Cabo Verde 2022

Avertissement

Cette section comprend tous nos post it rédigés en 2022, plus ou moins dans l'ordre chronologique, en fonction de ceux restés plus longtemps sur la page d'accueil.

Bonne lecture!

Christophe Chazalon

Germano Almeida: à quand le Prix Nobel de littérature? (2022)


En décembre 2011, nous découvrions l'archipel du Cabo Verde et sa merveilleuse île de Santo Antão, tout en y rencontrant celle avec qui nous vivons encore aujourd'hui.

En 2016, nous sommes venus résider et vivre sur Santo Antão, définitivement... jusqu'à ce que le Covid-19 s'en mêle. La Vie n'aime pas la routine du quotidien et nous l'a bien fait comprendre. Entre temps, nous avons commencé à collectionner des ouvrages de littérature cabo-verdienne (livres, journaux, revues, mémoires, thèses...) afin de constituer un fond devant servir de base à un Institut de culture cabo-verdien. Un projet qui a pris forme dans la théorie, mais dont la réalisation devra cependant patienter un peu. Les séquelles de la pandémie sont toujours bien présents.

En mai 2018, devant la difficulté à trouver non seulement l'information sur cette culture, mais plus encore une information correcte et vérifiée, nous nous sommes lancés dans la folle aventure de lirecapvert.org qui, bien qu'encore inachevé, connaît un véritable succès, preuve d'une attente et d'une demande forte de la part de divers publics.

En 2019, découvrant progressivement la littérature de l'archipel, nous est venu une idée lumineuse: pourquoi ne pas présenter Germano ALMEIDA comme candidat au Prix Nobel de littérature?

Nous avons étudié la question, nous basant sur la réglementation du Prix Nobel disponible en ligne (web), sur le site de l'Académie Nobel. Et là, malheureusement... IMPOSSIBLE! Pourquoi? Parce que le règlement est très clair. Seuls une Académie nationale de littérature, des professeur(e)s universitaires de littérature ou d'anciens nobélisés en littérature sont en droit de soumettre une candidature à l'Académie Nobel. Nous ne sommes rien de tout cela. Alors comment faire?

À l'époque,  dans le cadre d'un projet de revue cabo-verdiano-française, nous étions en contact avec l'écrivaine cabo-verdienne Vera DUARTE, membre de l'Académie cabo-verdienne des lettres (ACL) qui venait tout juste d'être fondée et donc, prenant notre courage à deux mains nous avons envoyé, le 02 janvier 2020, un courriel à Vera DUARTE, mais également au Président de la République d'alors, Jorge Carlos FONSECA (qui s'avère être aussi un écrivain membre de l'ACL), ainsi qu'à la professeure Arminda BRITO, présidente de la Faculté des sciences sociales, humaines et artistiques (FCSHA), de l'UNI-CV.

Le courriel disait en substance ceci: "... ce message à pour but de vous embarquer dans une nouvelle aventure cabo-verdienne, après le succès de la morna inscrite au patrimoine de l'UNESCO.  L'idée m'est venu l'année dernière, mais n'étant ni professeur, ni académicien, ni politicien de renommée, mais juste un docteur ès Lettres, auteur du lirecapvert.org, je n'ai pu aboutir tout seul. (...) En deux mots, je vous invite à soumettre la candidature de Germano Almeida à la nomination pour le prix Nobel de littérature 2020. (...) On pourrait aussi établir une liste, hors ACL, des personnes susceptibles de soutenir le projet, qui respectent la réglementation de l'Académie Nobel, à savoir les professeur(e)s universitaires, d'ancien Nobel, si vous en connaissez, des membres de l'Académie Nobel etc. Quoiqu'il en soit, j'espère que vous aurez plaisir à monter dans le bateau pour voguer vers la Scandinavie et je vous souhaite une excellente nouvelle année 2020 en attendant. Je l'ai affrété, mais ne peux en être le capitaine ni l'équipage. Aux autres de poursuivre...  "
Je transmettais également un argumentaire pour cette candidature (ci-dessous).


Et puis le temps a passé. Le Covid-19 aussi. Vera DUARTE nous écrivait que l'ACL rencontrait une double difficulté: celle de se réunir pour prendre les décisions opportunes et plus encore, l'ACL entrait bien dans le cadre des Académies nationales de littérature, mais elle devait au préalable se présenter à l'Académie Nobel pour être reconnue. Autre problème, aussi étonnant que cela puisse paraître LE plus célèbre des écrivains contemporains cabo-verdiens n'est pas membre de l'Académie cabo-verdienne des Lettres! Ce qui semblait gêner les académicien(ne)s (web).


Et le temps de continuer à passer. L'ACL retrouvait ses réunions, lançait de nouveaux projets, dont un Prix ACL - BAI (web), etc. Mais du côté de l'aventure ALMEIDA... qu'en est-il? Le site de l'ACL est inactif depuis sa création, lacunaire (aucun procès verbal n'est inséré malgré leur page dédiée), etc. Les conférences de presse et interviews se poursuivent dans les journaux locaux et sur le web, mais pas un mot du Nobel ni d'ALMEIDA.

Or, les Prix Nobel continuent leur activité et l'année dernière, Abdulrazak GURNAH, originaire de l'archipel de Zanzibar, en face des côtes tanzaniennes, a été primé. Un homme, un archipel, l'Afrique... Similitude certaine avec Germano ALMEIDA, donc un frein à la nomination en 2023. En effet, le règlement de l'Académie Nobel est clair: on présente les candidatures avant la fin janvier de l'année du Prix (voir schéma ci-dessous). Le mouvement quasi mondial pour la parité (le monde mulsulman le rejette et l'Asie fait semblant, ne reste que l'Empire et ses sujets), plus les scandales qui ont touché l'Académie Nobel, font en sorte que l'on tend aujourd'hui plus que jamais à diversifier les nominés chaque année (sexe, continent, langue, etc.), en particulier en essayant d'augmenter le taux de femmes nobelisées qui, pour l'heure, tourne autour des... 6%, depuis 1901 (web). De là à nobeliser Annie Ernaux, faut pas abuser! On parle de littérature, pas de romans de gare. Quoi qu'il en soit, dans les faits, les anglophones survolent (dans le plus pur esprit du "système-monde" scientifique) les Prix Nobels, avec les francophones pour la littérature. Ainsi un seul auteur lusophone (qui écrit en portugais, au cas où) a été nobélisé sur 114 Prix Nobel de littérature remis, à savoir le portugais José Saramago, en 1998!

Aussi, aujourd'hui, plusieurs questions se posent:

  • Qu'en est-il de la candidature de Germano ALMEIDA? A-t-elle été finalement entreprise par l'ACL ou connaît-elle les vicissitudes et la lenteur légendaire de l'administration cabo-verdienne, sans parler des conflits de personne, d'intérêts etc.?
  • Pourquoi, alors que le Ministère de la culture et des industries créatives, dirigé par Abraão Vicente, se démène corps et âme pour inscrire le maximum d'éléments culturels locaux au patrimoine mondial de l'UNESCO (une demi-douzaine au  moins depuis l'inscription de la morna - web), et développe un plan pour diffuser le goût de la lecture au Cabo Verde (web), ne fait-il rien pour promouvoir un de ses plus illustres représentants au Prix le plus prestigieux qui soit?
  • Est-ce qu'un groupe d'académiciens de la CPLP, ainsi que des professeur(e)s universitaires de littérature ne pourrait pas se créer pour défendre et soutenir cette candidature?

Nous espérons, par ce post, relancer la machine et qui sait? peut-être trouver un écho positif à cette initiative de la part des autorités, des professeur(e)s et des auteur(e) cabo-verdiens ou lusophones, afin de rendre l'impossible possible et promouvoir encore plus la culture cabo-verdienne que nous aimons tant!

Christophe CHAZALON / Genève, le 15 mai 2022



Propositions d’arguments pour la candidature pour la nomination de Germano Almeida au Prix Nobel de littérature 2020, par le Dr. Christophe Chazalon


Ce document propose un ensemble d’éléments propices à la soumission de la candidature de Germano Almeida pour le Prix Nobel de littérature 2020.
Par l’entremise de Mme Vera Duarte, ce projet sera soumis à l’Académie cabo-verdienne des Lettres (Academia cabo-verdiana das Lettras – ACL), dans le cadre de la nomination de la nouvelle présidence début janvier 2020.

Plan du projet :

  1.  Un auteur littéraire confirmé et reconnu
  2.  Un amoureux de la littérature
  3. Un auteur africain et de langue portugaise
  4. Pour une meilleure diffusion de la littérature cabo-verdienne dans le monde et dans le pays
  5. Références utiles
  6. Conditions et date limite de dépôt


1/. Un auteur confirmé et reconnu
Germano ALMEIDA, auteur cabo-verdien né en 1945, a reçu, en 2018, le prestigieux Prix Camões, le plus important prix littéraire récompensant un écrivain de langue portugaise.
Principalement romancier, son œuvre se compose de plus de 20 romans, mêlant humour et satire, qui renouvellent la littérature cabo-verdienne, en s’éloignant des thèmes claridosos  traditionnels de la famine, l’expatriation ou la sécheresse.

Ses romans sont traduits, entre autre, en allemand, en anglais, en basque, en espagnol, en danois, en français, en hollandais, en italien, en norvégien, en polonais, ainsi qu’en suédois (élément important car les membres du jury suédois des Nobel souhaitent pouvoir lire les œuvres dans leur langue, quitte à en faire faire la traduction).

Deux romans de Germano ALMEIDA ont été adaptés au cinéma par Francisco Manso : O testamento do Sr. Napumoceno  (1997) et Os dois irmãos  (2018).

Et O dois irmãos, ainsi que la nouvelle Agravos de um artista  ont, eux, été adaptés au théâtre en 1999 et 2000.

2/. Un amoureux de la littérature
Avocat de profession, Germano ALMEIDA collabore à plusieurs périodiques cabo-verdiens ou de langue portugaise. Il co-fonde, à Mindelo, la revue culturelle de référence Ponto e vírgula, qu’il dirige en 1984-1985 (n° 7 à 13 (dernier numéro)), et dans laquelle il publie des textes sous le pseudonyme de Romualdo CRUZ. Puis il fonde et dirige au début des années 1990 la revue Agaviva.
Il créé également, en 1989, la maison d’édition Ilheu Editora, à travers laquelle il publie son œuvre et celles de nombreux auteur(e)s cabo-verdien(ne)s. Par ailleurs, son œuvre est édité, en parallèle, par la maison d’édition portugaise Caminho.


3/. Un auteur africain et de langue portugaise

Sur le plan géo-politique, le Prix Nobel de littérature a été remis 113 fois, mais une seule fois a un auteur de langue portugaise, en 1998, à José SARAMAGO, et à 4 fois a des auteurs africains : en 1986 au Nigérian Wole SOYINKA, en 1988 à l’Egyptien Naguib MAHFOUZ, en 1991 à la Sud Africaine Nadine GORDIMER et, en 2003, à son compatriote J.M. Coetzee. Un seul est originaire d’Afrique de l’Ouest (du Nigéria). 


4/. Pour une meilleure diffusion de la littérature cabo-verdienne dans le monde et dans le pays

Si le taux d’alphabétisation de la population cabo-verdienne n’a rien à envier à celui des pays occidentaux, le taux de lecteurs est lui très faible dans l’archipel. En cause, la grande difficulté de diffusion à travers les 9 îles habitées, aussi bien des périodiques que des livres. Depuis 2 ou 3 ans, le Gouvernement cabo-verdien mène cependant une politique active de développement de la lecture, essentiellement auprès des écoles. Les 2 prix Camões ont été un stimulus (Arménio VIEIRA en 2009 et Germano ALMEIDA en 2018), mais un prix Nobel de littérature renforcerait indiscutablement cette action.
La culture cabo-verdienne, bien qu’issue d’un petit pays, aussi bien par la superficie, que par la population (moins d’un million d’habitants, dont la moitié à l’étranger), que par le niveau de PIB, n’en a pas moins une très riche culture écrite, qu’il s’agisse de littérature ou de musique. La morna, musique typiquement cabo-verdienne, vient d’ailleurs d’être nommée en 2019, au patrimoine mondial immatériel de l’UNESCO. Cependant, cette culture dense et de qualité peine à être connue de par le monde, essentiellement par faute de moyens financiers et surtout de reconnaissance internationale.

5/. Références utiles

  •  Page Germano Almeida sur lirecapvert.org, la plus à jour sur la bibliographie et critique de son œuvre (en français): http://www.lirecapvert.org/germano-almeidane-en-1945.html
  • Page Wikipedia Germano Almeida (PT): https://pt.wikipedia.org/wiki/Germano_Almeida
  • Site officiel de l’Académie Nobel (GB): https://www.nobelprize.org/prizes/literature/
  • Page officiel des dépôts de candidature (GB): https://www.nobelprize.org/nomination/literature/
  • Page Wikipedia Prix Nobel (GB): https://fr.wikipedia.org/wiki/Prix_Nobel_de_litt%C3%A9rature


6/. Conditions et date limite de dépôts
Pour les conditions, nous renvoyons à la page dédiée du site officiel de l’Académie Nobel (Académie des lettres d’un pays, professeur(e) universitaire de littérature cabo-verdienne, ancien Prix Nobel etc.).
En l’occurrence, l’idée est que l’Académie cabo-verdienne des Lettres (ACL) remette la candidature suivant le process officiel, et que cette candidature soit soutenue par le Prédident de la République du Cabo Vert, ainsi que du Gouvernement cabo-verdien, mais aussi par la majeure partie des professeur(e)s universitaire de littérature spécialisés dans la littérature cabo-verdienne ou lusophone, répartie dans le monde.

ATTENTION : l’ACL n’a pas reçu l’invitation à soumettre une candidature, mais elle le peut en tant qu’Académie des Lettres d’un pays, ainsi que le précise le règlement et suivant la phrare suivante publiée sur le site officiel: « Other persons who are qualified to nominate but have not received invitations may also submit nominations. »
Le délai est très court puisqu’il est fixé au 31 janvier 2020. Donc, la démarche doit être entreprise dans de très brefs délais même si « no stress » est un adage cabo-verdien !

Dr. Christophe Chazalon / Ponta do Sol - 01/2020


"Guignol's Band" ou le journalisme selon le MpD (I) - (2022)

Aujourd'hui, 24 mai 2022, on pouvait lire dans les colonnes numériques d'Inforpress, le principal organe de "comunicação social" du Cabo Verde, un article intitulé "MpD considera que a comunicação social livre em Cabo Verde hoje à de longe "differente" do que foi no passado" (Le MpD considère que les médias libres au Cabo-Verde sont aujourd'hui, et de loin, "différents" de ce qu'ils étaient dans le passé)". Rien qu'avec ce titre, on sait que ce qui suivra sera du vide. Pourquoi?

Tout d'abord parce que João Gomes, leader du groupe parlementaire du Movimento para a Democracia (MpD),  parti au pouvoir dans l'archipel depuis quelques années (voir tableau ci-dessous), prolifère en affirmations oiseuses et langue de bois. Dans le désordre du texte et des absurdités, on peut tirer le florilège suivant:

  •  "João Gomes afirmou hoje que, em termos de comunicação social livre, situação de Cabo Verde é de longe diferente do que jà foi no passado": sérieusement? on arrive encore à émettre ce genre d'idiotie aujourd'hui? La situation est meilleure aujourd'hui pour la presse qu'au temps de l'Indépendance caboverdienne survenue (pour rappel) en 1975. Alors juste pour préciser: à l'époque de l'Indépendance jusqu'en 1991, il n'y avait qu'un seul parti au pouvoir, le Parti africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cabo Verde (PAIGC), qui suite à une lutte intestine en 1980, s'est scindé en deux et a vu l'avènement, dans l'archipel, du Parti africain pour l'indépendance du Cabo Verde (PAICV), aujourd'hui principal parti d'opposition. Quoi qu'il en soit, la démocratie au sens littéral n'existait pas! La colonisation portugaise était simplement remplacée par un système autoritaire communiste. Il suffit de lire A tortura em nome do partido único: do PAICV e sua polícia política (1991) d'Onésimo Silveira pour s'en convaincre. La liberté de la presse sous les systèmes autoritaires, eh bien!, elle a jamais été très effective, sauf erreur de ma part. Après quoi, les choses ont changé en bien, c'est sûr, mais, étrangement, avec des hauts et des bas. Et pour élargir les connaissances historiques de João Gomes, le chantre de la perfection imparfaite, allons plus loin dans le temps. A l'époque des colons portugais, fin XIXe - début XXe siècle, certains journalistes étaient beaucoup plus critiques qu'aujourd'hui. Ils n'hésitaient pas à fustiger le gouvernement portugais et ses sous-fifres. Ils avaient pour noms (je suis sûr que ça va vous parler!) Pedro Monteiro Cardoso ou Eugénio Tavares, pas moins. Il suffit de parcourir le journal bi-hebdomadaire O manduco pour s'en apercevoir (web) ou plus encore dans Voz de Cabo Verde où Cardoso publia 33 chroniques politico-sociales sur 37 numéros. La diatribe et la critique y étaient extrêmement virulentes, malgré la censure. Aujourd'hui, les journalistes caboverdiens sont convoqués devant les tribunaux, à la suite d'un nouveau projet de loi anti-libertaire de 2005, pour la moindre révélation d'une affaire politico-judiciaire. Rien n'agace plus les politiciens du Gouvernement MpD que les journalistes fouineurs qui s'interrogent sur les actes peu clairs des politiques et ouvrent les yeux de la perception de la population. On y reviendra. En attendant, nier l'instrumentalisation du journalisme caboverdien par le Gouvernement actuel parce que la situation est bien différente de ce qu'elle a été par le passé, faut pas abuser quand même! Et en plus, ce n'est, dans les faits, même pas vrai ou invérifiable, suivant la période considérée (cf. classement RSF ci-dessous).
Cabo Verde - MpD: eleições legislativas 1991-2016 (Wikipedia)
  • "Com esta governação deu-se um passo em frente para retirar o Governo da administração directa desses órgãos. Hoje chega-se à administração da empresa atravès de concursos públicos que sõ preparados por um órgão independente (Avec cette gouvernance, une mesure a été prise pour soustraire le Gouvernement à l'administration directe de ces organes. Aujourd'hui, la gestion de l'entreprise passe par des appels d'offres publics qui sont préparés par un organisme indépendant).". Ok, ce n'est pas tout à fait faux. Mais, en y regardant de plus près, Inforpress ne vient-il pas de signer avec le Gouvernement MpD le "premier contrat de concession de service public d'information"? (web) Lorsqu'on lit l'article, au final, on ne sait pas trop en quoi consiste ce contrat. Mais disons qu'on peut fortement soupçonné que le privé s'y vend au Gouvernement, trop d'accointances entre les deux pouvoirs est néfaste à la liberté d'expression et, au final, à la démocratie. Non seulement Inforpress était jusqu'à ce jour le seul organe de presse à peu près viable au Cabo Verde (servant, comme l'AFP ou Reuters, de sources aux autres journaux locaux: A nação, Expresso das ilhas, Terra Nova, A semana, Santiago Magazine...), mais en plus, par ce nouvel accord, il perd en liberté, donc en crédibilité en matière d'information objective du public? Et que devient la Radio Televisão Caboverdiana (RTC) publique qui est déjà totalement sous "contrôle" étatique? Quoi qu'il en soit, quel que soit le tour de passe passe, un journal indépendant doit être privé et détaché de tout lien avec le Gouvernement, le pouvoir ou les partis politiques.
  • Concernant le dernier classement de Reporters sans frontières (RSF / France), dans lequel le Cabo Verde perd 9 places d'un seul coup, en 2022 (neuf, ce n'est pas une ou deux!), João Gomes répond que "uma situação que interpela a todos os cabo-verdianos e que preocupa o MpD. Contudo, afirmou que essa queda tem de ser enquadrada dentro da realidade de hoje, lembrando que houve a modificação dos critérios (la situation interpelle tous les Caboverdiens et inquiète le MpD. Cependant [notons bien ce "cependant", très illustratif!], il a déclaré que cette baisse doit être encadrée dans la réalité d'aujourd'hui, notant qu'il y avait un changement dans les critères)". Bon, je ne sais pas moi, mais quand un pays perd d'un coup 9 points dans le classement de la liberté de la presse dans le monde, suivant le rapport effectué par RSF, pas sûr que les changements de critères soient les véritables causes de la chute. Histoire de bien rafraîchir la mémoire de notre leader MpD, remontons un peu dans le temps des classements RSF et de la position du Cabo Verde (web):
    • Indice 2022: 36/180 - MpD
    • Indice 2021: 27 - MpD
    • Indice 2020: 25 - MpD
    • Indice 2019: 25 - MpD
    • Indice 2018: 29 - MpD
    • Indice 2017: 27 - MpD
    • Indice 2016: 32 - MpD
    • Indice 2015: 36 - PAICV
    • Indice 2014: 24 - PAICV
    • Indice 2013: 25 - PAICV
    • Indice 2011/2012: 09 (incroyable! sous un Gouvernement PAICV, en plus!)
    • Indice 2010: 26 - PAICV
    • Indice 2009: 44 - PAICV
    • Indice 2008: 36 - PAICV
    • Indice 2007:  45 - PAICV
    • Indice 2006: 45 - PAICV
    • Indice 2005: 29 - PAICV
    • Indice 2004: 38 - PAICV
    • Indice 2003: 47 - PAICV
    • Indice 2002: 46 - PAICV
    • Indice 2001 et antérieurs: y avait pas de classement RSF. Donc difficile de dire: "aujourd'hui, c''est mieux qu'avant!"
Aussi, d'après les Indices ci-dessus, on peut clairement dire que le Gouvernement MpD qui dirige le pays depuis 2016, ne favorise pas plus la liberté de la presse que son rival le PAICV. La conclusion de l'équipe du journal indépendant A nação, en mai 2022, est même encore plus critique: "Os directores das emissoras estaduais são indicados directamente pelo Governo e seus programas priorizam as políticas governamentais. A pressão do Estado aumentou a autocensura. Cabo Verde mantém uma cultura de sigilo, com o governo não hesitando em restringir o acesso à informação de interesse público (Les directeurs des radiodiffuseurs publics sont nommés directement par le gouvernement et leurs programmes donnent la priorité aux politiques gouvernementales. La pression de l'État a accru l'autocensure. Le Cabo-Verde entretient une culture du secret, le gouvernement n'hésitant pas à restreindre l'accès aux informations d'intérêt public)". (web) Si certains ont des doutes, il n'y a que prendre le contrat de vente de TACV à Icelandair que le Gouvernement refuse de dévoiler, malgré la requête expresse de députés de l'Assemblée nationale (web) ou dernièrement la cession des aéroports à la multinationale française Vinci sans aucun appel d'offre (web). Un cession pour le moins très opaque. Et pour être plus précis, A nação rappelle qu'au Cabo Verde: "A Constituição e as leis são muito favoráveis ao exercício do jornalismo, permitindo assim que os jornalistas reportem livremente, diz também os RSF, que ressalva, porém: “No entanto, um artigo do Código de Processo Penal adotado em 2005 permite que qualquer pessoa, inclusive jornalistas, seja acusada de violar o sigilo das investigações judiciais. Essa lei não causou problemas até janeiro de 2022, quando três jornalistas de meios de comunicação privados foram interrogados por esse motivo” (la Constitution et les lois sont très favorables à l'exercice du journalisme, permettant ainsi aux journalistes de rapporter librement les faits, indique également RSF, avec toutefois une mise en garde : « Cependant, un article du Code de procédure pénale adopté en 2005 permet d'accuser quiconque, y compris les journalistes, d'avoir violé le secret des enquêtes judiciaires. Cette loi n'a posé aucun problème jusqu'en janvier 2022, lorsque trois journalistes de médias privés ont été interrogés pour cette raison."). Or, en théorie, la liberté de la presse garantit la liberté de divulguer l'information pour le bien public sans devoir être inquiété par la justice. Ce n'est plus le cas, pour sûr, depuis 2005, au Cabo Verde.


