From Switzerland with love #001    

Autoproductions suisses / playlist (janvier-février 2022)

 Petit tour d’horizon des clichés, de la gastronomie et, surtout, des sons suisses actuels et autoproduits, par notre nouveau correspondant-défricheur (de musique brute depuis la plateforme suisse MX3.ch), Mister GROTOTORO, en direct de Genève.


Clichés de micro-trottoirs

Si nous étions dans une émission de radio, tout commencerait par un micro-trottoir : « Si je vous dis Suisse, vous me dîtes... ? » et là, les quidams multisexes de répondre « le chocolat », « les banques », « les montres », « le World Economic Forum de Davos » (on a la culture qu’on a ! ), « Roger » (sous entendu « FEDERER »), « la fondue » (sous entendu « au fromage » ; la chinoise, elle est chinoise ! ). C’est pas faux ! Bravo ! En revanche, « Toblerone » ce serait faux, puisque c’est américain, même s’ils ont pris pour emblème la plus célèbre des montagnes suisses, le Cervin, qui en fait n’est pas suisse mais africain, résidu de la plaque continentale du Sud venue se planter là, par amour du grand air. L’Italie aussi est totalement africaine, mais ça tout le monde le sait ou s’en doutait.

Mise au point sur la fondue

Revenons à la fondue. C’est bien suisse, mais pas celle que vous croyez. Si je vous dis « fondue au fromage », vous pensez immédiatement à « des fils de fromage fondu infinis qui s’entremêlent et collent partout » tout droit sortis d’Astérix chez les Helvètes (1970). Bon, ben là, vous avez tout faux ! Faute à GOSCINNY et UDERZO qui ne sont pas allés en Suisse pour vérifier leurs idées de dessin, mais seulement à La Marmotte ou aux Fondus de la raclette à Paris. Histoire de casser une idée reçue, la première de ce papier, la fondue d’Astérix est savoyarde, les ennemis jurés des Suisses de Romandie. Elle est grossière, collante, poisseuse, grasse, composée d’Emmental, de Comté et d’Abondance. Lorsque ces fromages fondent, ils laissent une pâte filandreuse en fond de caquelon, surmontée d’une couche de graisse fondue liquide. Le must pour mauvais cholestérol. Ça peut être bon (expérience faite), mais ça n’a rien à voir avec la vraie fondue suisse. Car la fondue suisse, c’est moitié – moitié du Gruyère (le vrai, le suisse, pas le français ou l’américain du Wisconsin à venir) et du vacherin. Le résultat dans le caquelon : de la mousse de fromage, un régal qui imbibe le pain, à s’en faire péter la panse et si vous ajoutez un ou deux verres de champagne dans le caquelon, encore plus de bubulles et de mousse, le nirvana culinaire. Pas de fils, pas de graisse flottante, juste un bonheur gustatif !

Mépris et mal-être de la musique suisse

Poursuivons. Si je vous dis maintenant « musique suisse » ? Là, je le vois bien, sourire en coin. « Musique suisse » ? Euh... Stephan EICHER, Combien de temps (1988). Mouais, pas mal. Et puis... DOUBLE (en fait Felix HAUG and Kurt MALOO), avec leur Captain of her heart (1985). Le yodel, talalalahitou ! « Mon amour, c’est la Suisse.... ». Connaisseurs, va ! Et quoi d’autres ?... Les YOUNG GODS of Geneva, of course !, initiateurs du sample et des musiques électroniques, influenceurs de U2, Brian ENO and Co. avec leur premier single Envoyé (1986). Ah, j’oubliais : Patrick JUVET et Où sont les femmes ? (1977). C’est à peu près tout et vous remarquerez que ça tourne tout autour des années 80, comme si la musique suisse, avait pris consistance à cette période avant de s’éteindre. Ce que ne contredira pas l’article de la RTS, Les 10 chansons qui ont fait la Suisse. En fait, c’est une des principales critiques des artistes et groupes suisses : le mépris (le terme est fort, mais c’est le bon) des médias et radios françaises pour la musique helvète. Dans les faits, l’explication est simplissime. La France a suffisamment d’artistes et de groupes produisant de la musique de qualité ou innovante pour ne pas à avoir à aller chercher du côté des petits voisins suisses, belges, luxembourgeois et compagnie. Aux Suisses de s’occuper de la musique suisse. Malgré tout, le mal-être est là.

L'excellence suisse actuelle

Ce premier article a pour but de mettre en avant la production indépendante d’excellence suisse actuelle, en particulier, dans le cas présent, pour ce qui concerne le rock and roll et ses dérivés. La qualité, la nouveauté, la fraîcheur sont autant de critères qui nous retiennent.

