabo Verde, on n'y est pas. Au Gouvernement donc de le rétablir intelligemment et rapidement afin que le peuple puisse vivre au mieux chaque jour que la vie lui offre!

Christophe Chazalon
Genève, le 18/01/2023, modifié le 20/01/2023

Cabo Verde: Dia dos heróis nacionais, les comiques sont de sortie (2023)


En ce 20 janvier 2023, Journée nationale des héros cabo-verdiens, l'illustre Amílcar Cabral, héros de l'Indépendance, grand intellectuel révolutionnaire, à l'opposé de l'indécrottable guérillero "Che" Guevara, est mis à l'honneur et pour cause, nul autre que lui, à part l'inénarrable Cesaria Évora, n'a tant porté le Cabo Verde et sa culture au dehors des frontières de l'archipel.

Cependant, à travers les éloges, les médias relatent quelques informations annexes et deux d'entre elles nous ont bien fait rigoler, car les comiques étaient de sortie aujourd'hui.

Commençons par le président de l'Assemblée nationale du Cabo Verde, Austelino Correia, membre du MpD, le parti au pouvoir. Le 18 janvier 2023, une étude de l'Afrosondagem / Afrobarometer révélait une "augmentation considérable de la corruption dans l'archipel (web). 25% des sondés estiment que la Police nationale est corrompue, devançant de peu la dite Assemblée nationale qui atteint les 24% (web). Bien entendu ces chiffres ne font pas les affaires du MpD ni du Gouvernement issu de ce parti, l'idée étant d'offrir la meilleure image possible du pays, surtout à l'international, et, à la veille des élections, au niveau national. Par contre ils font les choux gras du premier parti d'opposition, le PAICV, qui dès lors fustige le Gouvernement avec vigueur. 
Là où l'affaire est amusante, c'est lorsque Austelino Correia tente de désamorcer la "bombe". À l'occasion du Dia dos heróis nacionais, lors d'une allocution devant les médias, le président de l'Assemblée national prend note de l'étude de l'Afrobarometer, mais il en critique la lecture des données qu'il estime être "biaisée". Nous le citons pour mémoire, car cette approche restera sans nul doute dans les annales. 

"Il s'agit d'une étude naturelle, tranquille. Nous devons travailler sur cette étude. Mais cette étude avait une lecture légèrement biaisée de mon point de vue. À noter que l'institution qui arrive en première position dans la perception de la corruption est la Police Nationale, avec 26%. Cela signifie que 75% des Cabo-verdiens ne pensent pas que la police est corrompue.
L'Assemblée a 24 %, en deuxième position. Cela signifie que 76% des Cabo-verdiens n'ont pas la perception d'une Assemblée nationale corrompue."

Et de se demander "pourquoi lors de la divulgation des données, il n'a pas été choisi de dire que 76% des Cabo-verdiens ne considéraient pas que l'Assemblée nationale était corrompue, plutôt que de dire que c'est la deuxième institution la plus corrompue". (web)

Eh oui! L'important, au final, ce n'est pas qu'un quart de la population (soit 1 habitant sur 4) pense que l'Assemblée nationale est corrompue, ni qu'elle est la deuxième institution la plus corrompue du pays. L'important pour M. Correia, second représentant de l'État dans l'ordre de préséance, c'est que les trois quart des Cabo-verdiens ne pensent pas que l'Assemblée nationale soit corrompue, ce qui est pour notre illustre personnage un chiffre de bon aloi, suffisant, voire exemplaire, qui montre, à n'en pas douter, la fiabilité de l'Assemblée nationale et de ses députés élus par le peuple, pour le peuple.
Eh bien désolé, Monsieur le Président de l'Assemblée nationale, le fait que votre institution soit considérée comme la deuxième plus corrompue du pays est grave, tout autant que 25% des Cabo-verdiens se défie d'elle. C'est grave pour la démocratie, car cette défiance, associée à celle vis-à-vis de la police et pire encore de la justice, entraîne irrémédiablement la montée du populisme, la force des imbéciles. 100% d'avis positif est l'idéal, 90% serait acceptable, mais 75%, c'est déplorable et triste.
Mais si les principaux concernés sont fiers et contents de ce taux, alors que faire?