Classement RSF - 2022 (A naçao)


  • "Ainda assim, afirmou que a posição do país “não é tão má”, quando comparada com outros países “democraticamente mais desenvolvidos” (Pourtant, il a déclaré que la position du pays "n'est pas si mauvaise" par rapport à d'autres pays "démocratiquement plus développées)". En cela, on doit lui donner raison. En 2022, les USA sont 42e (Merci Trump-MAGA- Qanon!), l'Italie (58e) ou encore le Japon (71e). Mais est-il bon et sage de regarder vers le bas? Le Gouvernement et le MpD ne devraient-ils pas regarder exclusivement EN HAUT, vers les meilleurs, pour prendre exemple? Pourquoi sont-ils meilleurs? Pourquoi sont-ils passés devant? Comment faire pour devenir meilleur? Non! Au lieu de cela, le Gouvernement préfère la langue de bois ou faire l'autruche et faire semblant de ne rien voir.
  • João Gomes est contre les subventions. Entendez par là que le Gouvernement, endetté à raison de plus de 150% du PIB dans sa gestion du pays (faute en partie au Covid-19, il faut le dire) ne souhaite pas ni ne peut dépenser plus. Mais l'explication de Gomes est on ne peut plus discutable: "À semelhança dos outros países e de outras latitudes a comunicação social privada deve ser essencialmente garantida através do recurso à publicidade. O nosso mercado publicitário é muito imperfeito e muito reduzido e, portanto, nós temos que nos adaptar. Mas não creio que se deva basear essencialmente na subsidiação (Comme d'autres pays et d'autres latitudes, les médias privés doivent essentiellement être garantis par le recours à la publicité. Notre marché publicitaire est très imparfait et très petit et, par conséquent, nous devons nous adapter. Mais je ne pense pas qu'elle doive reposer essentiellement sur des subventions)". Donc, en gros, la "comunicação social" privée, pour être pleinement indépendante, doit reposer sur les recettes publicitaires et non sur les subventions. Mais d'un autre côté, les recettes publicitaires sont très très faibles. Cherchez l'erreur? Comment les médias peuvent-ils être indépendant et survivre avec les recettes publicitaires si celles-ci sont quasi nulles? Et puis cette position de João Gomes est l'exacte contraire de ce que disait le Gouvernement en mars 2021: "Legislativas: Governo diz que comunicação social privada vai receber subsídio do Estado (Législatif: le gouvernement déclare que les médias privés recevront une subvention de l'État)" (web). Des promesses blabla en temps d'élection? Probablement. Mais pire, Gomes ne précise pas que les rares acheteurs de publicité sont les plus grosses entreprises du pays, telles que Vivo Energy (comprendre Shell, une petite entreprise internationale) ou Enacol, pour le pétrole et le gaz, ou CVMovel et Unitel - T+, l'oligopole des télécoms locaux. Or, depuis quelques années, les îles connaissent tour à tour des pénuries de gaz (entre autres). Quelles positions peuvent adopter les médias privés face à ces pénuries? S'ils critiquent Shell-Vivo Energy ou Enacol, les recettes publicitaires leur seront sans hésitation retirées en guise de "représailles". Aussi des journaux comme A naçao ou Expresso das ilhas, les deux principaux hebdomadaires papier privés, sont-ils pris à la gorge par le secteur privé dispensateur de la manne des recettes publicitaires. Leur situation est donc encore plus difficile, car outre le fait que le Gouvernement subventionne à 100% la RTC, il n’accorde quasiment aucune subvention aux médias privés qui pourtant font un grand travail de diffusion et de critique du Gouvernement, salutaire à la démocratie. Ces dernières années, le montant alloué annuellement est d’environ 15'000 contos, soit à peine plus de 136'000 euros pour l’ensemble des médias privés (écrits et audio-visuels) de l’archipel.

En conclusion, on s'aperçoit bien de l'inanité des positions du leader du MpD à l'Assemblée nationale caboverdienne qui tient, ici, un discours de pure propagande. Car, il faut le noter, cette intervention de João Gomes s'inscrit dans une tentative de redorer le blason du MpD en matière de communication sociale à la suite du classement RSF 2022, à travers le débat mensuel avec le Premier Ministre, qui débute ce 24 mai, durant la session plénière de l'Assemblée nationale au sein de laquelle le MpD est... majoritaire!

Au final, la liberté de la presse au Cabo Verde, c'est pas pour demain! Un nouveau président de la République PAICV permettra-t-il de changer la donne? (web)

Allez, comme dirait, João Gomes, la gouvernance caboverdienne n'est pas la pire. Restons optimistes!

Christophe Chazalon
Genève, 24/05/2022 (revu le 25/05/2022)

"Guignol's Band" ou le journalisme selon le MpD (II) - (2022)

 

Les discussion sur les médias au Cabo Verde vont bon train à l'Assemblée nationale (AN). Chaque parti a pris position dans une confrontation devenue traditionnelle: MpD vs PAICV + UCID. Inforpress titrait le 25 mai 2022 plusieurs articles à ce sujet:

  • "Parlamento: PAICV culpabiliza MpD e Governo pela queda de Cabo Verde no Índice da liberdade de imprense" (web)
  • "Parlamento: UCID defende análise crítica à queda de Cabo Verde no ranking da liberdade de imprensa" (web)
  • "Parlamento: MpD defende que Governo está a fazer tudo para responder aos desafios do sector da comunicação social" (web)
  • "Parlamento: Governo prevê revisão do quadro de incentivo à imprensa privada" (web)
  • "Parlamento: Ligar problemas económicos e financeiros dos órgãos à autocensura é desqualificar os jornalistas - PM" (web)

On notera, tout d'abord, que la majorité MpD à l'Assemblée nationale se reflète dans les articles d'Inforpress, organe finalement public. 1 UCID + 1 PAICV vs 3 MpD (4 si on considère l'article du 24 mai)! On voit donc très clairement que le Gouvernement martèle son message: "Nous faisons tout pour répondre aux défis du secteur des médias"! et donc, bien sûr, il faut le croire. Est-ce bien acceptable. 2 fois plus d'articles MpD que de l'opposition dans le principal média écrit du pays? Notons au passage, une erreur de notre part dans la partie (I) de ce post. En effet, nous pensions, à tort, que Inforpress était un organe indépendant, comme l'Agence France Presse (AFP) ou Reuters. En fait, c'est un organe d'état créé en 1988. D'où normal qu'il serve les intérêts de l'État et du Gouvernement. Moins normal, que cette agence de dépêches ne soit pas libre et autonome pour une meilleure objectivité de l'information distillée dans les médias caboverdiens et étrangers. Quoi qu'il en soit, cela montre qu'il nous faut toujours plus vérifier nos propres informations afin de véhiculer le moins d'erreurs possible. Et, pour revenir à notre sujet, cet exemple montre très clairement à quel point le Gouvernement use (et abuse?) des médias publics pour promouvoir SA politique au détriment de celle de l'opposition, ce qui est totalement a-démocratique!

Quoi qu'il en soit, la réponse du PAICV est très modérée et fort constructive, ce qui change considérablement des réponses habituelles de ce parti, versant généralement plus dans la "politique politicienne" grandiloquente mais inefficace, pour ne pas dire inutile, en particulier sous Janira Hopffer Almada. On apprécie cette nouvelle approche de Rui Semedo nettement plus bénéfique à la gestion du pays et à la recherche de consensus global.

La réponse de l'UCID est fidèle à celle d'un parti du centre inclus dans l'opposition. Elle critique ouvertement mais sans excès.

La réponse du MpD parlementaire, promulguée pour la seconde fois par João Gomes (dont nous dénoncions, dans la partie (I) de ce post, les absurdités) est tout à l'opposé. Gomes persévère et signe dans la langue de bois et les absurdités qui lui sont cher. Prenons par exemple, ce passage: "O deputado ventoinha começou por explicar que antes de 1992, os jornalistas cabo-verdianos “não tinham direitos” nem garantias constitucionais (Le député a commencé par expliquer qu'avant 1992, les journalistes caboverdiens « n'avaient aucun droit » ni garantie constitutionnelle)". Super! sauf que le MpD n'est pas le seul à avoir changé la donne à partir de 1991. Donc comparer la politique d'un système autoritaire communiste à un système démocratique pluripartite, ça va dans les cours d'école, mais au Parlement... Plus encore, on adore cette assertion: "“Paradoxalmente, personalidades que outrora introduziram na ordem jurídica cabo-verdiana, o mecanismo legal que nos casos concretos permitiram a actuação do Ministério Público, surgem agora como fervorosos defensores da revogação desse mecanismo (Paradoxalement, des personnalités qui introduisirent autrefois dans le système judiciaire caboverdien le mécanisme judiciaire qui permettait dans des cas précis au ministère public d'agir, apparaissent aujourd'hui comme de fervents défenseurs de l'abrogation de ce mécanisme)”. Disons que d'une part, la loi est de 2005 et que plusieurs élections législatives ont eu lieu depuis, donc une partie de l'AN n'a pour sûr pas participé à la votation sur la dite loi. Mais plus encore, si une règle veut que la loi soit respectée (ce qui, au Cabo Verde, est peu mis en pratique, dans les faits, soit dit en passant), il est un adage encore plus fondamental qui dit "quand la loi est mauvaise, il faut la changer! ("quando a lei é ruim, deve ser mudada!")" Et qui mieux que l'AN peut changer une mauvaise loi? Personne, car c'est l'AN qui fait les lois. Donc, reste à savoir si la loi votée en 2005 est mauvaise pour les médias et la liberté de la presse. La réponse, AUJOURD'HUI, est clairement OUI! Donc João Gomes peut, avec les autres députés, changer la donne et modifier la loi pour que la presse au Cabo Verde soit totalement LIBRE de toute entrave politique. Enfin, on saute quelques propos fort discutables, pour en arriver à ce dernier: "Conforme avançou, seus promotores “procuram ocultar, de forma deliberada”, o quadro legal e constitucional existente, transmitindo a falsa ideia de que os jornalistas podem fazer tudo o que lhes apetecer, publicar tudo o que quiserem, iludindo os “incautos de que não há limites à liberdade” de informar e de imprensa (Au fur et à mesure qu'il avançait, ses promoteurs "cherchaient délibérément à occulter le cadre légal et constitutionnel existant, véhiculant l'idée fausse que les journalistes peuvent faire ce qu'ils veulent, publier ce qu'ils veulent, faisant croire aux "imprudents qu'ils n'y a pas de limites à la liberté" d'informer et pour la presse)." La réponse est simplement: "OUI, M. Gomes, la presse doit avoir la totale liberté d'informer la population des manquements, fautes et autres défaillances des politiques ou du Gouvernement, tout autant que du reste des acteurs du monde économiques, judiciaires, sociales etc." C'est la base même du 4e pouvoir, qui permet, avec le pouvoir exécutif (le Gouvernement), le pouvoir législatif (l'AN ou Parlement), la justice et le peuple de garantir la Démocratie et de la renforcer. Chacun à un rôle à jouer et il est toujours regrettable quand certains essaient, même par des moyens légaux, fort de leur majorité, de limiter les droits et la liberté d'un de ces pouvoirs.

Le Premier Ministre (PM), Ulisses Correia e Silva, a lui eu droit à deux articles. Dans le premier, il affirme vouloir améliorer les choses et on veut bien le croire, mais tout en gardant en tête que les promesses, surtout des politiciens, ne valent pas grand chose.  Espérons que celles-ci seront suivies d'effets concrets et vérifiables.

Dans son deuxième article, intitulé "Lier les problèmes économiques et financiers des organes de presse à l'autocensure, c'est disqualifier le rôle des journalistes", le PM répond au représentant du PAICV, Rui Semedo, qui demandait quelles étaient les mesures de l'État pour créer les conditions favorable pour qu'il n'y ait pas d'autocensure et garantir ainsi une presse totalement libre au Cabo Verde. Or la réponse du PM est simplement hallucinante: "Eu pergunto se isso é verdade, se isso não mexe com o brio profissional e com a deontologia e com aquilo que o jornalista, em si, encara na sua profissional para que se deixe de facto censurar (Je demande si c'est vrai, si cela n'interfère pas avec la fierté professionnelle et la déontologie et avec ce que le journaliste, en lui-même, voit dans son travail professionnel pour qu'il puisse effectivement se laisser censurer)". L'autocensure est un fait inaliénable dans le contexte financier extrêmement ténu dans lequel évoluent les médias au Cabo Verde. On l'a déjà montré dans un autre post. Pour ainsi dire, quasi aucun média, n'est solvable dans l'archipel ou du moins, tous sont en proie à des difficultés financières certaines. Et pour cause. Le marché des recettes publicitaires est trop petit et la diffusion des journaux est quasi nulle. Seule Praia et Mindelo ont accès à la diffusion papier régulière. Sur Santo Antão, les journaux arrivent avec une ou deux semaines de retard et sans aucun supplément... quand ils arrivent. Plus encore, l'impression des journaux papier se fait au Portugal. Donc en temps de Covid-19, il n'y a simplement pas eu de diffusion papier. 

L'autocensure apparaît lorsque la direction d'un média doit choisir entre publier un article critique et risquer d'amplifier ses difficultés financières. On pourrait penser, au premier abord, que l'autocensure, c'est simplement l'astinence en matière d'articles critiques. La direction du média interdit aux journalistes de faire leur travail afin de ne pas s'attirer l'hire des politiques et donc, des subsides publics. Mais c'est là une erreur d'interprétation. En fait, l'autocensure dans le milieu des médias n'est pas qu'un sujet ne sera pas traité par le journaliste. Il le sera, mais l'angle d'approche sera moins agressif, plus modéré. L'attaque sera moins percutante et beaucoup beaucoup plus diluée afin de dire sans faire de remous préjudiciables aux aides financières publiques ou privées. Là, est la vraie autocensure qu'Ulisse Correia et Silva ne veut pas voir. Et aujourd'hui, c'est sans aucun doute le cas des journaux papiers, tels A nação ou Expresso das ilhas. Il ne s'agit pas de critiquer le travail des journalistes qui, au Cabo Verde, font un travail remarquable pour nombre d'entre eux, on pense en particulier à Daniel Almeida, Gisela Coelho, André Amaral ou encore Sara Almeida pour la presse. Il s'agit de bien garder les yeux ouverts sur la réalité du quotidien des journalistes. Et là, le MpD et le PM préfèrent se voiler la face. C'est leur droit et leur liberté. Malheureusement par ce biais, ils atteignent à la liberté des autres: celle du peuple souverain!


Christophe Chazalon

Genève, 26/05/2022 


Ulisses Correia e Silva, le premier Ministre qui n'avait jamais tort! (2022)


En trois interventions médiatiques, en cinq jours, dans les trois principaux journaux du pays, le Premier Ministre caboverdien démontre, par A + B, SA vision de la démocratie qui n'est finalement que le reflet d'une pensée autoritaire, pour ne pas dire dictatoriale!
Une vision caricaturale, pensez-vous? Pas vraiment, malheureusement. Les quelques lignes suivantes le démontreront.

Qu'on se comprenne bien: il n'y a chez nous aucune volonté de nuire au MpD en faveur d'un parti de l'opposition. Le MpD a permis au Cabo Verde de sortir du groupe des pays pauvres, de créer une classe moyenne dynamique et de développer considérablement l'archipel ces vingt dernières années. Tout comme le  PAIGC - PAICV a permis de virer les nuisibles colons portugais à l'époque et d'instaurer un pays "libre", même s'il a fallu attendre 1991 pour qu'il le soit vraiment. Aujourd'hui, peut-être que le temps est venu pour qu'un nouveau parti centriste, l'UCID, prenne la relève avec une politique tout à la fois "mondialisante" et "sociale", le MpD s'enfermant de plus en plus dans une politique néo-libérale laissant de côté les 50% de la population la plus pauvre?

Pour notre part, nous sommes franco-suisse et comme tel, nous vivons et connaissons bien les deux systèmes politiques démocratiques de l'État-Nation et du fédéralisme. Notre coeur tend clairement vers le fédéralisme à la sauce helvétique et sa quête universelle du consensus. On y reviendra.
Mais, nous n'en sommes pas moins très attentif aux vicissitudes cabo-verdiennes, pour avoir vécu avec bonheur plusieurs années dans le pays, jusqu'à l'arrivée impromptue du Covid-19, et souhaitant y retourner un jour pour y diffuser la Culture.

Or, ce qui nous choque très vivement depuis quelques jours, c'est la position de victime (des critiques continues) dans laquelle se place le PM, mais plus encore sa "défense" qui n'a rien de démocratique comme le montre très clairement le titre de l'interview de Sara Almeida: "Ulisses Correia e Silva: Não posso decidir em função das críticas!" 