Pour ce début d’année 2022, notre chouchou incontesté est le trio genevois FIRE CULT. Tout frais éclos de l’œuf est son premier EP autoproduit, We die alive !. Sur ces six titres, il n’y a rien à jeter. Tout est bon, voire excellent. Même le design sobre mais explicite de la pochette et la photo de présentation sont attractifs. On retiendra surtout Satellite control, pêchu, percutant à souhait, si bien qu’on aimerait qu’il dure un peu plus que 4’06, et We R Fire Cult, single de présentation à l’introduction longue et lancinante qui n’en finit pas de finir pour aboutir à une explosion de bon son derrière les oreilles.

Autre très gros coup de cœur pour LONGSLEEVE and the WEIRDBOYS de Zurich, avec leur Childish innovant et frais, entre rock – noise – trash garbage, avec des relents typisant d’Asie extrême. Difficile d’y coller une étiquette. Totalement dans la tendance multi-influences actuelle. Ça ne plaira peut-être pas à votre grand-mère, mais ce n’est pas le but ! Nous, on aime et on peut dire que c’est même un des meilleurs singles suisses de 2021 !

Également sortis en janvier, six titres de Leo WALDEN. Cet artiste indépendant genevois nous offre du rock pur, dans la droite lignée du meilleur du rock français des années 1980. On pense au Antisocial de TRUST dont les échos lointains résonnent dans Votre existence est un désastre, single aux paroles tranchantes et cinglantes de clairvoyance. On adore !

 Plus abouti et noise, le Broken//Paradise de MAGIC SUGAR COFFEE est un single juste parfait, comme on les aime et dont on souhaiterait la multiplication à grande échelle. Avec cinq titres discrets, du haut de la montagne, le duo vaudois de Leysin surprend par sa maîtrise, la puissance de son son et ses lyrics enlevés. Blkout est dans la veine du collège rock-punk à l’américaine (OFFSPRING, SUM 41), mais n’en reste pas moins plaisant à l’écoute et rappelle de bons souvenirs aux dinosaures des plaines. Une hâte de les découvrir en concert prochainement, qui sait ?

Et que dire de RUINED, projet solo, devenu un quatuor dynamique suite à la pandémie de Covid-19 ? Bien que de facture très classique, son single Worn out n’en a pas moins un charme fou.

Sur les traces de GARBAGE, on trouvera le groupe bernois STAY ILLUSION. Son Look at me now n’apporte pas de grandes nouveautés, mais ce manque d’originalité n’enlève rien à ses qualités intrinsèques et reste un single de très bonne facture, plaisant à l’écoute, ce qui est le but de tout single... ou presque (pas sûr que le but des SEX PISTOLS ait été d’être agréable à l’écoute ! ).

Punk, boson de Higgs et kiwi

Dans la pure veine punk, HURRY UP est incontournable. I bliss, single des ados aux portes de la maturité de Neuchâtel, séduit par la puissance singulière qui s’en dégage, quand bien même la voix de la chanteuse est loin de la perfection. C’est du punk, alors qui s’en plaindra ? Reste une rythmique vive, tenace et percutante pour un single qui ne dure que... 2’49, avec l’un des solos les plus courts de l’histoire de la musique, ce qui ne sera pas sans plaire à certains de la Casbah ! On a hâte de découvrir de nouveaux opus de cette trempe dans les prochains mois, voire de les découvrir sur scène, même si le canton de Neuchâtel, c’est notre bled suisse.

Pour du punk traditionnel à l’ancienne, rien de mieux que l’ELECTRIC SOUND DISASTER. Dans Fuck the system, tout y est : le gros mauvais son, les fuck à gogo, les compos lourdingues, la ligne de basse minimaliste, etc. Manque juste les pintes de bières et les Docs, mais bon... c’est le Web, pas la Cave 12 ni L’Usine.

Rien à voir avec les papys frères HANEKE TWINS, groupe post-punk / dark rock genevois. Saviez-vous que ces Messieurs sont des scientifiques du CERN, là où on cherche le boson de Higgs et les sources de la naissance de l’Univers ? Quoi qu’il en soit, nous on est fan ! Très léchées et stylées, les mélodies sont bluffantes et s’imprègnent dans le cerveau à la vitesse de la lumière, en particulier dans Stuck in a loop. La clarté des guitares dissociées sur deux canaux (droite – gauche), tranche avec la rythmique saccadée et marquée lourdement par un beat caisse claire précis comme un métronome. Speechless est lui plus sombre, dans la lignée des SISTERS OF MERCY, bien qu’avec une voix moins profonde, moins gutturale, et des riffs de guitares semblant samplés des albums de CURE. Un mix improbable qui pourtant fonctionne à merveille.

