L'humour du jour au fil du temps...

Avant propos

Cette section comprend des textes portant sur la ville de Genève que nous avons écris dans diverses occasions.
Elle exclue cependant les textes sur l'histoire de Genève à l'époque de Calvin que l'on peut retrouver dans la section "Histoire".

REMARQUE: pour toutes reproductions partielles ou complètes de ces textes, il est impératif de contacter les éditeurs, afin d'obtenir les autorisations nécessaires.

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L'ère du tout émotionnel (2012)


"L'ère du tout émotionnel"
(Tribune de Genève, n° 62/11 (14 mars 2012), p. 15

Ce dimanche, les "Genevois" ont accepté une nouvelle loi proposée par le PLR, "introduisant le principe de la responsabilité objective des organisateurs de manifestations, même sans faute de leur part, assortie de pénalités très lourdes".
La gauche a réagit, à mon sens à juste titre, en recourant au Tribunal fédéral.
Le fait est qu'une fois encore, l'émotionnel a pris le pas sur la réflexion. Les détenteurs du droit de vote, nourris à l'entertainment du TJ  ou du GHI, ont en réalité concentré leur pensées sur la peur et la colère provoquées par les déprédations des casseurs, vagues souvenirs, étonnament persistants, des manifestations anti-G8 ou de la fermeture des squats genevois, et ce, sans réfléchir véritablement à la portée réelle de cette nouvelle loi sur les libertés individuelles, ferments essentiels de toute démocratie.
Or, l'important dans cette nouvelle loi n'est pas "les casseurs" et leurs actes, même si c'est embêtant, mais bien la restriction du droit fondamental de manifester, soit la liberté d'expression du peuple et le contre-pouvoir qu'il incarne.
Le futur procureur de Genève, digne successeur de Daniel Zappelli, face à l'impuissance de la police à réguler le Black Block (principal fautif), a offert une solution de facilité un brin populiste: faire porter le chapeau aux organisateurs. Par quel moyen? Si pas de manifestation, pas de casseurs.
Qu'en sera-t-il lorsque le Black Block "s'invitera" aux manifestations organisées par le PLR?
Benjamin Constant, homme politique et romancier français né à Lausanne, expliquait en 1819 déjà cette attitude "acitoyenne". Pour lui, "la liberté politique chez les Anciens était en elle-même une jouissance", autrement dit, les Anciens d'avant l'ère industrielle et les droits de l'homme, participaient activement au pouvoir collectif. À l'opposé, les Modernes, auxquels nous appartenons, visent avant tout la sécurité dans les jouissances privées. Le citoyen d'aujourd'hui ne demande pas une participation active à la souveraineté, le taux d'abstention régulièrement supérieur à 50% en témoigne. Le citoyen d'aujourd'hui se moque de la démocratie tant que le politique lui garantit sa qualité de vie. Le citoyen d'aujourd'hui ne désire qu'une seule et unique chose: le maintien de son univers égotiste.
Dès lors, quel besoin d'un droit de manifester?
L'important est avant tout que l'on se sente en sécurité...
Petit à petit, les droits les plus fondamentaux sont grignotés au profit de la grande machine bureaucratique d'un Brazil  toujours plus réel. Et quand bien même les révolutions populaire pour les libertés individuelles se succèdent de par le monde et dans les temps, la leçon ne semble toujours pas porter ses fruits!

Christophe Chazalon / Docteur ès Lettre - UNIGE


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Oú est passée la tolérance? (2011)

A la suite d'un article intitulé "Viré de l'Usine, un élu MCG dépose plainte", paru dans la Tribune de Genève  du 20 avril 2011 (p. 19), relatant un l'éviction de Jean-Philippe Hass, conseiller municipal du Mouvement citoyen genevois, le parti populiste d'extrème droite local, du dernier lieu de culture alternative de la ville pour des raisons inacceptables, nous avons décidé d'écrire un texte publié six jours plus tard dans la tribune "L'invité" du même journal, pour dénoncer l'obscurantisme et le manque de tolérance de plus en plus grand dans la société actuelle, tous bords confondus.

"Oú est passée la tolérance?"
(Tribune de Genève, n° 96-17 (26 avril 2011), p. 25