Les trois articles à la base de notre critique virulente sont les suivants:
  • "PM diz que ideia de Governo gordo  é estigma", A nação, 30/05/2022, en ligne (web)
  • "Não posso decidir em função das críticas", Expresso das ilhas, 28/05/2022, en ligne (web): interview fleuve accordée à Sara Almeida
  • "Parlamento: Ligar problemas económicos e financeiros dos órgãos à autocensura é desqualificar os jornalistas - PM", Inforpress, 25/05/2022, en ligne (web)

Mais petit rappel statistique pour commencer:

  • La France (divisée en 18 régions, 99 départements, 36'000 communes) est constituée d'une population de 68'014'000 habitants (en 2020) et est dirigée par un Gouvernement (exécutif) constitué d'un Premier ministre et de 27 ministres ou secrétaires d'État, contre-balancé par le Parlement (législatif), constitué de deux chambres (haute et basse), à savoir: le Sénat (348 sénateurs élus au suffrage universel indirect, donc par 150'000 "grands électeurs") et l'Assemblée nationale (577 députés élus par le peuple).
  • La Confédération helvétique (ou Suisse, divisée en 26 cantons et 2'145 communes) est constituée d'une population de 8'603'900 habitants (en 2019) et est dirigée par le Conseil fédéral qui comporte 7 conseillers fédéraux (exécutif) et l'Assemblée fédérale (législatif) composée de deux Chambres (haute et basse) à savoir: le Conseil des États (46 conseillers élus par les cantons) et le Conseil national (200 conseillers élus par le peuple).
  • Le Cabo Verde (divisé en 22 concelhos, les zones administratives réparties sur 9 des 10 îles) est constitué d'une population de 583'255 habitants (en 2020-21) et est dirigé par un Gouvernement (exécutif) constitué de 27 membres, soit d'un Premier ministre, de 17 ministres et de 9 secrétaires d'État (web), en contrepoint d'une Assemblée nationale (législatif) comprenant 72 députés.

Le 30 mai 2022, Ulisses Correia e Silva dénonçait les critiques concernant l'importance numérique de son gouvernement. Pour lui, les 27 membres sont tout à fait justifié. Le Premier ministre "defendeu, este domingo, que a ideia de que o elenco governamental é gordo e representa um fardo para o país é mais estigmatizada do que aquilo que é na realidade. O país tem o Governo que precisa para a actual conjuntura e situação (le PM a défendu, ce dimanche, que l'idée que le gouvernement est trop  volumineux et représente un fardeau pour le pays est plus stigmatisée que ce qu'elle est en réalité. Le pays a le gouvernement dont il a besoin pour la conjoncture et la situation actuelle)". Et plus encore, il garantit que s'il devait réduire le nombre de ministres, "que será numa lógica de eficácia e eficiência, e nunca baseado nessa ideia de que o governo é gordo (que ce sera dans une logique d'efficacité et d'efficience, et jamais suivant cette idée que le gouvernement est trop gros).”

Or, la population, elle, à juste raison, critique vertement l'opulence de ce Xe Gouvernement qui est devenu totalement disproportionné depuis quelques années, car le peuple connaît aujourd'hui, de nouveau, la faim et la pauvreté extrême, à la suite de la pandémie de Covid-19 et les conséquences de la guerre en Ukraine. La comparaison, ci-dessus, avec la France (5e puissance mondiale) et la Suisse (20e PIB mondial, 10e PIB mondial / habitant, 1er pays au monde en matière d'innovation, etc.) le montre très clairement:


On a ici très nettement un problème de dimension politique et, de fait, la sagesse populaire n'est pas aveugle. Or, Ulisses Correia e Silva refuse toute comparaison entre choses, dit-il, "différentes", tels que le salaire des pauvres ou la pauvreté générale actuelle et le nombre de membres de son Gouvernement.
Pour rappel, encore un, le salaire de base au Cabo Verde est de 13'000 escudos par mois (6 jours de travail sur 7, 8h par jour), soit 117 euros mensuels. Officiellement, d'après l'Institut national de statistiques cabo-verdien (INE), en un an (mars 2021 - mars 2022), le prix de l'huile a augmenté de 54.6%, passant de 143,4$ escudos à 273$ escudos, un litre de maïs a augmenté de +40.5% (44$ a 72$), le sucre +19.8%, le pain "carcaça" (pain salé le plus vendu) +12,1%, le lait en poudre +6.3% (web)) , des énergies fossiles ou de l'éctricité locale (+35% en 2022), sans oublié la TVA locale (jusqu'à +18% en 2022). Or, le Premier Ministre, Ulysse Correia e Silva, garantissait il y a quelques semaines, sans se démonter, que, aujourd'hui, "em Cabo Verde, há situações de dificuldades e problemas de insegurança alimentar localizados, mas negou a existência da fome (au Cabo Verde, il y a des situations difficiles et des problèmes d'insécurité alimentaire localisés, mais il a nié l'existence de la faim)" (web).
Un ministre ou un secrétaire d'État au Cabo Verde, c'est, en moyenne, disons 150'000$ escudos cabo-verdiens par mois, soit 1'350 euros. C'est un chiffre moyen, pour se faire une idée. Probablement, plusieurs ministres touchent un salaire nettement plus élevé et quelques uns, moins élevés considérant l'importance de leur ministère. On peut aussi se poser la question d'Abraão Vicente, tout à la fois ministre de la Culture et ministre de la Mer? Peut-on être compétent dans deux domaines si différents? Et pourquoi lui accorder 2 ministères si importants, alors qu'on crée des ministres à tour de bras pour ne pas surcharger le ministre et les rendre plus efficaces? Plus encore, touche-t-il deux salaires? Notons, qu'on ignore par ailleurs le montant des pensions de retraite qui seront versées à ces ministres. Par contre, il est de notoriété publique que les ministres (ainsi que les directeurs d'institution publique) ont de nombreux avantages, dont:
  • une voiture (et essence) à disposition, avec chauffeur de fonction 
  • l'électricité et / ou l'eau gratuite ou a prix préférentiel
  • des défraiements pour les déplacements et les voyage (et avec neuf îles habitées, ils se déplacent souvent, même si la 1ere classe ou la classe business leur sont interdites depuis la pandémie de Covid-19, afin de réduire les dépenses publiques, paraît-il)
  • des défraiements pour les repas et les boissons lors de déplacements officiels
  • etc.
Donc, 27 x 150'000$ x 12 mois = 48'600'000$ (soit 437'000 euros) de dépenses publiques annuelles pour seulement 27 employés d'État (sur un total d'environ 703,6 millions d'euros), auxquelles il faut ajouter encore les secrétaires et autres personnels rattachés au ministre et son ministère. Cela peut donc apparaître beaucoup pour le peuple qui ne parvient plus à se nourrir correctement, à acheter un peu de viande ou de poisson, tant les prix et le chômage ont augmenté et les salaires stagnent (web).
Ce sont certes des critiques peu "équilibrées", voire simplistes, mais n'est-il pas logique que le peuple maugrée et dénonce des dépenses jugées comme excessives et inutiles (la gordura) du Gouvernement, alors que la majeure partie de la population a du mal à nourrir les siens (web)?

Mais ce qui est beaucoup plus choquant de la part de la vision du Premier Ministre, c'est son assertion selon laquelle il ne peut décider en fonction des critiques. Pour lui, l'opposition ne fait QUE critiquer et donc, elle ne sert à rien. Sérieux? Oui, oui, c'est sa vision des choses. Le Gouvernement fait du bon travail ou, au pire, il fait de son mieux . Or, c'est une vision totalement contraire à l'esprit démocratique. Non seulement, le Gouvernement doit gouverner en tenant compte des critiques, car celles-ci manifestent une attente ou une demande d'une partie de la population, contraire à la politique engagée pour la gestion du pays. Or, un Gouvernement est "élu" pour l'ensemble de la population et non pas pour une majorité. Mais plus encore, parce que plus le Gouvernement ferme les yeux et se bouche les oreilles face aux critiques, plus ces dernières vont croître et s'amplifier, provocant, comme c'est le cas actuellement de manière dramatique aux États-Unis d'Amérique, un bi-partisanisme tranché et irréconciliable entre une tendance socialisante (les Démocrates), d'une part, et une tendance fascisante (les Républicains devenus les MAGA), de l'autre. L'attitude d'Ulisses Correia et Silva ne fait rien d'autre qu'amplifier le bi-partisanisme au Cabo Verde, alors même que le pays s'ouvre de plus en plus au multipartisme, avec la montée en puissance des partis tels que l'UCID ou le PP.
Au final, il est impératif que chaque parti ait son mot à dire dans la politique du pays et plus encore dans celle menée par le Gouvernement. C'est le rôle même de l'opposition. Et le Gouvernement doit absolument en tenir compte dans ses décisions. Or, celui d'Ulisses Correia e Silva n'en fait absolument rien. Pire, il justifie ouvertement sa position de considérer l'opposition que comme un parasitisme pénible et gênant dans son action parfaite.

Nous parlions de la Suisse et de son modèle universel de consensus. Le Cabo Verde, à notre sens, gagnerait tout à devenir une confédération constituée de 9 îles plus ou moins indépendantes ou autonome. En Suisse, le fédéral s'occupe de la politique extérieure et de la sécurité, de la défenses (armée), des douanes, de la monnaie ou encore de la législation fédérale. Les cantons, eux, s'occupent du reste (éducation, culture, santé, etc.). Quant à l'éducation supérieure, elle est à la fois compétences de la Confédération et des cantons.
Par ailleurs, le Conseil fédéral est composé de 7 conseillers, mais, phénomène très symbolique, ces 7 conseillers ne sont pas issu de la majorité. Le Conseil fédéral est composé systématiquement de:
  • 2 membres du Parti socialiste (gauche)
  • 2 membres du Parti libéral-radical (droite libérale)
  • 2 membre de l'Union démocratique du centre (extrême droite, parti majoritaire)
  • 1 membre du Parti démocrate chrétien (centre)
Cette répartition oblige au consensus, à la discussion, à l'écoute, car la règle est que, quelque soit la couleur politique d'un conseiller fédéral, si celui-ci est porte-parole au nom du Conseil fédéral, il doit donner la version du dit Conseil et non celle de sa couleur politique. Le cas le plus célèbre est celle de l'élection de Christophe Blocher, du parti d'extrême-droite de l'UDC, en 2004, qui a dû pendant 3 ans, soutenir des décisions du Conseil fédéral en opposition totale avec les idées de son parti. Il ne sera finalement pas réélu, malgré son succès populaire, pour avoir constamment dû lutter contre les usages de la concordance et du gouvernement consensuel qui est sous tendu par la collégialité du Conseil fédéral.

Or, ce n'est de loin pas la position de Ulisses Correia e Silva. L'échange entre Sara Almeida et le Premier ministre concernant le "volume" du Gouvernement est plus qu'éloquent:
  • SA: Entretanto, uma diferença em relação ao outro mandato é a composição do governo. Passamos de um governo enxuto para, em plena crise, um dos maiores de sempre. Porquê esta opção impopular?
  • PM: Quando começamos em 2016 com um governo com 12 elementos, houve críticas, porque era um governo pequeno, que ia provocar sobrecarga. Fizemos as alterações, houve críticas. Não posso decidir em função das críticas, principalmente quando vêm da oposição, que critica sempre.
  • SA: Estou a falar da opinião pública.
  • PM: A opinião pública tem a liberdade de fazer [críticas] e eu tenho a liberdade de decidir.
Que dire de plus? "C'est moi qui décide". Point final. Drôle de politique démocratique, non?

Ce qui est flagrant chez Ulisses Correia e Silva, c'est une langue de bois systématisée et un rejet total de ce qui n'est pas émis par lui-même (ça rappel l'esprit des dictateurs, n'est-il pas?). Ainsi, toujours dans l'interview fleuve accordée à Sara Almeida, qui pose des questions pertinentes et incisives, les exemples s'accumulent. A la question "Falando na atractividade, um problema é a insegurança. Não podendo generalizar ao resto do país, na Praia, principalmente, este é um problema grave e com várias vertentes. Começando pelo policiamento: tivemos investimentos na PN, na videovigilância, mas não parece haver grande retorno (En parlant d'attractivité, un des problèmes est l'insécurité. Ne pouvant généraliser au reste du pays, à Praia, principalement, il s'agit d'un problème grave qui à plusieurs aspects. A commencer par le maintien de l'ordre: on a eu des investissements dans la PN, dans la vidéosurveillance, mais il ne semble pas y avoir de gros retour)", le Premier ministre répond: "Há, sim. Temos de ver o seguinte: se não tivéssemos videovigilância a situação seria pior (Oui, il y en a. Il faut voir ceci: si nous n'avions pas de vidéosurveillance, la situation serait pire)", sans apporter de preuves flagrantes ou tangibles à ses mots. Autrement dit, il assène juste une assertion qui veut avoir valeur de vérité.
À cette autre question: "A crítica que tem sido feita é que a prevenção não tem sido bem-feita e não tem dado resultados. Por exemplo, como está a implementação do programa nacional de segurança interna, de 2017? (La critique qui a été faite est que la prévention n'a pas été bien effectuée et n'a pas donné de résultats. Par exemple, comment se passe la mise en œuvre du programme national de sécurité intérieure de 2017?)". Autre réponse évasive mais néanmoins assurée: "O grande problema é que esses programas não têm resultados imediatos. Leva tempo, há alterações que são muito mais estruturantes (Le gros problème est que ces programmes n'ont pas de résultats immédiats. Cela prend du temps, il y a des changements beaucoup plus structurants)".

Et pour finir, à la question magistrale d'intelligence journalistique, concernant les membres du Gouvernement: "Aprenderam com os erros de governação do passado? (Ont-ils appris des erreurs de gouvernance passées?)", le Premier ministre répond (comment grand Dieu peut-on donner une telle réponse?): "Não foi erro, foi uma tentativa inicial. A experiência mostrou-nos que tínhamos de facto de criar condições de maior eficiência, funcionalidade e evitar sobrecarga sobre determinados membros do governo, pois isso afecta a sua capacidade de acção (Ce n'était pas une erreur, c'était une première tentative. L'expérience nous a montré qu'il fallait effectivement créer les conditions d'une plus grande efficacité, fonctionnalité et éviter de surcharger certains membres du gouvernement, car cela affecte leur capacité d'action)."

On l'aura bien compris, le Gouvernement d'Ulisses Correia e Silva:

  • ne commet pas d'erreurs
  • à toujours raison
  • n'a pas besoin de la critique car la critique d'opposition ne sert à rien et celle du peuple non plus
  • conduit une politique exemplaire et imparable car il sait ce qui est bon, les autres pas
  • et que si les actions du Gouvernement ne donnent pas encore des effets, c'est parce qu'il est trop tôt, il faut laisser le temps de voir venir.
Enfin, pour un Gouvernement de 27 membres (un de moins que le Gouvernement français qui vient d'être nommé, et ce, alors que la population cabo-verdienne ne représente que 0.858% de la population française), la justification est simplement qu'il ne faut pas surcharger les ministres pour qu'ils fassent du bon travail. Autrement dit, plus le Gouvernement comprend de membres, mieux il travaillera selon Ulisses Correia e Silva. Alors pourquoi ne pas en nommer une centaine?

Cherchez l'erreur!

On ne dirige pas un pays en disant "moi, j'ai raison". On dirige un pays en écoutant les voix, en particulier celles discordantes pour avoir une meilleure vision des attentes et difficultés de la population.

Christophe Chazalon

Genève, 01/06/2022 


La bière, c'est bon pour la santé... (2022)


Eh oui! Une nouvelle étude le montre. Parue le 15 juin 2022, dans le magazine Journal of agricultural and food chemistry, sous le titre "Impact of beer and nonalcoholic beer consumption on the gut microbiota: a randomized, double-blind, controlled trial" (web), l'étude de Cláudia Marques, de l'Université Nova de Lisboa, et son équipe est sans ambages. Il est vrai que ce ne sont pas toutes les bières, et surtout elles seraient bonne pour les hommes. Les femmes, on n'en sait rien car elles n'ont pas été étudiées. Y a des scientifiques comme ça, un peu misogynes...

Pourquoi la bière est bonne? Parce qu'elle augmente la diversité du microbiote instetinal, notre 2eme cerveau... Mais ça, c'est une autre histoire!

Alors quelle bière est bonne pour la santé? Les LAGER, soit les bières à fermentation basse, que l'on connaît chez les Britons sous le nom de "pils", par exemple. Peu de bubulles, peu d'alcool, mais un effet diurétique certains.
Et ce n'est pas la première étude qui montre les apports bénéfiques de la bière, à l'heure où il est de bon ton de satanisé l'alcool, en particulier au Cabo Verde (web), où, d'après les derniers chiffres très officiel de l'INE et du secrétaire d'État adjoint du ministre de la santé (ce dernier, pur habitant de Santo Antão, l'île du grog, le rhum local) étant prêt à être exilé en Chine comme ambassadeur de l'archipel, quelle promotion!), 45% de la population boit de l'alcool et seulement 8% de ces 45% en boivent tous les jours, dont 2% de femmes (web). On ne sait pas comment ils ont fait leurs stats, mais franchement 8% de 45% qui boit de l'alcool tous les jours au Cabo Verde? Sérieux? 8% d'un humain sur deux? On ne vit pas sur les mêmes îles, c'est peut-être pour ça? Les petits gars de l'INE devraient peut-être prendre leurs échantillons sur São Nicolau ou Santo Antão.
Quoi qu'il en soit, Jessica Walker (une autre scientifique femme), de l'Université de Vienne, en Autriche, et son équipe publiaient en août 2012, toujours dans le Journal of Agricultural and food chemistry, l'article "Identification of beer bitter acids regulatins mechanisms of gastric acid secretion" (web). Ok! Ok! Ok! La bière c'est pas 100% excellent pour le corps, comme le résume Sara Sohrabvandi,  Amir M. Mortazavian et K. Rezaei, de la Shahid Beheshti University of Medical Sciences, dans "Health-related aspects of beer: a review" paru dans le International journal of food properties, en 2012, même si cette review iranienne est un tantinet politisée (vol. 15 - web).

Donc, non l'alcool n'est pas mauvais pour l'humain, seul son abus peut s'avérer nocif et surtout et avant tout pour les finances de l'État, n'en déplaise à l'OMS.

Alors "Santé - Kampai - Ziveli - Prosit - Na zdravie - Destat - Skol - Oogy wa wa !..." à toutes et tous (web). Rien ne vaut une bonne bière fraîche en ces temps de chaleurs estivales à part peut-être, une bonne eau de source tout aussi fraîche!

Christophe CHAZALON / Genève, le 01.07.2022

La faim au Cabo Verde aujourd'hui: cherchez l'erreur... (2022)


Nous l'avons écrit à plusieurs reprises, tant les propos minimalisateurs du Premier Ministre Ulisses Correia e Silva nous avaient choqués, la faim est réelle au Cabo Verde aujourd'hui. En effet, le 7 février 2022, le Premier Ministre assurait péremptoirement "qu'aujourd'hui, il existe au Cabo Verde des situations difficiles et des problèmes d'insécurité alimentaire localisés, mais nie l'existence de la faim (hoje que em Cabo Verde há situações de dificuldades e problemas de insegurança alimentar localizados, mas negou a existência da fome)". (web
On pourra dire que je radote, que je cherche à nuire, que je dénonce des faits qui ne sont pas, blablabla..., mais quand même, il faudra m'expliquer!
Les faits restent les faits et ils sont rendus publics par leur parution dans la presse.
Le 14 juin 2022, "sur la base du Cadre harmonisé, qui est un outil permettant de classer la nature et la gravité de l'insécurité alimentaire aiguë dans la sous-région africaine, le ministre de l'Agriculture et de l'Environnement, Gilberto Silva, a déclaré que neuf pour cent de la population caboverdienne passe des jours sans manger correctement (Com base no Quadro Harmonizado que é uma ferramenta que permite classificar a natureza e a severidade da insegurança alimentar aguda na sub-região africana, o ministro da Agricultura e Ambiente, Gilberto Silva, avançou que nove por cento da população cabo-verdiana passa dias sem se alimentar convenientemente)". 9% cela représente 30'000 familles d'après la même source. (web)
Or, le 25 juin 2022, soit 11 jours plus tard, "le Programme alimentaire mondial (PAM) et l'Organisation des Nations unies pour l'agriculture (FAO) ont indiqué cette semaine que 32 pour cent (%) de la population caboverdienne souffre d'insécurité alimentaire et qu'il y a des familles qui mangent moins encore (O Programa Mundial de Alimentos (PMA) e a Organização das Nações Unidas para e Agricultura (FAO) indicaram esta semana que 32 por cento (%) da população cabo-verdiana sofre de insegurança alimentar e que há famílias a comer menos)." Cela représente 181'000 personnes d'après la même source. Et d'ajouter: "en avril, la note publiée par l'ONU, une mission de la FAO, du PAM et du gouvernement du Cabo Verde, dans l'archipel, a constaté que les familles des zones rurales réduisent le nombre de repas et mangent moins, passant parfois de trois repas par un jour à à peine un (Em Abril, a nota divulgada pela ONU, uma missão da FAO, PMA e Governo de Cabo Verde, no arquipélago, descobriram que famílias de áreas rurais estão a reduzir o número de refeições e a comer menos, às vezes passando de três refeições por dia para apenas uma)". (web)
Je résume pour qu'on y voit plus clair:



Autrement dit, en l'espace de 11 jours seulement, la part de la population dans l'archipel qui souffre clairement de la faim (les frontières entre faim et famine sont aussi obscures actuellement que les décisions du gouvernement local), cette part aurait augmenté de 32-9 = 23% !
Cherchez l'erreur!
NOTE: Un lecteur avisé et ami attentif nous a fait remarquer qu'il avait trouvé l'erreur. Eh oui! 23% ne représente pas l'augmentation mais la différence entre les deux pourcentages proposés par le Gouvernement et la FAO/ONU..., soit tout de même un quart de population en plus.
L'augmentation passe en fait de nos 23% erronés à... 355%. Une différence de taille qui n'enlève rien aux questions qui suivent. Au contraire!