Que dire des détonants étonnants Lucernois de BINARY SUNSET qui chantent en français (quand bien même le canton est suisse alémanique) ? Leur Kiwi est un petit bijou. Plein d’humour, ils se définissent eux-mêmes comme un « illusionary surf band », alors qu’on est pourtant loin des BEACH BOYS. Néanmoins, ce morceau, plus que les quatre autres (mis en ligne en décembre 2021), nous remémore le bon rock de notre jeunesse, au son sale juste ce qu’il faut pour être honnête, fruit d’un amateurisme concerté et valorisé par les MJC et leurs tremplins rock locaux.

Tout aussi léché, dans un style plus popy-rock propret, limite tout ce qu’il y a de plus convenu, retenons Armchair uprise des Tessinois HYDE OUT, mélange de hard FM et de rock, loin de toute révolution, mais bon, ça reste digeste ! On attend la suite, qui sait... paraît que les miracles, ça existe !

On leur préfèrera, et de loin, les LADDERMEN de Lucerne, bien qu’originaire du Texas. Ce groupe héritier de MORRISSEY et ses SMITHS offre des compos délices des sens auditifs, aussi bien sur la forme (la musique) que sur le fond (les paroles). À ce jour, ils ont seulement six titres à l’écoute mais disent travailler à leur LP. À suivre donc. Quoiqu’il en soit, notre préféré est sans conteste possible Brave career man. L’écouter, c’est l’adopter.  

Bourgeoisie grunge

Toute seule dans sa cave, la jeune trans Bernoise okNOAH nous a littéralement subjugués par son clip et son single I don’t wanna be here. En fait, cela commence tout tranquillement, jusqu’au premier refrain, puis rythme et volume augmentent sur ce single aux lyrics limpides comme de l’eau de roche concernant l’intégralité des teenagers et jeunes du monde entier, de toutes les époques. « I don’t wanna be here... » : fallait-il en dire plus ? « But to be honest, I don’t wanna get hurt, so... I just let it go ! »... Wonderful youth !

Depuis Zurich, ANGER MGMT nous offre un rock, post-punk, grungy bourgeois typique du lieu. Eh oui, on peut être grunge et bourgeois, enfin, je crois... Net, sans bavure, du gros son pour exploser les enceintes et faire crier les voisins mal léchés. On reste cependant sur sa faim. Ce qu’il manque ? Une âme. On est plus proche de la représentation de théâtre que d’un groupe qui donne toutes ses tripes sans compter. This is it est un premier pas. On attend donc la suite avec plein, mais alors plein d’espoir, car il y a là tout pour réussir. Mais Zurich est Zurich, alors... Une émission sur France 3 s’appelait Faut pas rêver ! Est-ce raisonnable ?

Entre rock et pop, on citera les ROOFTOP SAILORS et leur Empty-handed robber, et, entre rock et blues, les délirants DIRTY SOUND MAGNET avec Heavy hours, dont le clip déjanté donne le sourire en ces temps de pandémie malheureuse.

Métal et expérience

Pour les métalleux, deux clip-vidéos marquants, plus pour le son que pour l’image : le Lone wolf des Tessinois de ReDRAW et le Listen du STEP BY STEP PROJECT de Berne. Le featuring de Seraina TELLI encourage à écouter (voix métallique accrocheuse et juste) plutôt que regarder (mimiques énervantes). Point fort de ce groupe expérimental : une rythmique de précision et un bassiste de rêve.

On pourrait encore signaler les papys bernois de UNCHAIN, groupe créé en 2000, et leur Stoney path, single de la meilleure facture qui ne saurait déplaire. Comme quoi, l’expérience, ça paie - LOL !

On va terminer non pas avec du rock, mais avec le ska jouissif des Genevois d’OCTOPUCES, avec un single sorti en janvier 2022, Le plus bel endroit, dont on ne se lassera pas, quand bien même leurs autres titres ne sont pas aboutis et souffrent d’une mauvaise production. Et tous en chœur : « C’est le plus bel endroit où je pouvais rêver d’être, c’est entre... » !

Pour information, seuls quatre de ces nombreux singles ont été repérés par des radios locales suisses. Et probablement pas un seul n’a été édité par un label, indépendant ou non.


GROTOTORO, correspondant à Genève

(11 février 2022)

(article publié originellement sur le site du webzine de Casbah Records (web))


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