"À l'heure où le "gigantique" Facebook supprime le compe d'un artiste danois qui a eu l'audace d'utiliser L'origine du monde  de Courbet  comme profil; à l'heure où les moutons bien-pensants sévissent en Avignon contre le Piss Christ  d'Andres Serrano, représentation d'un crucifix dans un bocal d'urine, bien plus qu'ils ne l'ont fait contre les actes destructeurs sur des milliers d'innocents, voilà que le monde bascule encore à travers le microscope.
L'Usine, ulime rescapée de la scène "alternative" genevoise dérape. Temple du respect, de l'ouverture d'esprit et de l'altérité, ses représentants, cependant, persistent et signent. Et pourtant, l'erreur est là, bien réelle. À peine élu que Jean-Philippe Hass, membre du parti MCG, dans un acte anodin de la vie courante, est expulsé du bar Moloko. Raison invoquée: son appartenance au parti à tendance brune. Et bien loin de moi de soutenir un parti qui symbolise étroitesse d'esprit, égoîsme et sectarisme, mais il ne serait pas plus acceptable de défendre l'Usine qui se veut avant tout un lieu de tolérance. Or, le rejet d'un seul implique la mort de toute tolérance.
"Si l'on ne croit pas à la liberté d'expression pour les gens qu'on méprise, on y croit pas du tout". Tels sont les mots du plus grand penseur de notre temps, Noam Chomsky, même si cela lui a valu d'être assimilé depuis aux négationnistes par les non-penseurs qui n'entendent que ce qui les intéresse.
L'erreur est humaine, dira-t-on. Calvin l'a bien goûté à l'ère d'une histoire renaissante. Faute de pouvoir contrecarrer les thèses antitrinitaires de Michel Servet par les seuls mots, il poussa à la roue pour que son opposant soit installé sur un bûcher de la place publique genevoise. Et si la culture n'est pas votre fort, regardez du côté du sport. Modèle pour les masses, adulé et respecté, il aura suffi d'une insulte pour que Zinedine Zidane ne s'égare lui aussi par un simple coup de tête, violence gratuite et inutile.
Aussi, le tenancier du Moloko s'est peut-être senti insulté par la présence de M. Haas, mais cela lui donnait-il le droit de l'expulser de l'Usine? Non! Discuter, échanger, communiquer, base première de toute démocratie.
À l'heure où les médias ne jouent plus leur rôle de médiateur, favorisant le spectaculaire vendeur; à l'heure où le journal télévisé devient pur divertissement en quête de téléspectateurs, cette obstination est bien triste et pourvoyeuse d'un mauvais présage. Le monde de la tolérance devenu intolérant, le temps des Lumières est révolu. On peut bien fêter Rousseau dans quelques mois, nul doute qu'un nouveau Moyen Âge approche. Il ne restera plus alors aux autorités qu'à agir comme en 1540 et changer la devise de la ville. Exit le Post tenebras lux, voici venu le temps du Post lucem tenebrae.

Christophe Chazalon  /  Docteur ès Lettres - UNIGE


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Le bruit ou la fin du silence (2002)


"Le bruit ou la fin du silence"
(Newsletter Critical Curatorial Cybermedia, Genève, #1 (mai 2002), p. 3)

EVENT SON [...]
21 février 2002 en collaboration avec le Conservatoire de musique de la Place Neuve.

Noise or the end of silence.
Noise is everywhere surrounding and penetrating us without end. The ear - our captor - filters the acoustic phenoma. Modern man has separated harmonic sounds from the others wich have separated harmonic sounds from the others wich have become undesirable.
What happens when musical virtuosity escapes the walls it has been consigned to?
And what of the fear of awkward silences?
And what about the classical music used as elevator background?
Man does not desire absolute silence, wich would be utopic, but a mastered acoustic environment.
What could happen if alone facing himself man were confronted by everything he rejects?
Would he become counscious of reality or find a subterfuge to avoid it?
The night organised on the 21 February 2002 proposed to reconsider the elements that constitute our acoustic landscape in a general perspective and to question the status of noise as pollution or as an element whose functioning is to be understood in order to reinterpret our environment.


Les bruits sont partout, ils nous entourent, nous encerclent, nous pénètrent sans retenue, sans limite, sans fin. Mais l'oreille, par laquelle nous les percevons, ne se limite pas à la seule capture. Elle sélectionne, filtre par l'intermédiaire du cerveau les phénomènes acoustiques qui constituent notre paysage sonore, sans toutefois parvenir à pleinement maîtriser, ni endiguer leur flux continu. L'homme moderne a défini les limites qui séparent les sons harmonieux, des autres, devenus nuisibles à son bien être, à son confort. Les langues, la musqiue, sons harmonieux rigoureusement structurés, sont tout à la fois nécessaire et agréables, pour autant qu'ils soient limités à des lieux ou un volume sonore précis et qu'ils correspondent aux règles préétalies par les instances de contrôle, formelles ou informelles. Qu'advient-il lorsque la virtuosité musicale sort des murs qui lui sont assignés, se mêle au vacarme de la rue ou losqu'elle perd son statut privilégié pour devenir musique de fond, d'ambiance, remplissant agréablement les vides des conversations environnantes? Ce même homme moderne qui réclame à qui mieux mieux son droit au silence, au calme, à la tranquilité, au repos, fuit par tous les moyens ce même silence, particulièrement lorsqu'il est en compagnie.
L'horreur des anges qui passent, de ces bruits grossiers qui à tout moment peuvent surgir et montrer une faiblesse ou de la solitude du foyer, rompue grâce à la télévision, la radio ou tout autre moyen, illustrent sans équivoque ce rejet du silence. Ce n'est pas l'absolu silence qu'il désire - celui-ci de toute façon n'est qu'utopie. Ce que l'homme moderne désire, c'est un environnement sonore maîtrisé. Le silence absolu n'existe que par l'absence du sens auditif ou d'une présence physique. Or qui ne voudrait plus entendre le moindre son?
L'homme  moderne gère le paysage sonore dans lequel il évolue de la même manière qu'il gère les sons qui émanent de son corps. De la circulation du sang à la digestion, de la respiration au râle, il refuse toute sonorité non contrôlée. Qu'arrivera-t-il si, seul face à lui-même, on le confronte à tout ce qu'il rejette? Prendra-t-il conscience de la réalité ou trouvera-t-il un subtefuge pour la contourner?

La soirée du 21 février 2002 a proposé d'une manière plus  générale de reconsidérer les éléments qui constituent notre paysage sonore et de poser la question de savoir si l'on peut encore considérer le bruit comme une pollution ou au contraire si l'on doit essayer d'en comprendre le fonctionnement afin de réinterpreter notre environnement sonore?

Christophe Chazalon

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