Non, sincèrement, au regard de ces chiffres peut-on sincèrement croire ou faire confiance à Ulisses Correia e Silva et son gouvernement ou doit-on, avec la prudence de la sagesse légendaire du peuple, s'en méfier? Comment expliquer cette différence conséquente? Comment le Gouvernement expliquera-t-il cette différence? Que vaut finalement ce "Cadre harmonisé" mis en avant par le ministre de l'agriculture? Qui calcule ces chiffres? L'administration des ministères? L'INE? Les services sociaux? Et quelle est finalement leur pertinence? Leur fiabilité? Doit-on plutôt croire les chiffres du Gouvernement caboverdien ou ceux des Organismes internationaux, dont l'ONU ou la FAO?
Les questions sont posées? Les réponses... ne viendront certainement jamais car il n'y a rien de plus facile que le déni et le mépris des "grands" de ce monde!
Quoi qu'il en soit, le peuple, lui, a toujours plus faim. Quant à la famine... si la sécheresse perdure cette année, elle sera là, d'ici quelques mois à n'en pas douter, que le Premier ministre le veuille ou non !
Pour être honnête, des actions politiques ont été prises, grâce au soutien des organismes internationaux (ONU, FAO, BM, FMI...) pour limiter la casse en matière de faim dans l'archipel, en particulier dans les cantines scolaires. On espère qu'elles s'avéreront suffisantes.

À bon entendeur... Joyeuse fête de l'Indépendance à tous!
Christophe CHAZALON / Genève, le 05.07.2022

La faim en Afrique aujourd'hui: que disent les chiffres... de 2020? (2022)

Les chiffres sont tombés et pas de n'importe où, du plus haut des sommets internationaux (web): la FAO et ses associés, soit la FIDA, l'UNICEF, la PAO et l'OMS, excusez du peu viennent de remettre leur rapport intitulé "L'état de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde. Réorienter les politiques alimentaires et agricoles pour rendre l'alimentation saine et abordable" (pdf). Qu'est-ce que dit ce rapport, grosso modo:

  • 10% de la population mondiale (soit 702 à 828 millions d'individus) souffrent de la faim, dont 278 millions en Afrique (20,2%).
  • 3,1 milliards de personnes dans le monde ne sont pas en mesure de s'offrir une alimentation saine en raison de l'augmentation du coût de la vie. Soit 112 millions de plus qu'en 2019.
  • "Le continent africain comptait, à lui seul, plus d'un milliard de personnes, soit près de 80% de sa population, qui n'ont pas accès à une alimentation saine. Le coût de cette dernière est estimé à 3,46 dollars américains (3,43 euros) par jour et par individu." Ce qui représente environ 370 escudos caboverdiens par jour.
Donc les 32% de la population caboverdienne sous-alimentée, voire plus, ce n'est pas un rêve. C'est une réalité. Certes le Gouvernement caboverdien, avec l'aide de la FAO et consorts va aider les cantines scolaires. Le problèmes c'est qu'en juillet - août 2022, les écoles sont fermées et les enfants sont en vacances. Qui va les nourrir? Et même durant l'année scolaire, si le/la professeur(e) n'est pas présent (et le taux d'absence est loin d'être négligeable dans l'éducation nationale du pays), les cantines sont fermées et donc, les enfants ne mangent pas. C'est non seulement problématique sur le court terme. La faim s'abat sur les enfants, une sorte de crime contre l'Humanité. Mais pire, la répercussion de cette sous-alimentation se fera sentir durant des décennies sur le système de santé national.

Par chance, d'après les pronostications du Ministère de l'agriculture caboverdien (MAA) dévoilées ce 11 juillet 2022, les prévisions de pluie pour cette année se révèlent normales, voire excédentaires. Ce qui nous choque plus, c'est que la disponibilité des semences est faible dans les principales îles agricoles, soit Santiago et Santo Antão. Pire, les semences proposées sont révélatrices d'un manque absolu de prévision et de logique productrice du MAA. Le ministère de l'agriculture donne les chiffres suivants: "A partir des enquêtes réalisées par les Délégations auprès des producteurs au niveau national, il a été possible d'établir que 36'400 litres de semences de maïs, 2'583 de féverole, 3'782 de haricots bongolon, 520 de haricots sapatinha et 995 de haricots congo, 1'403 de fèves sont disponible à la vente et 447 d'arachides (soit les délicieuses cacahuètes) (Dos levantamentos feitos pelas Delegações junto dos produtores a nível nacional, conseguiu-se apurar que estão disponíveis para venda 36.440 litros de sementes de milho, 2.583 de feijão pedra, 3.782 de bongolon, 520 feijão sapatinha e 995 de feijão congo, 1.403 de feijão fava e 447 de mancarra)” (web). Le maïs et les haricots ont de tout temps servi à nourrir la population caboverdienne, mais leur mode de culture archaïque pousse à cultiver d'autres semences, plus productives, nourricières et adaptées au climat local, car il semblerait que les prévisions du MAA soient obsolètes, tout comme les dits modes de production. On creuse un trou en forme d'entonnoir dans la terre. On y jette manuellement trois grains de maïs et trois graines de haricots, et on recouvre de terre en attendant, avec espoir, que la pluie arrive. Aussi, ne serait-il pas temps que les organismes internationaux préconisent des semences et des techniques plus utiles et adéquates (pas les OGM et leurs intrants mortifères pour sûr, mais des arbres fruitiers, des produits "maraîchers", etc.)? Pour nous, si! Mais quand on sait que les Caboverdiens coupent les arbres (web) car, dans la pensée commune locale ancestrale, les arbres consomment l'eau utile à leur agriculture (web1 - web2), alors que c'est tout l'inverse (il suffit de regarder en altitude les arbres: là où ils sont, le sol est humide à cause des nuages. Là où ils ne sont pas, tout est sec. Et on ne parle que de surfaces, pas de ce que les arbres font pour faire remonter l'eau des profondeurs dans la partie supérieure des sols). On s'aperçoit que les croyances ancestrales et obsolètes, voire de l'inculture antédiluvienne, ont encore de beaux jours devant elles, aussi bien au niveau des paysans que du MAA.
Aujourd'hui on sait pourtant qu'il est nuisible de laisser la terre nue pour des raisons d'évaporation de l'eau, et plus encore, dans un pays où les pluies peuvent être violentes, une très forte érosion des sols (associées au vent fréquent dans l'archipel) et une perte de terre qui se déverse dans la mer, donc réduit année après année les surfaces agricoles de qualité.
On ne parle même pas de l'élevage des chèvres, cause première de la désertification du pays, que le Gouvernement promeut malgré tout, car la fabrication du fromage de chèvre fait vivre de nombreuses familles aux limites de la pauvreté. Mais comme le reprennent régulièrement les poètes et écrivains du pays, les chèvres n'auront qu'une seule aptitude bénéfique pour les habitants: leur apprendre à manger les cailloux. Au XVIe, à Genève, par exemple, du temps de Calvin, les chèvres étaient tout simplement et purement interdites, car leurs nuisances sur la production agricole était considérable. Il en est de même aujourd'hui, où les élevages de chèvres nourrissent peut-être quelques familles misérables, mais plus encore, empêchent les générations futures d'avoir une terre verte et fertile, car toute plante est immédiatement avalée et aucun arbre ou arbuste (à part quelques acacias) ne parviennent à pousser.
Le MAA devrait donc former les agriculteurs et développer la "permaculture" (web), donc accepter les "mauvaises herbes" et s'en aider, ainsi que les insectes, bactéries et champignons, en recouvrant, par exemple, les "champs" de reste de canne à sucre broyée, permettant une couverture végétale qui entrera en décomposition progressive et nourrira le sol (web). Une période d'adaptation et d'essais sera bien entendu nécessaire, mais c'est là le travail propre au MAA. Le Canadien Jean-Martin Fortier à montrer qu'avec 0.8 hectare de terre cultivée et quelques employés, sans machine thermique, on peut produire de quoi nourrir 140 familles (web). 
Pour donner une idée des techniques agricoles locales, les Caboverdiens cultivent depuis toujours le maïs et les haricots (les semences mentionnées ci-dessus le confirment). C'est une tradition ancestrale. Cette culture se fait sur une terre nue, désherbée et irriguée par de grande quantité d'eau d'un coup. Or, on sait que la meilleure solution est la culture des "3 soeurs" ou la "milpa" mexicaine (web), à savoir le maïs qui sert de support aux haricots qui aménent l'azote et à la courge qui tapisse le sol et maintient le taux d'humidité. Aujourd'hui le Gouvernement à fortement et massivement investi dans l'arrosage goutte à goutte. Il doit poursuivre dans sa lancée pour promouvoir une agriculture biologique pérenne et soutenable, en remplaçant, par exemple, la culture du maïs et des haricots, par des arbres fruitiers et des fruits, ainsi que des légumes verts. Il a commencé avec les fraises, mais les possibles sont nombreux, qu'on pense aux anciennes cultures de melons caboverdiens, pastèques, framboises,  choux, choux-fleurs, brocolis, courges, courgettes, piments, poivrons, etc.
Les "monocultures" locales, non intensives, mais répétitives, non seulement appauvrissent les sols en nutriment (choses facilement remédiable avec les engrais verts tels que la moutarde, la luzerne, la consoude, le sarrazin, les trèfles, etc.), mais plus encore favorise la prolifération d'insectes nuisibles, tels les mil pès, cause d'un embargo de plus de 40 ans sur Santo Antão (web), et la chenille-cartouche du maïs web1 -web2).
La faible diversité des insectes, bactéries et autres champignons sur les îles du Cabo Verde, sans oublier les oiseaux toujours moins nombreux, ne fait que renforcer ces calamités.

Aussi, puisse les nouvelles générations et leur souhait d'un monde meilleur, en particulier face au réchauffement climatique, donner un grand coup de pied dans la fourmilière et dire "STOP! ça suffit les bêtises!" et le Gouvernement éclairé de suivre! Mais au vu de la dernière prise de position du Sr. Eng. Orlando Delgado, président de la Câmara municipale de Ribeira Grande, sur Santo Antão, un avis des plus pertinents et logiques s'il en estweb), concernant l'implémentation du pôle universitaire d'agriculture sur l'île, on se dit... que ce n'est pas gagné!
Christophe Chazalon, Genève
le 11/07/2022, revu le 12/07/2022


L'urine humaine, l'engrais de demain dès aujourd'hui! Et c'est gratuit... (2022)

Note: En ce 13 juillet 2022, inforpress titre "Falta de fertilizantes diminiui em 20% a produção de cereias na África Ocidental - CEDEAO" (web). La faute à la guerre en Ukraine. Ok, mais alors ne serait-il pas temps d'oublier les fertilisants (engrais) pétrole au profit de l'urine humaine? Elle est gratuite, abondante, disponible en tout temps et à un rapport carbone / azote de 1, autrement dit elle contient autant de carbone que d'azote. Son utilisation comme le montre l'étude mentionnée ci-dessous est simple. Rémi Kulik, agriculteur français spécialisé dans la permaculture ou agro-écologie explique son emploi de l'urine: tout d'abord il confirme que "oui, l'urine ne sent pas bon", pure, c'est un fait et il faut le dire. Mais l'utilisation supprime l'odeur. En effet, pour lui, après de nombreux essais, l'idéal c'est deux points fondamentaux (web - à partir de 24'13):
  1. Diluer l'urine dans l'eau, dans un rapport de 10% maximum, autrement dit 1l d'urine pour 10l d'eau maximum. L'urine pure est trop forte et cuirait les plantes, autrement dit les tue si on l'applique directement sans dilution. 10l +1l sert, grosso modo, à une "planche" végétale de 5m de long.
  2. N'appliquer de l'urine diluée qu'une fois par mois, voire toutes les deux semaines, maximum par semaine. Pourquoi? Parce que ce produit totalement naturel est très fort et qu'il n'est pas nécessaire dans ajouter aux plantations tous les jours. L'urine diluée est particulièrement adapté il est vrai aux solanaceae (tomates, poivrons, piments, auberines, pommes de terre...)  et aux cucurbitaceae (melons, pastèques, courges, courgettes, concombres, cornichons...)
Sinon le guano de poules est aussi très efficaces, un peu dilué et aussi 1 fois par semaine maximum.
Pour ce qui est des céréales, il faudrait faire des études et des essais, mais au Cabo Verde, il n'y a pas de culture de céréales, maïs mis à part. 
A bon entendeur....

*****

Eh oui! on le savait déjà, mais là, c'est scientifiquement prouvé et donc ça rassurera les politicien(ne)s de tous horizons.
En ces temps difficiles où le Cabo Verde souffre de tous les côtés, où les prix augmentent sans fin, dont ceux des hydrocarbures, où il faut toujours plus produire de nourriture pour alimenter la population au niveau national et réduire les importations, voici une nouvelle qui va faire grand bien.
Pour le numéro de juillet 2022, Hannatou O. Moussa et son équipe publient un article intitulé "Sanitized human urine (Oga) as a fertilizer auto-innovation from women farmers in Niger" dans la revue scientifique Agronomy for sustainable development (n° 41, article 56 - web).
Cette étude, effectuée sur plusieurs années au Niger, montre simplement que l'urine humaine est un excellent fertilisant qui augmente la production agricole de + 30%, pour autant qu'on prenne quelques précautions d'usage. Adieu Syngenta, Monsanto-Bayer and Co, multinationales de la mort qu'il va falloir sérieusement démanteler et au plus vite pour atteinte à la Vie et destruction volontaire massive de la biodiversité, et tant pis pour les emplois et les impôts si utilent aux États. 
Aujourd'hui, plus besoin de pétrole pour faire pousser ses légumes. Juste d'uriner et de récolter l'urine, de la laisser macérer dans des cuves, à 24° Celcius maximum, pendant 3 mois, afin de détruire les agents pathogène et résistants. Rien de coûteux (au contraire des produits multinationales-multimillardaires fabriqués sur le dos des travailleurs les plus pauvres), rien de compliqué, rien d'impossible. Juste un simple choix politique.
Et après, que faire? On arrose simplement son jardin, son potager, son champ, ses plantes et ça pousse... En plus, pas besoin de pluie, ça contient déjà l'eau nécessaire. Que rêver de mieux? Et les hygiénistes de monter aux créneaux: "c'est sale! vous y pensez pas!"
Comme quoi, après 70 ans de stupidité agro-industrielle de la Révolution verte, la population, Monsieur et Madame tout le monde, peuvent enfin prendre conscience et agir simplement pour la planète, pour la population et même, oui! Mesdames et Messieurs les politicien(ne)s pour l'économie du pays en réduisant considérablement les dépenses d'importation avec de la simple urine locale.
Fallait y penser, mais plus encore le prouver et c'est chose faite.
A bon entendeur... oubliez la pétrochimie pour l'agriculture, c'est néfaste, nocif, nuisible, les 3 N du Mal, et c'est peu dire!
Cliquez ici, pour le pdf en libre accès.
Christophe CHAZALON / Genève, le 27.06.2022

INE - Recensement 2021: un scandale à venir! (2022)


2020 devait être l'année du Ve recensement décanal de la population et de l'habitation au Cabo Verde (le RGPH-2021). La pandémie de Covid-19 est passée par là et oups! le recensement a été effectué avec une année de retard par l'Instituto nacional de estatìstica (INE). Jusque là, rien de bien grave, il faut le dire. Les troupes de l'INE (près de 2'000 "professionnels"! - web) sont en marche, sillonnent le pays du 16 juin au 7 juillet 2021 et relèvent les informations utiles au recensement, tout au format numérique - digital (grâce à une INE ultra-moderne), avec des questions parfois invasives dans la vie des ménages, mais c'est pour le bien du pays et les desideratas des Organismes internationaux (ONU, BM, FMI, etc.)

Quoi qu'il en soit, les premiers résultats sont donnés par la presse en août 2021 (validés sur le site de l'INE en septembre avec de très faibles variantes - web) et là, une surprise de taille apparaît: non seulement la population dans l'archipel diminue, moins 1.6% (483.628 habitants en août 2021 contre 491.683 en 2010) ce qui est contraire à toutes les projections nationales et internationales sur le sujet depuis l'indépendance au moins, mais plus encore, près de 7.700 femmes ont disparu! Oui, oui, oui, vous lisez bien: "près de 7.700 femmes ont disparu"! Maria de Lurdes Lopes, coordinatrice technique du RGPH-2021 confirme "No censo de 2010, o número de mulheres era superior ao dos homens e, nesse censo, encontrámos, a nível nacional, o número de mulheres  inferior ao dos homens", mais sans donner aucune explication tangible, plausible, compréhensible, si ce n'est "Globalmente, há uma diminuição muito grande da população de 20 a 24 anos em relação a 2010, pode ser devido a mortalidade por causas violentas ou saída de jovens para o exterior para estudos ou à procura de trabalho. Mas tudo isso são hipóteses porque ainda não analisamos nada. " (web)

Dans les faits, suivant les chiffres officiels, en 2021, la population du Cabo Verde se composait de 250.262 hommes pour 247.801 femmes, dont 243.047 hommes résidents et 240.581 femmes résidentes. Alors qu'en 2010, on avait 243.401 hommes pour 248.282 femmes résidentes. Et autre fait assez étrange, en 2021, le recensement fait état de 123 "non définis" (soit ni résidents, ni en visite, ni sans abris, ni "ports"???).

Mais où sont passées ces 7'700 femmes. Pour rappel, le Cabo Verde est un état insulaire. Donc impossible d'y entrer en cachette, de nuit, par une route de campagne, ni d'en sortir. Pour entrer au Cabo Verde il faut soit prendre l'avion soit le bateau. La douane contrôle drastiquement les aéroports, donc les entrées et sorties du territoire par voies aériennes. Et enregistrant visas et passeports, elle serait la première à savoir si 7'700 femmes avaient quitté le territoire durant cette dernière décennie. La voie maritime est plus difficilement contrôlable, mais il est peu probable que 7'700 femmes aient quitté le pays par bateau, même si cela n'est théoriquement pas impossible. Alors on peut penser comme Maria de Lurdes Lopes, les 7'700 femmes seraient mortes, victimes de violences (comme au Canada (web) ? ou au Mexique (web) ? Les théories du complot ne sont jamais loin), ou de vieillesse prématurée. Or, d'après les statistiques officielles dévoilées par l'INE au moment même où j'écris ce post, il apparaît que pour les années 2019-2020, 3.181 hommes sont morts contre 2.549 femmes. Donc, les chiffres ne mentent pas: les hommes meurent plus que les femmes, mais les femmes disparaissent des statistiques (web). Cherchez l'erreur? Ou alors, toujours suivant les idées de Maria de Lurdes Lopes, les femmes caboverdiennes seraient parties étudier ou travailler à l'étranger, mais là, on revient au point de départ des contrôles douaniers. Quoi qu'il en soit, les chiffres officiels sont clairs: il manque aujourd'hui 7'700 femmes au Cabo Verde par rapport à 2010!