Pour clore ce point et être complet nous avons réalisé ce graphique concernant l'évolution du Cabo Verde dans le classement annuel de perception de la corruption réalisé par Transparency International, la référence en ce domaine (web), ainsi que celle du classement de la liberté de la presse réalisé par Reporter sans frontières (RSF) de 2006 à 2022. À noter, d'une part que le Cabo Verde n'apparaît dans le premier classement qu'à partir de 2007 et que d'autre part, le Mpd est au pouvoir à partir de 2016, remplaçant le PAICV qui gouvernait le pays depuis 2001.


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Le second personnage qui nous a fait sourire en ce jour solennel n'est autre que le président du Conseil d'administration de CV Interilhas, Jorge Maurício, qui défend l'augmentation du prix du billet passager (aller simple) du ferry reliant Mindelo (São Vicente) à Porto Novo (Santo Antão), considérant que le prix actuel de 800 escudos (un peu plus de 7 euros) est "RIDICULE". (web)
 
Pour bien comprendre la situation, il faut considérer les informations suivantes:

  • Le salaire minimum cabo-verdien est passé, au 1er janvier 2023, à 14'000 escudos/mois (127 euros; avant, il était de 13'000 escudos), pour 6 jours de travail, 8h par jour, soit environ 208h mensuelles. Ce qui fait environ 67 escudos de l'heure (0,60 euros/h).
  • La distance entre Porto Novo et Mindelo est de 17 km de mer, parcouru en un temps d'environ 45 minutes à 1h, suivant l'état de la mer et le ferry utilisé.
  • La ligne Porto Novo - Mindelo est la ligne inter-îles la plus rentable de l'archipel, si ce n'est pas la seule qui le soit. Le trafic y est considérable, ce d'autant plus que Santo Antão est une des deux îles avec Brava à ne pas comporter, à ce jour, un aéroport opérationnel. Donc tout le trafic qui relie l'île au reste du monde passe par... CV Interilhas. Peut-être faut-il le répéter: TOUT LE TRAFIC QUI RELIE SANTO ANTÃO PASSE PAR... CV Interilhas. Enfin, presque! Depuis quelques semaines l'ARMAS, un ferry concurrent 100% cabo-verdien, a obtenu l'autorisation de partager la ligne avec CV Interilhas. Un concurrence bénéfique pour les passagers, stimulant la "loi du marché", mais qui bien entendu ne fait pas les affaires de... CV Interilhas.
  • Les liaisons maritimes inter-îles connaissent des difficultés constantes (avaries, pannes de bateau, etc.) et ne sont pas fiables, ce qui a poussé le Gouvernement a renégocier le contrat de concession, à la suite des nombreuses plaintes de la population (web). Et plus encore, début septembre 2022, le Gouvernement a tout simplement refusé de valider les comptes 2021 de CV Interilhas. (web).

En résumé, que peut-on en conclure? Tout simplement ceci:

  1. Un billet passager "aller simple" entre Santo Antão et São Vicente représentent 800/67 = 12h de travail au salaire minimum, soit "un prix RIDICULE" pour le patron de CV Interilhas! Remarque: une personne de Ponta do Sol qui souhaite aller à Mindelo, doit payer 800 escudos pour l'aller-retour en aluger et 1'600 escudos pour l'aller-retour en ferry, soit 2'400 escudos (environ 22 euros), ou l'équivalent de 36h de travail au salaire minimum, soit 4 jours et demi. Cela fait un peu cher le déplacement, mais pour un habitant de Montetrigo, de Ribeira da Cruz ou de Cruzinha c'est encore plus cher!
  2. Le prix du kilomètre s'élève lui à 47 escudos (0,43 euro) pour un passage "aller simple".
  3. La gestion du transport inter îles par CV Interilhas est chaotique pour ne pas dire catastrophique et, à court terme, tout comme TACV ou Icelandair pour le transport inter îles aériens, il va tourner au fiasco.
Alors quel(s) argument(s) donne Jorge Mauricio pour sa défense? Tout simplement que l'augmentation du prix du carburant est une cause suffisante pour invoquer une augmentation de ce tarif RIDICULE qui n'a pas bougé depuis 2012, voire 2006 pour le fret, rejouant simplement la scène théâtrale de la compagnie d'électricité Electra, tout aussi en difficulté financière. La différence, cependant, c'est que Electra est détenu à 75% par l'État qui d'ailleurs veut la privatiser, alors que CV Interilhas, eh bien, c'est de la pure entreprise privée, régie par la loi du marché, encore elle.
Alors nous, pour être sérieux, on est allé vérifier, hein, pour voir ce qu'il en était de cette augmentation exorbitante et intenable du prix du carburant et on a trouvé ceci (voir graphique ci-dessous). D'après le site Statita.com, en 2006, le prix OPEP, en dollars US, du baril de Brent était de 61$ et en 2021, il était de... 80$? 100$? Plus encore? Eh bien non! En 2021, le prix du baril était de 69,72$. Une augmentation i-n-a-c-c-e-p-t-a-b-l-e!
Et si on considère le prix passager fixé en 2012, excusez du peu, le prix du même baril de Brent était en moyenne à... 109,45$... oui, oui, oui, soit près de 2 fois plus cher qu'en 2021. Oops! Cherchez l'erreur! C'était d'ailleurs l'année où le prix du baril était le plus élevé depuis 2006.
Maintenant, si on calcule la moyenne du prix du baril entre 2006 et 2021, on obtient un prix de 73,07$ / an.
Si on calcule la moyenne du prix du baril entre 2012 et 2021, on obtient un prix de 69,93$ / an. Donc, pour le prix du billet passager, en 2021, le prix du carburant correspond au prix moyen de 2012 à 2021. Pas vraiment d'augmentation.
Maintenant, le prix moyen du baril de Brent en 2022 est estimé à 99$ (web), ce qui nous donne un prix moyen de 2006 à 2022 de 74.6$ et pour 2012 à 2022 de 79.83$, pas de quoi, encore une fois, crier au scandale!

Alors, au final, on se pose la question de savoir ce qui est le plus ridicule entre le prix du billet "aller simple passager" Santo Antão - São Vicente et les propos de Jorge Mauricio sur l'absence d'augmentation du prix de ce même billet considérant la forte hausse du prix du carburant.
Chacun se fera son idée...

À bon entendeur! Vive les héros de la Nation!

Christophe Chazalon / Genève, le 20-21/01/2023

Le secrétaire général de l'ONU en visite sur Santo Antão (2023)

Publication postérieure:
  • JM / CP, "Santo Antão: Secretário-geral das Nações Unidas diz ter superado enormemente expectativas em relação à beleza da ilha", Inforpress, 22/01/2023, en ligne  (web)

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Eh oui! il existe des jours plus heureux que d'autres et aujourd'hui, dimanche 22 mai 2023, Santo Antão à l'honneur de recevoir la visite du Secrétaire général des Nations Unies, rien de moins que ça, à savoir M. António Guterres. Certes il s'agit d'une visite éclair agendée à la manière habituelle des chefs d'État sur moins de 24h, mais qu'elle bonheur pour une petite île perdue au milieu de l'océan Atlantique et pour ses habitants d'enfin apparaître dans le calendrier des éminents dirigeants de ce monde. L'un des plus beaux villages du monde, Fontainhas, n'y est sûrement pas pour rien, et c'est une excellente nouvelle.
On ne peut que souhaiter une excellente visite à M. Guterres, en espérant que, comme nous, il saura s'émerveiller devant les beautés naturelles et vivantes de Santo Antão, tout autant que de l'extrême gentillesse de sa population qui, à nous, nous  manque terriblement... saudade incrivel!

Belle journée à toutes et tous!
Christophe Chazalon / Genève, le 22/01/2023

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