Aussi, dès le 1er septembre 2021, Daniel Almeida, journaliste phare de l'hebdomadaire caboverdien A nação, remarquait avec sagacité: "Esses resultados espelham, segundo especialistas contactados por A NAÇÃO, “uma falta de liderança” no processo. É que por aquilo que se pôde acompanhar na comunicação social, “não se ouviu o presidente do INE a falar sobre este censo.”" (web). Or, si ces propos ne sont pas complètement faux, il faut préciser que le président de l'INE, Osvaldo Borges, a bien donner un avis, relèvé par Jorge Montezinho, de l'hebdomadaire économique caboverdien, proche du gouvernement MpD, Expresso das ilhas: "“Mas nós avaliamos que todo o processo de recolha foi positivo”, sublinhou Osvaldo Borges" (web). Nous voilà rassurés!

Plus encore, il est précisé que "os dados definitivos do recenseamento serão divulgados até Janeiro de 2022".

Nous sommes mi-avril 2022 et l'INE n'a toujours rien sorti ni proposé sur son site web (web) ou par conférence de presse. Par contre, on connaît en ce 14 avril 2022, les statistiques de natalité, mortalité et mariage pour 2019-2020, qui, est compris dans les années 2010-2021 du recensement, manque juste 9 années de statistiques (web). Alors que se passe-t-il à l'INE avec ce recensement de 2021? Nous cacherait-on quelque chose?

C'est du moins ce que pense le président de l'UCID (parti du centre caboverdien) qui a demandé le 8 avril 2022 au Parlement, par l'entremise du député António Monteiro,  à ce que le Gouvernement explique convenablement la diminution de la population des 11 dernières années contrairement aux projections faites par l'INE (web) et lui, au moins, explique clairement pourquoi il fait cette demande, comme le relate Expresso das ilhas: "a diminuição do número da população merece ser explicada convenientemente já que, sustentou, contraria todas as projecções que vinham sendo feitas pela própria INE e que, com base nessas projecções, os sucessivos governos foram adoptando políticas públicas para garantir a boa gestão do País em todos os domínios."

Plus encore, "A UCID, de acordo com o deputado, considera que o Governo deve debruçar-se mais a fundo sobre estes números para que não restem dúvidas sobre os mesmos, frisando que, em contrapartida, o resultado do censo veio demonstrar que houve um aumento significativo, à volta dos 31,4 por cento (%) de edifícios construídos no País durante o período em análise." Autrement dit, la population diminue, mais les habitations sont plus nombreuses de plus de 30%. 

Les questions sont posées et les réponses concrètes, officielles, du Gouvernement ou de la direction de l'INE se font attendre. Pourquoi? Qu'est-ce qui fait blocage? 

Deux éléments:

Outre le recensement et le post-recensement obligatoire selon les directives de l'ONU, il y a eu un pré-recensement effectué en août 2018. J'y ai participé et j'ai été très choqué. Etait-ce déjà une partie des "2000 professionels" de l'INE en action? Je l'ignore, mais une jeune femme est passé chez moi, elle était seule (donc pas de second regard qui éviterait les erreurs volontaires ou non) et m'a demandé simplement combien de personnes vivaient là. J'ai répondu simplement, mais aucune vérification n'a été faite. Elle m'a juste donné un autocollant pour coller sur la porte signalant que le pré-recensement avait été fait. Pire, c'était au mois d'août donc le mois par excellence des Expatriés caboverdiens qui reviennent au pays pour les vacances. Donc, cette jeune personne a aussi dû demandé à un certain nombres d'expatriés "combien de personnes vivaient là", sans prendre le soin de savoir s'ils résidaient là ou vivaient là pour quelques semaines. De même, ma compagne a eu la visite d'une seule "professionnelles" pour le recensement de 2021 qui l'a bombardé de questions, mais se basant uniquement sur la bonne foi de l'habitant(e). Tout était digitalisé, mais néanmoins on peut se poser des questions sur le mode de fonctionnement de ce recensement. J'ai supporté un autre recensement en Suisse, un ou deux ans avant mon départ pour le Cabo Verde. Là, c'est un document papier envoyé par la poste et qui vous contraint à répondre sur l'honneur sous peine de poursuites judiciaires en cas de fraude ou de mensonges avérés. Par ailleurs, il ne touchait qu'une partie de la population et non toute la population. A méditer par la direction de l'INE.

Autre élément étrange. Ce 12 avril dernier, le vice-président de l'INE, Fernando Rocha, annonçait le lancement du projet du IVo Inquérito às despesas e receitas familiares 2022, afin d'étudier la pauvreté effective au Cabo Verde. Outre que cette étude est ultra-intrusive dans la vie des habitants sélectionnés, car "O inquérito previsto para arrancar em Outubro, orçado em quase 242 mil contos, decorrerá a nível nacional com cerca de 7.600 agregados inquiridos, estando no terreno cerca de 80 agentes incluindo inquiridores, coordenadores e supervisores. Fernando Rocha fez saber que os agentes estarão no terreno durante um ano a acompanhar as mesmas famílias durante 15 dias e serão entregues às famílias uma caderneta em que lhes será solicitado o registo de todas as despesas que realizam durante um mês." (web), on s'étonne un peu de ce besoin soudain de nouvelles données sur la pauvreté alors même que les données sur le dernier recensement de la population et de l'habitation n'a toujours pas été bouclé.

Une fois de plus, l'administration caboverdienne nous laisse songeur quant à ses capacités réelles à travailler de manière logique, fonctionnelle et effective. 700.000.000 d'escudos caboverdiens dépensés (soit 6'350'000 euros; pour comparaison l'UE va accorder 18'000'000 euros au Cabo Verde, entre 2021 et 2027, pour éradiquer la pauvreté extrême dans l'archipel d'ici 2026 (web), ça donne une idée de grandeur du coût du recensement 2021 et de l'investissement réel du Gouvernement dans la lutte contre la pauvreté), avec 2'000 personnes mobilisées pour arriver au final à un vaste COUAC ou grand RIEN, genre gâchis qui va être colmaté on ne sait trop comment histoire de sauver la face des chefs et des responsables, alors que d'autre part le pays surendetté peine à se sortir de la crise du Covid-19 et que la population (dont les 115.000 habitants en situation de pauvreté extrême - web) souffre durement de la hausse des prix des biens de premières nécessités (1l d'huile passe de 160$ à 300$ escudos c.v., un sac de riz "bleu" de 1'250$ a près de 2'000$ escudos c.v., etc.; officiellement, d'après l'INE, en un an (mars 2021 - mars 2022), le prix de l'huile a augmenté de 54.6%, passant de 143,4$ escudos à 273$ escudos, un litre de maïs a augmenté de +40.5% (44$ a 72$), le sucre +19.8%, le pain "carcaça" +12,1%, le lait en poudre +6.3% (web)) , des énergies fossiles ou de l'éctricité locale (+35% en 2022), sans oublié la TVA locale (jusqu'à +18% en 2022), on se demande si le Gouvernement fait les bons choix, ce d'autant plus quand le Premier Ministre, Ulysse Correia e Silva garantit sans se démonter que aujourd'hui, "em Cabo Verde, há situações de dificuldades e problemas de insegurança alimentar localizados, mas negou a existência da fome" (web), faisant bondir le parti d'opposition, le PAICV, et rire (non sans amertume) une bonne partie de la population. Il est vrai que lorsque l'on mange dans les meilleurs restaurants du pays au frais de la princesse (les contribuables, ou plus exactement les entreprises qui seules paient vraiment des impôts dans le pays), on ne voit pas la faim. Nous on est venu en février sur l'île de Santo Antão, mais ça aurait pu être São Nicolau ou Fogo. Il suffit d'aller à l'école et de discuter avec les enfants, les jeunes dans les colleges, ou de monter dans les montagnes pour découvrir qu'au Cabo Verde, il fait faim, grand faim! Ce n'est certes pas la famine des années 1940, ni celle décrite dans la littérature caboverdienne, tels que Famintos (1962) de Luis Romano ou Os flagelados do vento leste (1960) de Manuel Lopes, ni celles décrites par José Vicente Lopes dans son ouvrage historique Cabo Verde: um corpo que se recusa a morrer - 70 anos de fome, 1949-2019 (2021). Mais c'est une faim concrète, réelle, une malnutrition quotidienne qui ne connaît pas les fruits ni la viande beaucoup trop cher, où l'on survit de mal bouffe (chorizo plastique aux 10 additifs E ou hamburger de poulet défloqué sur-gras et sur-salé dont raffolent les petits à défaut de connaître le goût de la vraie viande, celle protéinée qui nourrit vraiment, aide à la croissance du corps). Au final, juste le même plat à base de riz, tous les jours, une fois par jour, invariablement, comme dans les années 1980-1990, peu après l'indépendance. Ma compagne faisait tous les jours, à pied,  Corvo - Povoação (soit une  dizaine de kilomètres avec des dénivelés de 900m), le ventre vide, suivait l'école (qui alors ne proposait pas une collation), puis elle rentrait à la maison où l'attendait le seul plat de la journée qu'avait réussi à cuisiner sa maman, pour la famille nombreuse, et après, il fallait travailler au champ, nourrir les bêtes, aussi pas le temps d'étudier.... En 2022, certes les bus scolaires sont apparus, mais au final, surtout après le Covid-19, le reste de l'histoire n'a guère changé pour une bonne moitié du pays. Mais peut-être le Premier Ministre y voit là ses "problemas de insegurança alimentar localizados", car il est clair que de Praia, tout ce qui n'est pas à Praia n'est pas! Et la faim paraît-il n'existe pas à Praia... alors le Cabo Verde est libre de la faim, dans les rêves des dirigeants du moins, eux qui ont oublié ce qu'est la faim, la vraie, la tenace, celle qui torture, fait souffrir, mais ne tue pas, du moins, pas encore!

Quoi qu'il en soit, pour revenir au sujet de ce post, à savoir le recensement décennal de 2021, journalistes, spécialistes et plus encore, la population attend des réponses rapides, claires et précises, tout en sachant que, probablement, le poisson sera noyé dans l'eau. On aimerait tellement que cela ne soit pas le cas!

Christophe Chazalon
Genève, 13/04/2022, revu le 02/05/2022

PS: Preuve confirmant ce que nous affirmons ci-dessus sur la faim réelle qui règne parmi une frange de la population caboverdienne: à la suite d'une visite d'une équipe du Programme alimentaire mondial (PAM) et de l'Organisation des Nations Unis pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) sur l'île de Santo Antão, le 14 avril 2022, la câmara de Porto Novo a admis, deux jours plus tard, "alguma situação de carência alimentar" due à la sécheresse qui sévit depuis 5 ans et va attribuer des paniers alimentaires de base à 116 familles les plus pauvres ou nécessiteuses  du concelho (web).

Beaucoup plus réjouissant (si on peut dire considérant le sujet), la représentante de la FAO, Ana Touza, et le directeur régional du PAM, Chris Nikoi, ont rencontré, le 18 avril, le ministre de l'agriculture et de l'environnement caboverdien, Gilberto SIlva, afin de discuter des possibilités d'aides ou d'interventions pour diminuer les effets négatifs de la pandémie de Covid-19 tout autant que la guerre en Ukraine sur l'alimentation des humains et des animaux dans l'archipel. Cet appel d'aide a émané du Gouvernement, en particulier pour les cantines scolaires. Non seulement le Gouvernement semble avoir pris en compte la mesure du problème, ne se voilant plus la face, mais il fait les démarches pour essayer d'endiguer les difficultés alimentaires de la population et des éleveurs (car les animaux aussi souffrent de la faim). Ainsi, bien que la PAM ne finance pas directement des projets, il "aidera le Cabo Verde à mobiliser des ressources en vue de renforcer les cantines scolaires" et "soutenir, avant tout, l'amélioration de la disponibilité de la nourriture et des conditions de vie des familles les plus vulnérables du pays". Un grand pas dans le bon sens, en particulier pour le bien des enfants caboverdiens (web).



Agriculture au Cabo Verde: vers une permaculture résiliente? Quelques réflexions et propositions utiles (2022)

Ouvrir un pôle universitaire en agriculture sur Santo Antão est un choix pertinent et qui ouvre une multitude de possibilités vers une agriculture caboverdienne résiliente et nourricière. Cependant tout dépendra des choix qui seront opérés par le Ministère de l'éducation (ME), le Ministère de l'agriculture et de l'environnement (MAA), ainsi que l'Universidade técnica do Atlântico (UTA), avec qui le partenariat a été réalisé pour ce projet. Malheureusement, tout semble mal commencer. On ne désespère cependant pas de proposer des pistes d'investigations, de recherches et d'activités concrètes pour améliorer les chances de ce nouvel Institut de ne pas péricliter d'ici quelques années ou, pire, devenir le centre des lobbies mondiaux de l'agro-alimentaire qui ne feront que détruire encore plus la biodiversité et les paysages de l'archipel déjà très fortement dégradés.

Le non sens d’un "multi-sites" universitaire sur Santo Antão
En juin 2022, le Premier Ministre Ulisses Correia e Silva et son gouvernement ont officiellement lancé l’ouverture d’un institut d'enseignement supérieur sur l’île de Santo Antão, dédié à l’activité principale de l’île: l’agriculture. Aussi, le Ministère de l’éducation en partenariat avec l’UTA se proposent d'ouvrir deux sections: une en ingénierie agronomique (une discipline située entre la biologie animale et végétale et les biotechnologie - web) et l’autre en ingénierie zootechnique (soit l'élevage d'espèces animales domestiques - web), et ce, dès la rentrée d’octobre 2022, dans ce qui devrait s’appeler l’Instituto superior das ciências e tecnologias agrárias de Santo Antão (ISCTASA) (web).
De nombreux problèmes techniques doivent cependant être résolus d’ici là, qu’il s’agisse des lieux d’accueil, de l’enseignement dispensé ou de la validation des diplômes. De plus, comme à son habitude, le Gouvernement voit grand et "souhaite que le centre universitaire de Santo Antão soit également au service des pays des communautés de la CEDEAO et de la CPLP (o governo perspectiva que este estabelecimento de ensino seja capaz de servir também os países da CEDEAO e CPLP)" (web). Un souhait très louable, mais qui s’apparente plus à des chimères politiques qu’à une réalité profonde. Un pas après l'autre...

Aussi, avant même que le projet soit lancé, un premier choix imposé par la direction de l'UTA montre l'impréparation et les risques encourus par l'ISCTASA. Le problème a été soulevé avec pertinence par le président de la câmara municipale de Ribeira Grande, l’une des trois câmaras de Santo Antão, avec celles de Paúl et de Porto Novo. Le Sr. Eng. Orlando Delgado non seulement s’oppose, à juste titre, à la structure envisagée de ce nouveau pôle universitaire, mais suggère aussi que le Centre agricole Afonso Martinho (CAAM), situé à Povoação, dans le concelho de Ribeira Grande, serait "l’espace idéal" pour implanter l'ISCTASA rapidement, soit dès cet automne 2022. Dans les faits, la rectrice de l’UTA, Raffaella Gozzelino, a, elle, d’entrée choisi de fragmenter l'institut non pas sur un site, mais sur quatre. Cherchez l’erreur! C’est un non sens absolu. Le seul point "positif" ou "logique" de ce choix est en fait d'essayer de satisfaire les trois câmaras municipales de l'île et leurs dirigeants, afin de ne froisser personne. Ce n'est en rien "une idée de génie", tout au contraire, car, selon le projet actuel (dont on ignore s'il est définitif ou peut être encore discuté par les principaux intéressés), on aurait :

  • à Porto Novo: le centre administratif de l’ISCTASA
  • à Paúl: les cours théoriques (aúlas teóricas) 
  • à Ribeira Grande et à Porto Novo: les cours pratiques (aúlas práticas), respectivement au Centro agrícola Afonso Martinho (CAAM) et au quinta São João Baptista
Un campus devrait également s’ouvrir à Porto Novo, dans le cadre d’un accord entre le Ministère de l’éducation et la câmara de Porto Novo.
On le comprendra tout de suite, non seulement la câmara de Porto Novo essaie de tirer à elle l'essentiel de l'ISCTASA, alors que ses infrastructures ne sont pas équipées, mais plus encore, cette proposition administrative ne tient pas compte des réalités économiques et contingentes, comme le souligne très bien Orlando Delgado: "Avoir une université divisée sur trois municipalités impliquera immanquablement des problèmes de fonctionnement. L’UTA a fait cette sélection et a fini par présenter cette solution qui, à mon avis, connaîtra certaines difficultés d'exécution et un surcoût qui n'a aucun sens (Ter uma universidade dividido para os três concelhos vai ter, com certeza, problemas em termos de funcionamento. A UTA fez esta selecção e acabaram por apresentar esta solução que, a meu ver, terá alguma dificuldade e um custo adicional que não faz sentido)”. (web)
 
Il ne faut pas être expert comptable pour comprendre que le coût structurel est fortement démultiplié avec la fragmentation des structures d'accueil sur plusieurs sites fortement distants. C’est une évidence. Porto Novo - Povoação, c'est 36 km de routes sinueuses et à 40 km/h en moyenne. Plus encore, est-ce que les dirigeants de l’UTA ont pensé aux étudiants et aux enseignants? Clairement, non! Ceux-ci vont devoir non seulement payer un logement à Porto Novo, mais aller suivre ou donner des cours théoriques à Paùl, à trente minutes en voiture (500 escudos l'aller - retour en transport public), ou des cours pratiques à Ribeira Grande à une heure de voiture (700 escudos l'aller - retour en transport public). Pour rappel, le salaire de base officiel au Cabo Verde est de 13'000 escudos par mois! Outre le temps perdu généré par ces déplacements, les frais de transport seront donc eux aussi démultipliés et, sans aucun doute, à la charge des étudiants déjà fort pauvres. Il faudra prévoir au moins trois cantines (une pour chaque site) ou un système de défraiement qui permette aux étudiants et aux enseignants de pouvoir se nourrir en fonction des sites sur lesquels ils évolueront. Si tel n'est pas le cas, les frais supplémentaires s'ajouteront au frais déjà consistants imposés par ces études supérieures (propinas ou taxes d'écolage, logement, matériels, etc.). Or, si le Gouvernement ouvre un Institut universitaire sur Santo Antão, c'est précisément à la requête des familles habitant l'île qui souhaitent ainsi diminuer au maximum les coûts générés pas ces études supérieures, en supprimant, en particulier, un logement supplémentaire sur une autre île (São Vicente  - Mindelo ou Santiago - Praia), où le coût de la vie est par ailleurs plus élevé, mais également en réduisant les frais importants de transports inter-îles. Un aller-retour en ferry entre Porto Novo et Mindelo, coûte 1'600 escudos, pour 45 minutes à 1h de traversée, suivant le bateau et la météo.
Cette décision de l’UTA, même si elle part d'une bonne intention de concordance, est donc simplement absurde et finalement irréfléchie. De la diplomatie malencontreuse, on dira!
Sachant, qui plus est, que les universités caboverdiennes privées, dont l’UTA, tout autant que l'UniCV publique, connaissent toutes des difficultés financières récurrentes importantes (il n’est pas rare que les salaires dans les universités locales soient versés avec plusieurs mois de retard), et que le Gouvernement est tout autant dans l’impasse financière avec un déficit de 150% du PIB et une situation de crise multi-sectorielle (pandémie de covid-19, guerre en Urkaine, inflation, etc.), on peut se demander quelle(s) logique(s) l’UTA et le Ministère de l’éducation suivent en proposant cette répartition multi-sites!
Plus encore, le domaine de l’agriculture, n’est pas un domaine scientifique comme les autres. Il ne s’agit pas de jouer avec les chiffres et les principes dans des bureaux ou des labos dédiés, comme en économie, en science pure ou en mathématique, ni d’écrire des rapports et des études comme en lettres, en droit ou en sciences de la communication sur de la littérature ou des événements. Non! L’agriculture, c’est le travail avec la Nature, avec des êtres vivants (végétal ou animal) et donc, l’enseignement et l’apprentissage de l'agriculture nécessite une présence physique régulière et active, soit un « être sur place », pour travailler la terre, étudier les évolutions, soigner les plantes ou les animaux, expérimenter de nouvelles techniques, de nouvelles semences, de nouvelles productions, etc. Il faut être là en permanence ou presque. L'étude agronomique ou zootechnique implique impérativement un "contact avec le concret" afin de focaliser l'attention sur les "apports du terrain, engageant et organisant les étudiants pour qu'ils observent les activités et pratiques de l'élevage sur leurs exploitations de stage, et cherchent ensuite à valoriser les informations récoltées". Alors comment, dans ce cas, feront les étudiants s’ils vivent à Porto Novo, étudient à Paúl et pratiquent le travail de terrain ("l'ingénierie de projet") à Ribeira Grande ET à Porto Novo?
Encore une fois: un pur non sens!
 
Le Centre agricole Afonso Martinho de Ribeira Grande (CAAM)
Comme Orlando Delgado, il nous apparaît clairement que le Centre agricole Afonso Martinho (photo ci-dessus) de Ribeira Grande est la meilleure proposition pour l’implémentation rapide et au moindre coût de l’ISCTASA. On pourrait, à la limite, accepter un pôle administratif à Porto Novo, pour que les responsables et les administratifs puissent jouir plus facilement des avantages de Mindelo, à une heure de bateau, et des attraits d’une vie moderne citadine. Pourquoi pas? Ce serait cependant favoriser l’égocentrisme propre du personnel dirigeant et administratif au détriment du bien commun et de l’intérêt général, soit le petit confort de quelques uns. Mais pourquoi pas? Par contre, il est impératif de:

  • Limiter les coûts structurels pour de multiples raisons: tout d’abord, que les coûts de fonctionnement de l’ISCTASA soit les plus faibles possibles; ensuite, que l’argent ainsi épargné serve avant tout à l’enseignement, à l’acquisition de matériels pour les plantations ou les élevages, mais plus encore à celui pour les analyses et les laboratoires, car si l’on veut que l’ISCTASA soit utile, réellement utile pour l’agriculture locale, nationale, voire étrangère, elle doit viser la recherche technique de l’étude des sols et de la biodiversité locale, afin d’apporter des solutions et d’éloigner les erreurs passées et actuelles, tout en optimisant les pratiques dans un but de résilience.
  • Concentrer en un lieu l’enseignement et la pratique, ainsi que l’habitation des étudiant(e)s et du personnel technique. Les enseignants, suivant la charge de cours imposée, peuvent, à la limite, habiter plus loin que les sites étudiés et cultivés, que les fermes d'élevage. Mais les étudiant(e)s, eux, doivent impérativement être à proximité immédiate de leurs « champs » d’étude, être au contact direct et quotidien avec la terre ou les animaux qu’ils étudient.
 
Pourquoi le Centre agricole Afonso Martinho (CAAM) plutôt qu'un autre? Plusieurs raisons:

  • Parce que, contrairement aux bâtiments mis à disposition par la câmara de Porto Novo, le lieu est déjà prêt et fonctionnel pour l’enseignement et l’expérimentation, comme l'ont confirmé plusieurs techniciens fin août 2021 déjà (web). L’ingénieur agronome et ancien député, Odailson Bandeira, expliquait, pêle-mêle, que le CAAM "dispose d'une salle de conférence, de bureaux, de techniciens qualifiés, d'une cuisine, d'un dortoir, de champs d'essais, d'une banque de matériel génétique, d'une serre hydroponique pour la formation, d'une pépinière pour les légumes, d'une pépinière pour les arbres fruitiers, d’un centre de transformation agro-alimentaire, de laboratoires, d’une pharmacie vétérinaire (dispõe uma sala de conferências, gabinetes, técnicos qualificados, cozinha, dormitório, campos de ensaio, banco germoplasma, estufa hidropónica para formação, viveiro para hortícolas, viveiro para fruteiras, centro de transformação agro-alimentar, laboratórios, farmácia veterinária)".
  • Parce que l’agriculture sur Santo Antão est essentiellement dans des vallées (celles de Paúl et Janela, ainsi que le cratère de Cova, dans le concelho de Paúl; celles de Chã d’Igreja, Coculi, Corvo, Châ de Pedras, Figueiral, Xoxo, etc. dans le concelho de Ribeira Grande, ou encore celle de Ribeira da Cruz, Chã de Morte / Lagedo, Ribeira das Patas, Tarrafal de Monte Trigo et Monte Trigo, pour le concelho de Porto Novo). L’importance de ces vallées tient uniquement à l’abondance d’eau. Or, le concelho de Porto Novo est avant tout un désert où on cultive des pierres, des chèvres et peut-être un aéroport, au contraire de ceux de Ribeira Grande et Paúl, où l’agriculture est plus dynamique et productive. Donc il paraît logique que l’enseignement prodigué par l’ISCTASA soit au plus proche de là où on fait l’agriculture locale, dans les vallées à eau, et non dans des plantations forcées en plein désert (comme au quinta São João Baptista, qui, par ailleurs, à été remis à une entreprise privée et qui devra donc être "récupéré"), alors même que la sécheresse sévit depuis plus de 5 ans et que le concelho de Porto Novo est en grand déficit d’eau pour la population et pour l’agriculture. Si bien que le président de la cãmara de Porto Novo travaille assidûment et avec une insistance rare pour que les eaux de Santo Antão soient traitées par une seule structure centralisée (si possible à Porto Novo, où l’eau est pour l'heure désalinisée, avec tous les coûts énergétiques que cela engendre). Ainsi il pourra prendre de l’eau qu’il n’a pas à Paúl et à Ribeira Grande, pour les distribuer à la population grandissante de Porto Novo, ainsi qu'aux resorts à venir et aux innombrables élevages de chèvres qui maintiennent le désert sahélien, et ce, au détriment des habitants et des producteurs de deux autres concelhos qui possèdent la dite eau.
  • Le contact direct avec les agriculteurs et les éleveurs locaux est primordial pour comprendre les défis à relever, les calamités à endiguer (mil pès, chenille-cartouche du maïs, etc.), et proposer aussi, en parallèle, aux dits agriculteurs, d’essayer de nouvelles techniques (dont la permaculture qui cultive sur le sol et non dans le sol, et dont on sait aujourd’hui que c’est l’agriculture qui a le meilleur rendement, en particulier car sans aucun intrant ni machine agricole à énergie fossile, ainsi que cela a été montré par l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (INRAE), en France. Sur des données récoltées pendant plusieurs années dans une ferme modèle,  il est apparu qu'une ferme en permaculture de 1'000 m2 (plus 300 m2 de chemins, etc.), sans aucune machine à énergie fossile, produit autant qu'une ferme traditionnelle (avec culture du sol) de 10'000 m2 (soit un hectare), bio ou non (web). Cela donne à réfléchir, d'autant plus lorsque l'on sait que la qualité nutritive des aliments ainsi produits est supérieure. Au Cabo Verde, où la terre cultivable est rare, c'est un plus certain. Par ailleurs, étudiants – enseignants ET agriculteurs - éleveurs volontaires pourront travailler en symbiose, en parallèle ou en commun, sur la résilience et le développement de la productivité agricole sur l’île, afin de transmettre les solutions trouvées in fine aux autres îles de l’archipel. L’ISCTASA ne doit en aucun cas être clos sur lui-même, mais s’ouvrir largement et généreusement sur l’extérieur, le monde agricole local qui pratique l’agriculture tous les jours. Une classe pratique à Porto Novo est trop excentrée de là où l’on produit concrètement les fruits, les légumes, les céréales et autres légumineuses. Les étudiants seront en ville et non à la campagne, dans les champs, à se salir les mains avec la terre, à être au contact réel avec la biodiversité, animale ou végétale. Ils seront moins aptes à comprendre les techniques ancestrales utilisées (qui ont leur raison d’être par l’expérience de dizaines de générations successives qui ont pu expérimenter tout à loisir), à communiquer avec les agriculteurs d’aujourd’hui, à imaginer des solutions, à proposer des expérimentations ou de nouvelles techniques moins énergivores, plus productives, plus adéquates à la situation actuelles de l’agriculture et du climat changeant. En ville, à Porto Novo, les étudiants n’auront de la pratique que les bases dispensées une ou deux fois par semaine sur un site pratique restreint. En les impliquant directement dans le milieu, ils pourront être plus conscients des challenges et des besoins, de la réalité des choses, et des résultats positifs ou négatifs. Leurs travaux de recherche (rapports de stage, mémoires de licence ou de maîtrises, ou thèses de doctorat) et leurs expériences pratiques s'en ressentiront positivement.
  • Le CAAM est déjà un centre important pour l’analyse physico-chimique et écotoxicologique du grog (le rhum local fabriqué à partir de la canne à sucre), et à terme de l'eau. La canne à sucre est, elle, de facto, l’une des principales cultures agricoles de l’île qu’on trouve essentiellement dans les concelhos de Ribeira Grande et Paúl.
  • Il est vrai que le concelho de Paúl (qui ne signifie pas le concehlo de saint Paul, mais le concelho luxuriant) est d’une part "au centre", entre Porto Novo et Ribeira Grande, qu’il est beaucoup plus riche en eau et donc verdoyant, que la production agricole y est abondante et généreuse, qu’il possède en plus l’Institut botanique dans le premier site touristique de l’île:  le cratère de Cova, et donc, il aurait toute légitimité à prétendre accueillir l’ISCTASA. Mais le centre et le campus serait à construire ou à adapter dans des locaux existants, tout comme à Porto Novo.
Au regard de cela, il apparaît clairement que situer, aujourd’hui, l’ISCTASA au CAAM est la meilleure et la plus logique des propositions. Avec le temps, l’UTA et le Ministère de l’éducation pourront toujours revoir la copie et avancer sur d’autres sites ou projets plus spécifiques. Mais pour une ISCTASA opérationnelle, suffisante et de qualité, susceptible de pouvoir accueillir, dans des délais extrêmement courts, la première session 2022-2023, et ce, au moindre coûts, aucun site n’est plus propice que celui du Centro agrícola Afonso Martinho de Ribeira Grande.


Pourquoi favoriser la permaculture plutôt que l'agriculture conventionnelle ou l'agriculture traditionnelle BIO au Cabo Verde?
C'est une question légitime qui doit être posée. L'agriculture conventionnelle (celle des multinationales de l'agro-business et des OGM) à l'immense avantage d'être quantifiable en amont. Lorsqu'un exploitant agricole, qui attend un rendement toujours supérieur et vise le seul profit (en opposition à l'agriculteur ou à un paysan plus attentif à la terre, à la qualité du produit) sème des semences sur un terrain généralement de plusieurs dizaines, voire centaines d'hectares, grâce aux expertises et études des multinationales de l'agro-business, il sait approximativement ce qu'il va récolter. La météo et les cataclysmes climatiques (tempêtes, grêle, canicules, etc.) peuvent certes fortement changer la donne, mais en général, l'estimation avancée est correcte. Plus encore, il sait également quelle quantité de produits phytosanitaires (issus du pétrole) il doit utiliser chaque jour, chaque semaine, etc., car les mêmes entreprises qui lui vendent ces produits, lui transmettent les données et les quantités à utiliser chaque jour, en fonction de la météo. Pour les politiciens et les administrations publiques, les bénéfices de pouvoir savoir à l'avance la production a un très net avantage: prévoir. C'est, en plus de l'emploi et des entrées fiscales, la raison principale de l'attachement des politicien(ne)s, généralement issu(e)s des Trente glorieuses, période où la consommation n'avait que des avantages, que l'on retrouve à la tête des gouvernements, des ministères, des parlements actuels. Mais ce genre d'agriculture aujourd'hui est totalement remise en cause par les jeunes générations et les populations, car elle ne tient absolument pas compte de la biodiversité (qu'elle a anéanti à vitesse grand V), de la dégradation des sols (en février 2022, la FAO a rendu un rapport selon lequel elle estime que ce sont "près de 70% des sols européens qui sont dégradés" (web), de l'épuisement des ressources (en eau, en pétrole, etc.), de l'impact sur le réchauffement climatique, aujourd'hui inévitable. Dans le rapport de l'ONU paru fin avril 2022, intitulé Global land outlook. Land restauration for recovery and resilience, le constat est extrêmement clair: "À l'échelle mondiale, les systèmes alimentaires sont responsables de 80 % de la déforestation, de 70 % de l'utilisation de l'eau douce et sont la principale cause de perte de biodiversité terrestre. Dans le même temps, la santé des sols et la biodiversité souterraine - la source de presque toutes nos calories alimentaires - ont été largement négligée par la révolution agro-industrielle du siècle dernier (Globally, food systems are responsible for 80% of deforestation, 70% of freshwater use, and are the single greatest cause of terrestrial biodiversity loss. At the same time, soil health and biodiversity below ground – the source of almost all our food calories – has
been largely neglected by the industrial agricultural revolution of the last century)." (web) Par "la révolution agro-industrielle du siècle dernier", il faut simplement comprendre "par l'agriculture conventionnelle de la Révolution verte". Merci Bayer-Monsanto-ChemChina, Dupont, Syngenta, Novartis and Co, et tous les accords de libre-échange étatiques ou, en Europe, des PAC, toujours favorables à ce genre d'agriculture intensive et destructrice! Le dit rapport onusien de poursuivre: "La restauration des terres est une responsabilité partagée - chacun a un rôle à jouer car chacun a un intérêt dans l'avenir. Les gouvernements, les entreprises et les collectivités peuvent restaurer ensemble en recherchant la convergence et la complémentarité. Les priorités environnementales et de développement peuvent être gérées de manière responsable pour créer une mosaïque d'utilisations des terres plus saine et plus durable sans compromettre les besoins et les aspirations des générations actuelles et futures (Land restoration is a shared responsibility – everyone has a role to play because everyone has a stake in the future. Governments, businesses, and communities can restore together by seeking convergence and complementarity. Environmental and development priorities can be responsibly managed to create a healthier and more sustainable mosaic of land uses without compromising needs and aspirations of current and future generations)".
La culture traditionnelle BIO va dans ce sens. Mais si elle rejette les intrants chimiques, elle maintient la culture du sol (les labours) et donc, quoique dans des proportions nettement moindre que l'agriculture conventionnelle, une diminution de la biodiversité (des sols tout du moins) et une augmentation de l'érosion. Cependant, elle a l'avantage de proposer des aliments plus sains, de meilleure qualité nutritionnelle, de malgré tout mieux respecter l'environnement, de moins participer au changement climatique et de pouvoir être rentable, même sur de petites parcelles.
La permaculture, elle, rejette tout travail du sol (les labours) et tout intrant chimique. Elle préconise que les sols soient couverts de végétation en permanence afin d'éviter leur érosion due aux pluies et aux vents, mais également de laisser le vivant (les bactéries, les champignons, la micro-faune...) faire son travail. Pour cela, elle s'inspire du modèle de la forêt qui est le modèle optimum pour les plantes et la bio-diversité, en particulier dans les zones tempérées où, si on laisse un champ en friche, il finit immanquablement par redevenir une forêt. Enfin, elle est particulièrement adaptée aux petites surfaces agricoles, car elle n'emploi aucune machine à énergie fossile. Tout se fait uniquement à la main.
On commence à comprendre pourquoi le Cabo Verde doit privilégier ce genre de culture, de manière progressive et ordonnée.
Mais reste à savoir pourquoi le Cabo Verde doit viser la résilience au niveau agricole (agriculture et élevage). On peut synthétiser la situation comme suit:
  • 80% de la nourriture au Cabo Verde est importée (web). Donc, le Gouvernement actuel et les suivants doivent impérativement développer les techniques agricoles qui permettent d'améliorer concrètement la sécurité alimentaire du pays. La dernière grande famine y remonte à moins de trois quarts de siècle! (web)
  • Avec la pandémie de Covid-19 qui a paralysé l'économie mondiale, la guerre en Ukraine qui a fait flamber les prix des denrées alimentaires, des produits de première nécessité et des carburants, on voit bien que l'approvisionnement de l'archipel est constamment "à risque". Pour être franc et réaliste, le Cabo Verde ne peut exister sans aide massive étrangère. Et nul ne sait quelle sera la prochaine pandémie et son impact, ni même la prochaine guerre, sans parler du changement climatique. Donc, il est impératif que le peuple caboverdien et le monde politique qui le gouverne fassent en sorte d'utiliser au mieux les ressources disponibles, mêmes si celles-ci sont modestes (web). Plus l'agriculture du pays sera résiliente, moins la population souffrira des aléas des politiques mondiales et des marchés financiers. La permaculture est la plus adéquate des agricultures en ce sens pour le Cabo Verde. Elle a pour but de respecter l'environnement et donc lui permettre de se reconstituer. La Nature par chance est fortement résiliente, pour autant qu'on ne l'ai pas complètement détruite.
  • L'eau est un des problèmes majeurs de l'agriculture de l'archipel. Si on privilégie l'agriculture conventionnelle et en particulier les OGM, il faudra toujours plus d'eau, donc de centrales de désalinisation, donc d'énergie. Or, l'énergie est un autre problème majeur auquel doit faire face le Gouvernement aujourd'hui déjà. Le Cabo Verde a atteint les limites financières de ce qu'il peut importer en matière d'énergie fossile. Le développement progressif de l'énergie solaire ou éolienne est un pas en avant, mais n'est de loin pas suffisant pour subvenir aux besoins croissants. D'après les informations transmises à l'ONU, le gouvernement caboverdien souhaite atteindre plus de 50% d'énergie renouvelable d'ici à... 2030 (web). Mais cela reste un souhait. Ce n'est de loin pas une réalité. Aussi, on voit bien que la solution n'est pas pérenne. L'agriculture hors-sol, qui voudrait remplacer l'agriculture conventionnelle et maintenir l'hégémonie de l'agro-business, n'est pas acceptable non plus, car elle est gourmande en énergie et surtout produit des denrées à très faible valeur nutritive, essentiellement car l'agro-business préfère l'aspect visuel, vendeur, à la qualité gustative, donc nutritionnelle (les deux vont de pair) des produits. Les hybrides pourraient mettre en avant l'apport nutritionnel, mais ce serait au détriment de l'aspect calibré ou de la résistance au transport, donc contraire à la santé du marché mondial. De son côté, l'agriculture BIO, associée au goutte-à-goutte fortement développé actuellement par le Gouvernement, pourrait convenir, mais comme on vient de le voir, elle ne permet pas une régénération des sols et de la biodiversité. La permaculture, elle, nécessite moins d'eau, car elle travaille en bonne partie avec un renouvellement régulier de matière organique "fraîche". Les "planches" de 1,20 m de large environ, espacées de passages de 30 cm pour éviter le tassement du sol, sont en effet composées de matière organique, parfois empilés sur le modèle des lasagnes, suivant l'approche de Patricia Lanza (web), qui doit être décomposée progressivement (web). Dans le cas du Cabo Verde, les sols ont été fortement dégradés au cours des siècles par des cultures peu variées et répétitives, peu d'apports d'engrais (naturels ou chimiques), sans oublier une forte érosion due à la mise à nu systématique des sols. Très souvent, les caillous sont rois. Rares sont les endroits où l'on trouve de l'humus en quantité suffisante. Notons que la mode de la permaculture actuelle est associée à la structure en forme de butte qui, suivant les modèles prônés par Philip Forrer ou Emilia Hazelip, comprennent en leur base des morceaux de gros bois qui doivent lentement transmettre l'eau qu'ils contiennent aux plantes qui poussent sur la planche. Or, cette approche ne vaut que dans des cas de forte dégradation des sols ou des pays très sec, comme c'est le cas dans le Sahel ou au Cabo Verde en général. Mais elle peut s'avérer contre-productive pour le simple fait de la chute du taux d'oxygène que le bois peut provoquer par l'activité des micro-organismes décomposeurs, donc "un risque accru d'acidification et d'hydromorphie, ce qui n'est pas favorable ni à l'activité biologique ni à la fertilité". Grosso modo, il faudrait, dans l'idéal, suivre le modèle de la forêt, soit une superposition de couches de matière organique régulièrement rafraîchies par une nouvelle chute de feuilles. La règle de base, en permaculture, reste: ne jamais enfouir de la matière organique dans un sol, mais la déposer sur le sol afin "qu'elle puisse être transformée en humus par les organismes de surface avant d'être entraînée dans les profondeurs du sol par les eaux pluviales, où les éléments nutritifs seront aspirés au passage par les racines des arbres pour se nourrir" (web). Donc le système ainsi créé est pérenne, pour autant qu'on respecte scrupuleusement le "paillage", soit le fait de couvrir continuellement le sol de la planche pour éviter l'évaporation et l'enrichir régulièrement de nouveaux éléments organiques. C'est la seule véritable contrainte. L'adjonction de bois doit être faite avec précaution et après mure réflexion, en fonction des situations.
  • Les cultures au Cabo Verde sont essentiellement effectuées sur des terres en pente, à forte déclivité, que les générations antérieures ont patiemment restructurées sous forme de terrasses qui, cependant, se perdent aujourd'hui faute d'entretien. Les surfaces cultivées sont donc de petite, voire très petite taille. Les machines agricoles à combustion fossile ne servent à rien, car trop lourdes, trop grandes, inadaptées, etc. Par ailleurs, les murs de ces terrasses doivent être entretenus régulièrement sous peine de s'ébouler, en particulier à la suite des pluies torrentielles de la saison des pluies (fin de l'été et automne au Cabo Verde). La permaculture, en maintenant en permanence une couverture herbacée, favorise le maintien des murs et de la terre, et évite l'érosion très active des sols durant la saison des pluies (web). Elle est aussi la plus appropriée pour les petites surfaces comme les terrasses caboverdiennes.
Pour toutes ces raisons, la permaculture est le type d'agriculture à privilégier dans l'archipel, car elle est favorable à une agriculture résiliente et une sécurité alimentaire optimisée, nécessitant peu de travail des sols et d'apports, en particulier d'eau et d'engrais.

Enseignement et recherches à l'ISCTASA: une question de choix!
Au vu de tout ceci, reste la question des axes à choisir pour un enseignement de qualité et une formation d'ingénieurs agronomes ou de technicien(ne)s qualifié(e)s utiles au développement du pays.
Un institut universitaire se doit non seulement de former les générations futures, mais également de faire de la recherche pratique. Dans le cadre de l'agriculture, les possibilités sont quasi infinies. Alors quelles recherches, quels pôles devraient activer et développer l'ISCTASA?
Inutile de dire que les lobbies de l'agro-alimentaire, voire de la pétrochimie, viendront proposer de l'argent pour des chaires universitaires visant la poursuite du modèle de la Révolution Verte, l'agriculture conventionnelle, favorisant les intrants chimiques (issus du pétrole), tels que les herbicides, fongicides, pesticides et engrais chimiques, voire les techniques OGM ou apparentées. Ce serait un choix extrêmement préjudiciable et critiquable. Les Caboverdien(ne)s le comprendront mieux que quiconque: mieux vaut être libre et pauvre que bien doté et tenu par des chaînes!
Aujourd'hui, comme le déclare le rapport de l'ONU, il n'y a plus aucun doute sur la nocivité de l'agriculture intensive conventionnelle sur les sols et la biodiversité, et sur le fait qu'elle ne nourrit pas la planète. Son but premier est de favoriser la richesse, l'argent. C'est un fait et non une idéologie gauchiste, n'en déplaise à certains lobbyistes qui doivent fulminer en lisant ces lignes. En effet, d'après la FAO, l'agriculture "multinationale" ne nourrit pas la planète, contrairement à ce que celle-là affirme par l'intermédiaire des dits lobbyistes. C'est l'agriculture paysanne ou traditionnelle, généralement faite par des femmes, qui représente à elle seule plus de 70% de la production alimentaire mondiale (web). Plus encore, d'après une étude scientifique récente, une agriculture 100% biologique pourrait nourrir la planète d'ici à 2050 (web). Mais il faut du temps pour effectuer le changement. Les révoltes au Sri Lanka de cette semaine montrent à quel point il faut entreprendre le changement avec intelligence et réflexions. On n'entre pas dans une agriculture BIO en un an comme l'a imposé le gouvernement sri-lankais. D'où la colère des paysans qui sont pourtant en faveur du BIO. Il faut du temps pour modifier les comportements, les gestes, les mentalités. Pour le reste, dans les faits, l'agriculture conventionnelle ne sert qu'à engraisser les boeufs et les moutons, pour que les populations des pays riches puissent manger plus de viande, si possible chaque jour. Or, les Caboverdiennes le savent bien: il n'est pas nécessaire ni utile de manger de la viande tous les jours. Si vous avez des doutes, regardons les plats principaux cuisinés traditionnellement par les femmes caboverdiennes pour leur famille:
  •  la catchupa: un plat à base de maïs et de haricots secs, cuisiné avec de la viande ou du poisson, voire végétarien, suivant ce qui est disponible dans les placards et les frigos. Mijotée longuement durant la journée, la catchupa est servie le soir sous forme de soupe. Puis, le lendemain, le liquide étant absorbée, on la sert revenue à la poêle, au petit-déjeuner ou à la collation de 10h pour les ouvriers avec, généralement, un oeuf au plat
  • la feijoada: un plat à base de haricots secs et généralement de chorizo ou de poulets, que l'on sert avec du riz
  • les lentilles: un plat à base de lentilles sèches et généralement de chorizo ou de poulets, que l'on sert avec du riz
La viande n'est pas l'ingrédient principal ni essentiel. Si on y trouve du poulet ou du chorizo ceux-ci sont en très petites quantités pour donner du goût ou un peu de texture. Les ingrédients principaux sont... les légumineuses et les céréales (web). Or, pour autant qu'on y ajoute le riz (ce qui est toujours le cas au Cabo Verde, le riz remplace le pain français), les légumineuses ont un apport nutritif équivalent à celui du boeuf, en particulier en acides aminés essentiels (web). Donc les Caboverdiennes ont très tôt compris comment bien se nourrir sans viande (web).
Par ailleurs, en ces temps complexes de changement climatique dynamique et problématique, les OGM et l'agriculture "multinationale" s'avèrent non résilientes. Elles sont incapables de s'adapter rapidement et efficacement aux changements climatiques. Pire, par la détérioration des sols qu'elles provoquent et la destruction massive de la biodiversité, elles entraînent une croissance des nuisibles (végétal ou animal) et donc, l'emploi toujours plus important d'intrants qui s'avèrent dès lors dangereux pour l'humain. On retrouve des pesticides dans tous les aliments aujourd'hui, ce qui est un problème majeur de santé publique puisqu'il vient d'être montré, fait étonnant, que les pesticides sont cause d'obésité chez l'humain et favorise le diabète de type 2, comme l'a expliqué, en 2018, le Centre européen d'étude du diabète, le CEED (web).
Il faut donc, comme on vient de le voir et suivant les recommandations de l'ONU, regarder vers d'autres horizons, plus respectueux de l'environnement, mais surtout plus en adéquation avec les "techniques" offertes par la Nature, que l'humain n'a pas égalées à ce jour. Rien n'est plus productif et qualitatif que les forêts. Un fruit récolté en forêt est beaucoup plus nutritif qu'un même fruit cultivé en plein champ, qui les plus que celui cultivé en hors sol ou sous serre. Et c'est de ce constat que part la permaculture comme l'explique très clairement Philip Forer  (web), un des chantres de ce type de culture sur le sol. La permaculture promeut le non travail absolu des sols qui implique le retour du vivant, en particulier des vers de terre, indispensables à leur aération, ainsi que les réseaux de champignons indispensables au développement des plantes (voir illustration ci-dessus, - web).

Aussi, pour nous, les cours de l'ISCTASA doivent viser les axes suivants:
  • Outre une formation générale en agriculture et biologie végétale - animale, elle doit axer son travail principalement sur la résilience de l'agriculture locale qui passera impérativement, considérant les ressources disponibles, par la permaculture. Il n'y a pas d'autres choix possibles à moyen et long terme au Cavo Verde si on veut des résultats probants à moindre coûts. A court terme, l'agriculture conventionnelle pourrait fonctionner, mais détruira définitivement toute vie sur les terres agricoles caboverdiennes qui deviendront dès lors un immense désert inhabitable, car même les eaux de sources seront polluées par les intrants et autres produits chimiques, et toute l'alimentation, voire l'eau, devra être importée, ce qui n'est pas tenable pour un pays, ne serait que financièrement ou politiquement. Notons enfin qu'au Cabo Verde, il n'existe pas de stations d'épurations. Le "tout à l'égoût" local n'est rien d'autre qu'un "tout à l'océan".
  • De toute urgence, un état des lieux de l'état des sols sur Santo Antão est à faire (web). Afin de pouvoir avoir une idée des possibilités agricoles, il est en effet nécessaire de savoir comment se portent les bactéries, les champignons, la micro-faune partout où la terre est cultivée (web), mais aussi si les sols sont argileux, sablonneux, calcaires etc. Une fois ce portrait précis dressé, alors seulement, il pourra être décidé quelles approches expérimenter, développer, avec quel(s) moyen(s), etc. De plus, d'une manière générale, les agriculteurs caboverdiens considèrent tous les insectes (ou presque, on pense aux abeilles) comme des nuisibles susceptibles de ruiner leur travail. Or, il n'en est rien. Les insectes, en particuliers les vers de terre, les cloportes, les baratas ou cafards, sont indispensables à la fertilisation des sols (pdf). C'est pourquoi une étude préalable de l'état des lieux doit impérativement être faite en amont de toute recherche pour savoir où on en est concrètement aujourd'hui (web).
  • L'eau doit être un autre axe de recherche, car elle est rare et la multiplication des centres de désalinisation n'est pas souhaitable considérant la quantité d'énergie considérable qu'ils ingurgitent. Mais également, on l'oublie trop souvent, le rejet de la saumure dans l'océan, dont on ignore totalement l'impact à court, moyen et long terme. Une étude parue en janvier 2019 dans la revue Science of the total environment (web), menée par Edward Jones et son équipe, estimait que "les près de 16'000 usines en activité rejettent chaque jour 142 millions de m3 de saumure, 50% de plus qu'on ne l'estimait jusqu'ici: de quoi couvrir la Floride de 30 cm en un an!" web). En moyenne, pour 1 litre d'eau pour la consommation humaine traitée par une usine de désalinisation, on rejette 1,5 litre de saumure! Or, au Cabo Verde, 80% de l'eau consommée par la population provient déjà de la désalinisation. Elle coûte en énergie 4 kWh par m3, soit une très grande consommation d'énergie essentiellement fossile, qui imposera forcément des limites financières (web). Aussi, ces usines ne doivent pas être vues comme une solution technologique pour lutter contre le problème toujours croissant de manque d'eau, mais comme une aide, un supplément à d'autres approches moins nocives pour l'environnement et les finances publiques  (web). Pour économiser l'eau, le Gouvernement caboverdien (un bon point pour lui) développe massivement le goutte-à-goutte (en tout cas sur Santo Antão). L'eau n'est ainsi plus gaspillée comme dans l'agriculture traditionnelle qui irriguait un terrain pendant deux ou trois heures, à grandes eaux, impliquant une très grande déperdition d'eau par évaporation. Par contre, il entend cette année multiplier les forages pour puiser l'eau dans les nappes phréatiques (web). C'est un exercice dangereux, car que se passera-t-il lorsque ces nappes ou sources seront épuisées, d'autant plus si c'est pour l'agriculture et l'élevage et non pour la consommation humaine? Il pourrait et devrait plutôt développer la captation des sources d'eau douce qui se perdent dans la mer. Là, le potentiel pourrait être intéressant et on ne toucherait pas aux ressources en eau, mais au "trop plein". Il ne faut jamais oublier que proposer de grandes quantités d'eau à l'agriculture, c'est entraîner de facto un gaspillage. Or la ressource eau est précieuse!
  • On la vu, la permaculture prône la couverture constante des sols. Le "paillage" (web), qui vient du recouvrement du sol par l'application de la paille, soit la tige des céréales (blé, avoine, seigle, orge, etc.) après la récolte, en est la base. Or, au Cabo Verde, pas de culture de céréales, le maïs mis à part, ni d'herbes de tonte qui fait un bon complément de paillage. Mais, en revanche, sur l'île de Santo Antão, on dispose d'une grande quantité de fibres de canne-à-sucre, la bagasse, après récolte de la mélasse utile à la fabrication du grog. Grosso modo, à partir d'une tonne de canne à sucre, on obtient entre 250 et 320 kg de bagasse. Autres plantes: les bananiers qu'on retrouve à foison dans toutes les vallées à eau. Ceux-ci sont en effet coupés une fois le régime de bananes récolté. L'ISCTASA pourrait donc étudier l'intérêt et l'apport des ces types locaux de "paillages", en expérimentant différents degrés de broyage des fibres de canne-à-sucre ou des feuilles de bananier (grossier, moyen, fin, poudre etc.). Voir, également, si les troncs de bananiers ne pourraient pas jouer le même rôle que les billes de bois posées à la base des "planches" en forme de butte, à même le sol. On pourrait encore considérer la sciure de bois récupérée, par exemple, chez les menuisiers, pour autant que le bois ne soit pas traité, etc. Les investigations possibles sont nombreuses et essentielles pour une optimisation de la permaculture adaptée aux conditions climatiques et géologiques de l'archipel. Notons, par ailleurs, que l'emploi de compost s'avère contre productif pour ce type d'agriculture, pour la simple raison que dans le compost l'essentiel de la décomposition est déjà effectuée. Or, la permaculture, c'est l'emploi de la décomposition des matières organiques pour l'alimentation des plantes.
  • L'agroforesterie ou les forêts fruitières peuvent et doivent être un autre champ d'étude par la richesse qu'il apporte en matière de culture   (web). Contrairement à la croyance populaire locale, les arbres ne nuisent pas à l'agriculture en prenant l'eau utile aux semences, mais permettent non seulement de développer l'humidité d'une zone (par la captation par exemple de l'eau des nuages, dans les montagnes, et l'humidité des sols, par la remontée de l'eau souterraine (web)). Pour informer les paysans incultes qui pensent que les acacias sont néfastes, il faudrait juste leur expliquer que les acacias ont le pouvoir extraordinaire de fixer l'azote, donc de favoriser le développement des plantes, eh oui! C'est de la pure inculture! Plus encore, la taille annuelle d'un arbre ou d'un arbuste provoque un stress qui se répercute immédiatement, par ses racines, à toutes les plantes environnantes. Ce stress stimule en fait la croissance. Aussi, le taillage annuel des arbres favorise la pousse des plantes voisines. On pourrait aussi, pour augmenter la résilience de cette permaculture, planter des arbres dont les fruits sont riches en protéines et en lipides. On pense immédiatement aux fruits à coque. Les noix sont très nourrissante et permettent entre autre de fabriquer de l'huile. Les châtaignes, toutes aussi nourrissantes, peuvent être transformées en confiture ou en farine ayant un fort taux de conservation. On pourrait encore parler des noisetiers, des néfliers, etc. Ces arbres résistent bien à la chaleur (on en trouve en Ardèche, en Isère, en Corse ou dans le Cantal sud, en France, où le climat est chaud et sec en été) et pourraient probablement fort bien s'acclimater sur des îles montagneuses comme Santo Antão, São Nicolau ou Santiago. Quid des oliviers (qu'on trouve cultivés dans les pays du Sahel, mais pas au Cabo Verde, lui-même inclus dans la zone sahélienne). Ou encore des vignes, dont on imagine très bien le potentiel économique, mais qui s'avère être une culture difficile, car très sensible aux maladies. Quoi qu'il en soit, pour conclure sur l'importance des arbres sur le climat, il suffit de prendre l'exemple de la Fondation Terra, dans la Vale do Rio Doce, au Brésil (web), créée par le photographe franco-brésilien Sebastiõ Salgado et sa femme Lélia Deluiz Wanick Salgado. Leur projet est un exemple parfait de l'impact que peut avoir la plantation d'arbres, comme le montre le montage photographique "avant-après" sur le site web de la Fondation web - en portugais). En à peine dix ans, la savane quasi aride de la Mata Atlântica où ils vivaient est devenue une terre arborée riche en eau. Wim Wenders relate, en image, cette évolution des terres dans la dernière partie de son film Le sel de la Terre  (2014).
  • Les "pragas" ou les calamités provoquées par les insectes sur l'agriculture locale sont connues. La plus nuisible sur Santo Antõ est celle des mil pés (Banderemica caboverdus, anciennement Spinotarsus caboverdus) qui sont à l'origine du blocus imposé depuis plus de 40 ans à l'île de Santo Antão, qui ne peut exporter sa production agricole que sur São Vicente, l'île voisine, elle même atteinte de ce fléau. Or, l'approche des ces mil pés a été erronée au départ. On a pensé qu'il suffirait de trouver le bon pesticide pour régler le problème. Or, plusieurs pesticides se sont avérés efficaces, mais, car il y a un mais, le mil pés vivant dans des zones humides, l'emploi intensif de ces pesticides risquerait d'avoir des effets négatifs sur l'eau et la santé humaine. D'où l'impasse... Les Serviços de protecção vegetal da direcção-geral de agriculture, silvicultura e pecuária (DGASP) sont conscients du problème et se sont lancés dans des recherches de bio-écologie des mil pés., pour l'heure sans résultat  (web). Les questions principales, outre celle de savoir d'où vient cet insecte (on l'ignore encore aujourd'hui), sont: qu'est-ce qui a provoqué la prolifération de cet arthropode invasif et surtout quel(s) serai(en)t ses potentiels prédateurs. En cherchant la cause de sa prolifération et en analysant pourquoi les prédateurs naturels ne sont pas au rendez-vous et quel(s) type(s) de prédateurs pourraient être efficaces, on trouverait déjà un début de solution. Si les mil pés ont pris autant de place, c'est que la dite place était libre et qu'ils n'avaient rien à craindre! Il en va de même de la chenille-cartouche du maïs qui fait des ravages sur l'île de Santo Antão depuis quelques années. C'est ce genre de recherches qui seraient utiles à l'agriculture locale et qui pourrait être développées par l'ISCTASA, en collaboration avec des instituts publiques tels que les DGASP, ou des associations indépendantes, locales ou étrangères, actives sur l'île, telles l'Associação para a defesa do património de Mértola (web), du Portugal, ou la Missão da expertise France (web). Et vu qu'on avance la permaculture comme solution viable pour l'agriculture caboverdienne, il serait intéressant d'étudier comment se comportent les mil pés dans les planches de permaculture. Vont-ils se développer et ruiner les efforts ou, au contraire, vont-ils être limités par la concurrence, voire l'apparition d'un prédateur ou d'un parasite?
  • Les engrais naturels pourraient être encore un autre centre d'intérêt et de recherche. Nous avons parlé de l'urine, ressource naturelle, gratuite et inépuisable, mais aussi du guano de poule. On pourrait envisager d'utiliser celui de l'élevage de poulets de Mindelo et voir comment l'appliquer dans l'agriculture locale, dans quelles proportions, avec quels résultats, pour quels types de cultures. Les déchets de poisson pourraient être un autre engrais accessible de manière abondante et à peu de frais, avec par exemple les industries Frescomar de Mindelo ou celle de la Sucla, à São Nicolau. Ou, plus traditionnelle au Cabo Verde, la pulghère dont les graines permettent d'obtenir de l'huile, mais également un engrais autrefois exporté en Europe, et dont la culture ne nécessite que peu de travail tant la plante est acclimatée aux îles montagneuses de l'archipel  (web). En conclusion, l'ISCTASA doit avoir comme objectif de trouver et développer des solutions locales pour des problèmes locaux en tout premier lieu, et ce, aux coûts les plus faibles.
  • Le choix des cultures et des semences: en regardant ce qui était cultivé dans les temps anciens (tels les melons qui étaient exportés du Cabo Verde vers le Portugal, mais aussi la pulghère, le café ou les bananes), on peut envisager de redémarrer ou développer ce genre de cultures, mais suivant des procédés modernes. Les figues de barbarie seraient aussi une culture de premier choix dans des zones désertiques comme le sud de Porto Novo. En effet, la culture en est simple, peu coûteuse en eau et en travail. Les fruits peuvent servir à l'alimentation, mais plus encore les graines sont à la base d'une huile très rare et très recherchée dont le litre tourne autour des 1'000$ actuellement sur le marché cosmétiques. En effet, il faut 1 tonne de fruits (1'000 kg) pour produire 1 litre d'huile (web). Quoi qu'il en soit, le choix des semences est lui aussi primordial et doit faire l'objet d'études combinées avec le travail des agriculteurs et paysans locaux. Il faut avant tout privilégier les semences dites "paysannes" au détriment des semences hybrides ou OGM, car elles sont réutilisables. Les agriculteurs peuvent, en effet, utiliser une partie de la récolte pour les semis de l'année suivante. Les semences hybrides vendues par l'industrie agro-alimentaire sont toujours stériles, donc utilisables qu'une seule fois. Elles nécessitent donc un achat annuel auprès des fournisseurs, achat qui nuit fortement à la rentabilité des fermes agricoles. Pire, les OGM nécessitent toujours plus d'intrants que ce soit les engrais chimiques ou les pesticides, fongicides et autres herbicides, qui sont de plus en plus appliqués en cocktail sur les cultures, sans que l'on ne connaisse l'impact réel sur la santé humaine. Un retour aux semences pionnières, paysannes, est nécessaire pour la pérennité des entreprises agricoles de l'archipel (de petites ou très petites tailles), mais également et surtout pour la résilience de l'agriculture de l'archipel. L'agriculture du Cabo Verde doit être la plus indépendante des industries agro-alimentaires et des marchés financiers possible. Par ailleurs, les semences traditionnelles s'adaptent beaucoup plus facilement aux variations climatiques (grâce à l'hybridation naturelle en particulier) et ne sont pas limitées dans leur utilisation dans le temps. Elles sont aussi plus riches nutritivement et qualitativement. Elles n'ont pas pour vocation de produire des denrées destinées au marché mondial, résistantes aux frigos et aux transports, ni non plus devoir répondre à un calibrage standardisé d'après un cahier des charges aberrant.
  • Enfin, l'agriculture et son développement peut également servir à l'industrie et au tourisme. On pense par exemple aux teintures naturelles. Celles-ci étaient très utilisées par le passé, mais ont été complètement délaissées depuis. Or, l'ISCTASA pourrait permettre un nouvel essor de ces teintures naturelles, à partir de lichens et de plantes locales. En collaboration avec les personnes âgées, dont quelques unes ont encore en mémoire les pratiques et les techniques utilisées, on pourrait envisager une section qui développerait la recherche en ce sens, afin d'une part, de promouvoir la culture des dites plantes, mais aussi leur transformation en teinture, puis en objets manufacturés vendus dès lors dans les circuits touristiques, comme artisanat local respectueux de l'environnement.
Ce ne sont là que quelques pistes. Il en existe d'autres (plantes médicinales, plantes endémiques, plantes aromatiques (lavandes, thym, romarin, laurier...), etc.), mais pour l'ouverture de  l'ISCTASA peut-être faut-il se focaliser sur quelques unes, les plus essentielles et les plus utiles à la population et à l'industrie ou l'artisanat local.
L'important, d'après nous, est que l'ISCTASA prenne bien en compte les changements idéologiques actuels véhiculés par le changement climatique et les préconisations du GIEC et de l'ONU, ainsi que les attentes de la population, en particulier les jeunes qui se veulent, dès à présent, plus respectueux de l'environnement et plus attentifs au monde dans lequel ils vivent. Autrement dit,  l'ISCTASA doit enseigner et développer la recherche dans des secteurs hors énergies fossiles, donc peu énergivores, ce qui implique une distanciation volontaire et concrète avec les multinationales de l'agro-alimentaire. La permaculture est indéniablement la culture de demain. Elle est pérenne, simple, efficace, peu énergivore, respectueuse de l'environnement et de la santé humaine et, important, productive.
Plus encore, l'ISCTASA doit impérativement collaborer avec les agriculteurs et les éleveurs locaux, les impliquer dans les projets de recherche, sous peine de voir les résultats de ces mêmes recherches et autres expériences vouées aux placards de l'Institut. Il ne sert à rien de produire des technocrates destinés à l'administration publique, car ceux-ci, non intégrés et peu en phase avec les attentes du monde paysan, se heurteront à un mur. La règle est toujours la même: les producteurs adopteront les résultats scientifiques seulement si ils en sont partie prenante et se sentiront concernés (ou alors que cela leur rapporte de l'argent)! Dans le cas contraire, la réponse sera un "oui chinois" qui généralement veut tout dire, sauf "oui"!

Aussi, la décision est dès à présent entre les mains des politicien(ne)s caboverdien(e)s, Gouvernement, câmaras et député(e)s confondus, et de l'UTA. Ils ne pourront pas dire, le cas échéant, qu'ils ne savaient pas!

Christophe CHAZALON / Genève
le 14.07.2022, revu et augmenté le 16.07.2022

"Bernard Ronot, de l'agriculture intensive à la biodynamie" (2013 - 28'31)

Claude Bourguignon - "Où va le monde?" (2010 - 16'33)

"Francis Hallé explique la formation des sols" (2013 - 5'13)

"Connaître la texture d'un sol" (2016 - 3'14)

ARTE "Restaurer et redonner vie aux terres agricoles"

(2022 - 32'02)

"La révolution des sols vivants" (2015 - 73'18)

"Au Sénégal, Goran N'diaye, pionnier de l’agroécologie, fait pousser un potager dans le désert"

(2020 - 4'30)

"Instituto Terra: série Globo rural 1 e 2 (en portugais)" (2013 - 48'03)

L'école de permaculture du Bec Hellouin"Les microfermes" (2015 - 71'49)

"Ceux qui sèment" (20XX - 55'50)

"La guerre des graines"  (20XX - 51'48)

Gérard Ducerf "Les plantes bio indicatrices" (2021 - 7:45:45)

(ou plus court ici - https://www.youtube.com/watch?v=knkH6lzgNwU)

Aviation: pour que cesse immédiatement le monopole de la TAP au Cabo Verde (2022)

Assez, c'est assez! Il est temps que la TAP, compagnie aérienne portugaise, paie le prix de son mépris des passagers à destination du Cabo Verde et que le Gouvernement prennent, lui, ses responsabilités.

On ignore précisément quel accord existe entre la TAP et l'État caboverdien depuis l'Indépendance en 1975, mais c'est un fait: depuis que la TAP a été privatisée en 2015, l'abus de position dominante due à un monopole nuit considérablement au pays, tout autant qu'aux voyageurs, touristes ou diaspora. Trop, c'est trop!

Le 21 septembre 2021, le ministre des communautés du Cabo Verde, Jorge Santos, ancien président de l'Assemblée nationale caboverdienne, estimait que les prix de la TAP pour les communautés de la diaspora étaient abusifs (web).
Le 21 juin 2022, de nouveau, Jorge Santos déclarait que les prix prohibitifs des billets pour le Cabo Verde était un "acte de courage" pour les familles de la diaspora qui, pour 4 à 6 personnes, doivent payer plus de 8'000 euros (web).
Le 03 août 2022, le président de la Câmara do Turismo, Jorge Spencer Lima, affirme, lui, que "les prix exorbitants des billets ont un effet négatif sur la demande touristique au Cabo Verde, en tant que destination touristique (afirmou hoje que os preços “exorbitantes” das passagens têm um efeito negativo na procura do turismo em Cabo Verde, enquanto destino turístico)" (web). Plus encore: "En faisant cette lecture, Jorge Spencer Lima va plus loin en déclarant que le Cabo Verde est « pratiquement digéré » par le système du monopole de la TAP, par les « prix que la compagnie veut » et les pratiques qu'elle veut pour le Cabo Verde. « Dans des conditions même atroces. Il y a un abus de position de la TAP par rapport au Cabo Verde. Nous devons trouver des solutions alternatives » (Ao fazer essa leitura, Jorge Spencer Lima vai mais longe afirmando que Cabo Verde está a ser “digerido praticamente” pelo sistema de monopólio da TAP, pelos “preços que quer” e pratica-os como quer para Cabo Verde. Em condições mesmo torturáveis. Há um abuso da posição da TAP relativamente a Cabo Verde. Nós temos que encontrar alternativas)". Et pour cause... Jorge Spencer Lima précise bien que le problème, ce n'est pas le prix des hôtels, mais bien celui des vols.

Petit retour en arrière
Au début des années 2000, la TAP est en quasi faillite. Elle doit plus de 600 millions d'euros. Aussi, l'idée de génie, comme toujours, est de la privatiser. Cette idée devient effective en novembre 2015 (web). Pourquoi pas? Les compagnies aériennes nationales sont régulièrement privatisées, puis nationalisées, puis privatisées etc. pour les sauver de la banqueroute, généralement aux frais des contribuables. On pense à a TACV - CVA dont la saga se poursuit encore aujourd'hui au Cabo Verde...
Or, depuis que la TAP est privatisée, les prix des billets pour le Cabo Verde ont pris l'ascenseur de manière vertigineuse.
Exemples de prix TAP pour des vols Genève (GVA) - Mindelo (VXE), soit 4'340 km à vol d'oiseau:
  • En 2016, un aller-retour en classe économique standard (2 bagages 24 kg) coûtait entre 700 et 900 euros ("repas" compris).
  • En 2022, un aller-retour en classe économique standard (2 bagages 24 kg) coûte entre 1'200 et 1'400 euros ("repas" non compris).
  • En 2016, un aller-retour en classe business standard (3 bagages 32 kg) coûtait entre 1'000 et 1'200 euros.
  • En 2016, un aller-retour en classe business standard (2 bagages 32 kg seulement) coûte entre 1'400 et 1'700 euros
Ces prix, comme le déclare le Ministre des communautés caboverdien et le président de la Chambre du tourisme du Cabo Verde sont exorbitants.
Pour donner une comparaison, un vol Genève (GVA) - Dakar (DSS), soit 4'140 km à vol d'oiseau:
  • en 2016, un aller-retour en classe économique standard (2 bagages 24 kg) coûtait entre 300 à 400 euros (2 bagages 24 kg et repas compris)
  • en 2022, un aller-retour en classe économique standard (2 bagages 24 kg) coûte entre 400 et 500.
Comment expliquer que pour une distance similaire, on paie 2,5 fois plus cher pour aller à Mindelo qu'à Dakar?
  •  Les frais d'aéroport? Non! Il n'y a que voir l'exil des avions à destination du Cabo Verde sur le tarmac de l'aéroport de Lisbonne pour comprendre qu'en la matière, la TAP paie le minimum des frais indus.
  • Les frais de carburant alors? Non! Le prix des carburants a augmenté, certes, mais il ne justifie pas à lui seul une telle augmentation des prix des billets.
  • Les frais de personnels? Probablement non! On n'a pas entendu que la TAP avait décidé d'augmenter sensiblement les salaires de son personnel ni qu'elle avait engagé un nombre significatif d'employés.
  • L'escale obligatoire à Lisbonne? En partie vraie. Genève - Dakar est direct. Genève - Mindelo pourrait l'être, mais la TAP préfère obliger ses passagers à s'arrêter à Lisbonne et si possible y faire un "crossover", une halte de quelques jours, histoire de rentabiliser le vol.
  • Le profit de la compagnie aérienne TAP? Sans aucun doute, oui! Pour éponger les dettes covidiennes et les avions cloués au sol, la mauvaise gestion passée, voire actuelle, probablement. Est-ce légitime? Grande question! C'est une entreprise privée...

Or, nul doute que la TAP alléguera que le Covid-19 et la crise actuelle avec la guerre en Ukraine et la hausse du prix du pétrole ont fait que... blablabla.... mais il n'en est rien. Les autres compagnies ont aussi augmenté leurs prix, mais pas dans ces proportions pour l'essentiel.
La TAP veut surtout et avant tout faire du profit sur le dos des voyageurs. Point! C'est tout l'intérêt d'une privatisation ou la mort du service public! L'argent. Et quoi de plus bénéfique qu'un MONOPOLE pour agir à sa guise?
On pourrait aussi penser un but politique: la mauvaise désserte du Cabo Verde, destination touristique en vogue et prometteuse, pourrait nuire à d'autres destinations où la TAP (voire le gouvernement portugais aurait plus d'intérêt). Une théorie du complot? Peut-être.

Pour être tout à fait honnête, la TAP n'est pas la seule compagnie à desservir l'archipel. On trouve par exemple Royal Air Maroc, encore plus cher et qui impose aussi une escale au Maroc. Binter, la compagnie des îles Canaries, vient d'ouvrir des vols vers le Cabo Verde, en particulier à Sal. On pense aussi aux compagnies charters telle Transavia qui proposent des vols à tous petits pour les îles vouées au tourisme de masse que sont Sal et Boa Vista, depuis plusieurs destination ouest-européenne, à la haute saison. Mais seule TAP propose des vols réguliers, toutes les semaines, sur chacune des îles du Cabo Verde disposant d'un aéroport international. C'est en cela qu'elle détient le monopole. 
La question: est-ce là le fruit d'un accord conclu avec l'État caboverdien après l'Indépendance ou est-ce parce que la TAP est la seule compagnie aérienne qui accepte un tel trafic sur le Cabo Verde, quel que soit la saison touristique? Franchement, nous en ignorons la réponse. Peut-être que celle-ci apparaîtra, un jour, clairement dans un article journalistique de fond.

Quoi qu'il en soit, sans contestation possible, dans les faits, non seulement les prix explosent, mais les prestations, elles, diminuent. La TAP devient une sorte de compagnie low-cost dans son service à la clientèle, pire que Ryanair ou Easyjet, mais reste une compagnie traditionnelle (de luxe?) en matière de tarifs. Des exemples? Ok!
Depuis la pandémie de Covid-19, la TAP ne sert plus à manger durant ses vols, enfin presque. Pour les classes business, il y a toujours eu à manger (pandémie ou pas). Pour la classe éco, c'était fini le temps de la dite pandémie. Ainsi, on peut conclure: il n'est pas risqué de servir à manger à un riche dans un avion, mais il est risqué de servir à manger à un pauvre. Ou comment prendre les gens pour des imbéciles! Or, après la pandémie, si les prix ont augmenté de plus de 30% depuis 2021, les repas, eux, ne sont plus du tout compris dans le prix des billets en classe éco. Et oui, comme pour Easyjet, vous devez sortir la carte bancaire (l'argent liquide étant refusé dans l'avion). Aussi, vous voulez manger durant vos 4 heures de vol Lisbonne - Mindelo: payez! Vous voulez boire une bière ou un peu d'eau: payez! Vous voulez voir un film ou vous divertir avec des jeux: prenez un autre vol, aucun divertissement n'est prévu par la TAP dans ses vols pour le Cabo Verde. Vous voulez faire pupu ou xixi ou l'amour ou vomir ou fumer une cigarette en cachette, etc.: grand Dieu, merci! Les toilettes sont ENCORE gratuites...
Comment expliquer cela? Faire du profit pour la TAP. Rien d'autre. Il n'y a clairement pas d'autres raisons logiques et valables pour expliquer ces changements et cette hausse des tarifs des vols TAP pour le Cabo Verde!
Autre exemple: vous êtes à l'aise financièrement et donc vous voyagez en classe business. Chanceux! Les repas et les boissons sont comprises dans le prix de votre billet. Ok! Mais si jusqu'à présent vous pouviez prendre 3 valises de 32 kg en soute, maintenant, ce n'est plus possible, même en payant. La classe business, c'est dorénavant 2 valises de 32 kg maximum, pour un prix d'au moins 20% supplémentaire au prix d'avant le Covid-19. L'excuse de la TAP: elle n'autorise plus 3 bagages en été, mais seulement pour la haute saison. Cherchez l'erreur! Même le personnel de l'aéroport à Genève a été incapable de nous expliquer le concept et la logique de cette décision. En été, le tourisme caboverdien est... en "basse saison". Donc, il y a moins de touristes. Donc, il y a plus de place dans les avions. N'est-il pas? Par contre l'hiver, d'octobre à avril, c'est la "haute saison". Donc, les avions sont pleins. Donc, il y a moins de place en soute. Or, aujourd'hui, pour la basse saison, la TAP vous autorise à 2 bagages de 32 kg, alors que les avions sont à moitié plein, mais pour la "haute saison" vous aurez (c'est une hypothèse, on en doute fortement, à force d'être pris pour des imbéciles) à 3 bagages de 32 kg, alors que les avions sont bondés et les soutes pleines à craquer. 
La TAP prendrait-elle ses passagers pour des imbéciles? On l'a déjà écrit. La réponse est... OUI!
Mais vu que la TAP a le monopole pour le Cabo Verde, eh bien, les passagers n'ont pas le choix, même s'ils réprouvent l'attitude et les méthodes détestables de la compagnie aérienne portugaise. Et ce fait est d'autant plus important avec les déboires de la compagnie nationale TACV - CVA qui vient, entre autre, de perdre sa licence pour le vol en Europe, faute à un manque de compétence de son personnel administratif (web).

Aussi, quand vous entendez le ministre Jorge Santos expliquer que malgré le contexte "'à l'heure actuelle, aucune demande d'intervention urgente n'a été faite au gouvernement caboverdien par des Caboverdiens de la diaspora, soulignant la résilience des communautés à l'étranger. "Nous sommes en contact permanent avec l'ensemble du mouvement associatif de nos collectivités, là où tout besoin se fait sentir de première main, ainsi que dans nos représentations diplomatiques", a-t-il assuré (Não obstante o contexto, Jorge Santos garante que, neste momento, nenhum pedido de intervenção urgente feito ao Governo de Cabo Verde pelos cabo-verdianos na diáspora, destacando a resiliência das comunidades lá fora. “Estamos em contacto permanente com todo o movimento associativo das nossas comunidades, onde se faz sentir, em primeira mão, qualquer necessidade, assim como nas nossas representações diplomáticas”, assegurou.)" (web), vous restez dubitatif! On ignore quelle(s) association(s) il a consultée(s), mais pas plus tard que ce week-end, à l'occasion d'un anniversaire caboverdien, plusieurs familles présentent qui doivent partir ces prochains jours pour les vacances dans l'archipel, nous ont clairement exprimé et leur colère et leur ras-le-bol et leur désappointement devant ces prix prohibitifs qui plombent leurs séjours et face auxquels elles ne peuvent rien faire, si ce n'est réduire leur nombre de voyages vers l'archipel et la durée de ces séjours, diminuant d'autant le soutien à la famille résidant dans l'archipel, pourtant primordial.

Donc, en conclusion, la réplique est simplissime:
Le Gouvernement actuel doit rompre d'une manière ou d'une autre le monopole de la TAP immédiatement et à tout prix. Si cette rupture doit impliquer des frais d'indemnisation, qu'importe. Que le Gouvernement paie. Il trouvera toujours le moyen de payer. La remise ce mois de la gestion des aéroports caboverdiens au mastodonte français VINCI, pourra sans aucun doute aider à trouver la solution. Outre les 80 millions d'euros pour la concession, VINCI prévoit d'investir 619 millions d'euros dans les aéroports et aérodromes de l'archipel. Et également de payer l'IVA (soit la TVA locale) qui pourrait rapporter à l'État caboverdien un montant estimé à 322 millions d'euros d'ici à 2061 (web). On le voit, les solutions existent potentiellement pour régler ce problème.
Car, au final, le toursime au Cabo Verde, c'est 25% du PIB. Il est inadmissible qu'une seule compagnie aérienne (privée de surcroît) fasse la pluie (plus que le beau temps) et propose des prix exorbitants pour les voyageurs à destination de l'archipel, touristes tout autant que diaspora.
En ouvrant le marché à l'intégralité des compagnies aériennes, le Gouvernement permettrait de faire jouer la concurrence, d'autoriser aussi bien les compagnies nationales (Air France, Swiss, Lufthansa, Bristih Airways,  etc.), que les low cost à naviguer entre l'Europe et le Cabo Verde, sachant que le tourisme au Cabo Verde, c'est dans environ 80% d'Européens. Plus encore, les aéroports pourraient ainsi fonctionner plus à plein, ce qui ravira VINCI, augmentant les recettes des taxes d'aéroport. Mindelo, pour l'exemple, c'est au maximum 10 avions par jours! On ne peut pas dire qu'il y a embouteillage. En 2019, l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, à Paris, avait une moyenne de... 1'364 mouvements journaliers. L'aéroport de Genève, plus modeste, c'est dans les 500 mouvements quotidiens. Las Palmas, aux Canaries, tournerait autour des 50 vols quotidiens.

Il n'y a donc pas à attendre. Le développement du pays est à ce prix. Adieu la TAP (pour ne pas dire "bon débarras"!). Elle pourra toujours desservir l'archipel, mais nous, clients et voyageurs, nous aurons plus de choix et des prix plus en adéquation avec le marché mondial.
Vive la Liberté et la diversité pour les vols à destinations du Cabo Verde. Tout le monde (sauf les actionnaires de la TAP!) seront gagnants dans un super win-win!
C'est désormais, et quoi qu'il en coûte à court terme, une condition sine qua non pour que le pays puisse (enfin!) prendre son envol et devenir "libre" de créer son propre avenir!

Christophe Chazalon
Genève, le 03/08/2022, revu le 04/08/2022


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